Tandis que mon avion quitte Toronto et met fin à ces vingt jours de découvertes, je suis soudain frappé par la vue et je m'étonne de ne pas l'avoir remarqué à la Mostra de Venise déjà, lorsque tout à commencé: à l'exception de Berlin et de quelques autres, les festivals de cinéma ont lieu sur les rives d'une grande étendue d'eau. Les petits de chez nous (Nyon, Neuchâtel, Cinéma tous écrans à Genève ou le Zurich Film Festival aussi que je m'apprête à rallier jeudi déjà), comme les grands: Toronto et Venise, bien sûr, mais aussi Locarno, Cannes, La Rochelle ou San Sebastian.
Quel que soit l'origine secrète ou symbolique de ce lien entre les océans, les mers, les lacs et le cinéma, il me paraît impossible de qualifier mieux le sentiment général que me procure la fin de cette aventure: entre deux eaux.
Festivals entre deux eaux, d'abord. Qu'il s'agisse de la Mostra, dont les conditions d'organisation sont accablantes face à celles de Toronto et qui vivra, avec la recherche d'un nouveau directeur artistique et la construction, enfin, d'un Palazzo del cinema digne du festival, deux prochaines années cruciales pour sa survie. Ou qu'il s'agisse du Festival de Toronto dont le modèle non compétitif et ouvert au public ne cesse de gagner en envergure.
Cinéma entre deux eaux, ensuite. De part et d'autre de l'Atlantique, j'ai vu des films formidables. De vrais navets aussi. Rien ne change de ce côté-là et c'est tant mieux. Mais le marché a profondément changé, il s'est ouvert d'autres chemins dont Toronto est une sorte de prototype idéal. Du coup, il n'est plus aussi certain que le modèle compétitif européen soit encore apte à donner leurs chances aux oeuvres les plus audacieuses. La preuve avec Oncle Boonmee, la Palme d'or de Cannes, qui est en train de réaliser des entrées qui disent le désintérêt grandissant du public même pour les grandes récompenses.
Journalisme entre deux eaux, enfin, avec de nouveaux flux. Nous avions déjà expérimenté, notamment à Cannes depuis cinq ans, la formule des articles publiés dans le journal et doublé par un blog plus subjectif. Mais jamais encore je n'avais couvert un festival (à fortiori deux d'affilée) à la fois dans le journal, dans un blog, mais aussi avec un relais constant sur mes comptes Facebook et Twitter. Ce type de reportage 2.0 change profondément notre pratique. Pas seulement parce qu'il n'y a désormais plus aucun moment de relâche, mais surtout parce que le festival se raconte en dialogue constant avec les lecteurs, les internautes et les amis. C'en est fini des grandes manifestations vécues coupé du monde, et c'est heureux: cette conversation ininterrompue aide à rester aiguisé et à l'affût, à ne pas oublier qu'on écrit d'abord pour ceux qui n'y sont pas.
A ce titre et en guise de conclusion à ce blog, je souhaite remercier tous ceux qui m'ont corrigé, interrogé, relancé, encouragé durant ces vingt jours intensifs et passionnants: les 13 personnes qui ont, à ce jour, écrit 26 commentaires sur ce blog; les très nombreux usagers de Facebook qui ont répondu à mes updates avec une soixantaine de commentaires et 140 "j'aime" (plus vitalisants qu'un jus d'orange lors des coup de fatigue); mais aussi la cinquantaine de lecteurs qui se sont abonnés à mes tweets durant cette seule période, encouragés par ceux qui l'étaient déjà (merci à eux) et qui ont, tous ensemble, commenté une cinquantaine de fois, avec beaucoup de magnanimité, l'exercice des 53 microcritiques de 140 signes auquel je me suis livré. A titre de comparaison, je ne me souviens pas d'avoir reçu plus de dix lettres ou mails dans le cadre d'une couverture "à l'ancienne".
Enfin, merci à la Mostra de Venise et au Festival de Toronto, qui m'ont offert le privilège de les visiter, dans les conditions que j'ai expliqué dans l'un des tous premiers billets de ce blog.
En 35 éditions et par des voies dont l’Europe se méfie, le Festival du film de Toronto est devenu l’un des premiers rendez-vous mondiaux du 7e art. Et il a entraîné toute la ville avec lui. (Page bilan parue dans Le Temps du 21 septembre 2010)
(12 septembre 2010: Piers Handling (à dr.) brandit les ciseaux qui viennent de couper le ruban du Tiff Bell Lightbox.)
«Nous avons gravi de nouveaux sommets!» Piers Handling exulte. Et les invités du «brunch de clôture» du 35e Festival international du film de Toronto (Tiff) sont ravis. Ce dimanche 19 septembre 2010, le directeur de la manifestation ne se délecte en effet pas uniquement de sirop d’érable et de pancakes: il n’hésite plus à parler du Tiff, dont il a mené la destinée artistique dès 1987, comme de «l’un des plus grands, sinon le plus grand festival du monde». Il faut dire que Piers Handling est également CEO de toute l’organisation Tiff qui gère le développement de la cinéphilie à Toronto toute l’année.
Le nombril du monde Personne, en Europe, ne manquera de relever l’arrogance de ce discours. «C’est très Toronto», sourient des Québécois rencontrés sur place: dans la Belle Province, on parle d’ailleurs ironiquement de la capitale de l’Ontario comme du «nombril du monde». Même le journal distribué par Air Canada à ses passagers, pourtant conçu pour vanter les attraits chatoyants du pays, raconte qu’en 2007, la chaîne publique CBC Television avait commandé un film intitulé Let’s All Hate Toronto. Haïssons tous Toronto.
Et si c’était plutôt l’histoire d’une revanche? Celle d’un festival mal aimé dans une ville mal aimée. Ce discours du «plus grand» montre que Toronto et son festival se fichent des qu’en dira-t-on. Plus besoin de bénédictions extérieures. Et l’objectivité la plus élémentaire leur doit bien ça: Piers Handling et son équipe peuvent se targuer d’avoir imposé le festival parmi les trois ou quatre qui comptent, mais aussi d’avoir, délibérément, transformé Toronto en ville cinéma.
Contrairement à Cannes ou Venise, où l’amour du cinéma est en friche 50 semaines par an, Toronto a fait de sa manifestation le pic annuel d’une dynamique permanente autour du 7e art. Un pic qui génère, à lui seul, un impact économique de 170 millions de dollars. Pas étonnant que de nombreux studios de tournages, de toutes tailles, se soient installés dans la région.
Une cathédrale «downtown»
Dernière transformation en date pour Toronto, cité longtemps connue des cinéphiles européens parce qu’elle est le domicile de cinéastes canadiens tels que David Cronenberg ou Atom Egoyan: l’inauguration, le dimanche 12 septembre, en plein festival, du Tiff Bell Lightbox. Un château qui recentre le festival en plein downtown, une forteresse de cinq étages dédiés au cinéma, et surmontés d’une tour de 42 étages. «C’est une cathédrale!» a corrigé Piers Handling lors du rendez-vous qu’il nous a accordé la semaine dernière. Le festival n’avait jamais eu de centre névralgique. Le voilà, construction à près de 200 millions de dollars, dont 60 ont été endossés par les gouvernements du pays et de la région. Parmi les autres généreux donateurs, le cinéaste Ivan Reitman (Ghostbusters): il a offert, avec sa famille, plus de 22 millions de dollars sous forme de terrain, cet angle de King et de John Street, où son père tenait autrefois un garage.
L’endroit le plus pratique de downtown Toronto pour laver sa voiture accueille donc à présent l’équivalent du Palais des festivals de Cannes. Sauf que, contrairement au bunker cannois, le Tiff Bell Lightbox sera, lui, consacré au cinéma 365 jours sur 365, et dans des conditions exceptionnelles: cinq salles du dernier cri numérique, mais aussi des salles d’enseignement du cinéma et des espaces d’exposition. C’est Tim Burton qui essuiera les plâtres cet automne.
«Le Tiff Bell Lightbox est comme un message que nous envoyons au monde entier, lance Piers Handling: nous sommes là pour durer!» Pas besoin d’élever la voix pour rendre jaloux Cannes ou Venise. Venise surtout, et sa Mostra presque simultanée au Tiff: les distributeurs et autres professionnels la désertent de plus en plus massivement au profit du festival canadien*.
Main basse sur la Mostra
(Qui remplacera Marco Müller à la direction artistique de la Mostra de Venise après l'édition 2011?)
En visitant cette année, pour la première fois, les deux festivals, la comparaison est en effet accablante pour la Mostra. La Vénérable n’a quasiment plus que son statut de doyenne des festivals (67 éditions) pour se battre. Même les films qui sont uniquement montrés à Venise ne le sont plus vraiment: les producteurs et les vendeurs proposent en réalité, à Toronto, des projections privées destinées à tous ceux qui ne vont plus sur le Lido. Une sorte de Tiff underground, réservé à l’industrie, et qui est en train de rendre la Mostra caduque.
Venise vaut encore ce que vaut son directeur artistique. Ce qui tombe bien pour l’instant, puisqu’il s’agit de Marco Müller, un des meilleurs en la matière. Mais Marco Müller a annoncé qu’il ne rempilera pas après huit éditions. 2011, la 68e, sera sa dernière et c’est un euphémisme d’affirmer qu’il sera très difficile à remplacer. Qui osera se coltiner les attaques incessantes de la presse italienne, les pressions des sbires berlusconiens et l’ouverture, enfin, d’un Palazzo del cinema promis pour 2012, mais dont on peut douter qu’il soit terminé à temps. Et surtout qu’il arrive à la cheville du Tiff Bell Lightbox.
L’antichambre des Oscars
(En 1981, son succès à Toronto avait mené le film britannique Les Chariots de feu jusqu'aux Oscars)
Même si personne n’y croyait il y a trente-cinq ans, l’ambiance est tout autre à Toronto: l’atmosphère bon enfant de ce festival, l’un des plus agréables sinon le plus agréable à vivre, fait son prix. Y compris pour les vedettes. Où d’autre un Clint Eastwood pourrait-il, comme ce fut le cas cette année, attendre son acteur Matt Damon dans le lobby d’un palace en s’installant simplement au piano, pour le grand bonheur de quelques clients hébétés?
Si Clint, entre autres dizaines de stars, fait le pèlerinage torontois chaque année, c’est que, sans être compétitif, le Tiff dispose de la plus prestigieuse compétition qui soit: les Oscars. La course commence en effet à Toronto. Le fait que King’s Speech de Tom Hooper, ouvrage en costumes avec Colin Firth, ait remporté dimanche le seul prix qui compte à Toronto, celui attribué par le public, place ce film en très bonne posture pour les statuettes. Et comme le public de Toronto a adoré aussi quelques autres titres, dont Never Let Me Go de Mark Romanek, la chance est grande pour ceux-là aussi de figurer, dans six mois, sur la guest list du Kodak Theater de Los Angeles.
Toronto a conquis cette place depuis que, en 1981, un certain Chariots de feu fut salué par son public, gagna en renommée et finit par remporter l’Oscar du meilleur film. Alors qu’il s’agissait d’une production 100% britannique… L’histoire s’est ensuite répétée avec d’autres films, si bien qu’en face, le modèle compétitif vénitien – de surcroît avec les soupçons de conflit d’intérêts qui ont pesé sur le président du jury Quentin Tarantino cette année – paraît peu à peu dépassé.
La porte vers l’Amérique
(En 1989, Kieslowski provoque un véritable délire à Toronto avec son Décalogue)
Le plan de bataille du Tiff s’est appuyé sur au moins deux autres stratégies. D’abord attirer, dès les premières éditions, des personnalités telles que Godard, ce qui a placé le festival sur la carte du monde. Puis révéler à l’Amérique du Nord les cinéastes qui faisaient frémir l’internationale cinéphile, de Bela Tarr à Hou Hsiao-Hsien, d’Aki Kaurismäki à Wong Kar-wai. «Toronto leur a ouvert les portes de l’Amérique, se réjouit Piers Handling. Et pour certains, comme Wong Kar-wai, très tôt dans leur carrière. Je n’oublierai jamais Kieslowski, venu à Toronto en 1989 pour Le Décalogue: il a eu un tel succès ici que les gens cassaient les portes pour entrer dans la salle. Les critiques déliraient et, après dix jours, tout le continent connaissait son nom. Il s’est passé la même chose avec Nanni Moretti et Almodovar.»
Contre le modèle européen
C’est le modèle même des festivals européens que Toronto remet en question. Et depuis le début, lorsque le Tiff de 1976 se nommait encore Festival des festivals parce qu’il consistait à faire découvrir les films primés dans les festivals européens. Or, au Tiff, tout aspect compétitif allait être exclu d’emblée. «Les fondateurs du festival trouvaient les sélections et les palmarès européens trop politisés. Ils estimaient que cette manière de faire était en train de couper les festivals, et le cinéma d’auteur, du public. Quasiment aucun festival nord-américain ne possède de compétition. C’est une différence culturelle fondamentale. En Europe, on accepte qu’une élite décide quels sont les bons films. En Amérique du Nord, le principe est: «Cher public, chers critiques, chers professionnels, nous allons vous montrer des films et vous allez nous dire, ensemble, ce que vous en pensez.» Le festival actuel maintient cette volonté: le nombre d’accréditations médias, par exemple, est limité à à peine plus de 1000, c’est-à-dire quatre à cinq fois moins qu’à Cannes, pour laisser de la place au public.
A la botte de Hollywood?
(Bruce Sprinsteen, au centre, saisi d'une main tremblante juste après que je l'aie bousculé par mégarde)
Ce volontarisme forcené provoque, en Europe, des préjugés qui s’évaporent dès qu’on pose le pied au Tiff. Beaucoup, aujourd’hui encore, voient Toronto comme une plateforme de lancement dévouée à l’industrie. Trop de films projetés (près de 300). Pas de compétition. Donc, pense-t-on, pas de sélection. Autrement dit, Toronto n’est pas un festival qui peut dire non aux studios. «Si on décrit les festivals en trois piliers principaux – public, industrie et médias –, Toronto est le seul qui les prend tous les trois en considération, se défend Piers Handling. Berlin est le plus proche de nous, son public a accès aux projections mais dans des conditions infiniment plus difficiles qu’ici.»
Des salles pleines, une grande participation du public, pas d’hystérie, une civilité même dans la venue des stars. A Toronto, il peut arriver, et ce fut notre cas dans un couloir du Lightbox, de bousculer Bruce Springsteen par mégarde. Impensable à Cannes ou Venise où les gardes du corps retiennent les importuns avec vigueur.
«Nous avons œuvré sans relâche pour que Toronto reste un festival qui inclut tout le monde, explique Piers Handling. Et à peu près tous les types de films, de l’expérimental le plus confidentiel jusqu’au produit de studio. De manière que les puristes soient aussi satisfaits que les sponsors à qui nous devons 80% de notre budget. Je sais que nous avons la réputation de ne pas dire non à Hollywood, mais nous le faisons. Nous leur disons: «Nous pensons que montrer ce film à Toronto sera un désastre.» On ne survit de toute façon pas en se mettant Hollywood à dos. Et on ne survit pas non plus en croyant qu’il suffit d’inviter un maximum de stars. Si les films sont mauvais et que le public n’est pas content, personne n’y gagne. Ni nous ni les studios. C’est ce qui nous protège.»
Depuis cinq ans, l’Europe voit Toronto d’un autre œil. Piers Handling n’a pas besoin de le sentir: cette évolution a été planifiée. «Nous l’avons construite patiemment, pays par pays. Nous avons sensibilisé une à une les personnes clés de chaque cinématographie. Et ça a marché.»
Ce périple Venise-Toronto avait commencé avec l'un des films les plus forts de l'année: Black Swan, de Darren Aronofsky. Il se termine avec Passion Play de Mitch Glazer où Mickey Rourke joue, tout en changeant de costard à chaque scène, l'amoureux fou d'une Megan Fox dotée d'ailes dans le dos. Les parallèles entre les deux films ne manquent pas: dans Black Swan, Natalie Portman a aussi des plumes et des ailes qui poussent; et surtout, de loin en loin, la coïncidence Aronofsky-Rourke rappelle que, il y a deux ans, les deux hommes avaient relancé leurs carrières avec The Wrestler.
Au bout de 55 films vus à Venise et Toronto, il suffit de deux films, le premier et le dernier, pour rappeler cette évidence: lorsqu'un film est réussi, comme The Wrestler, il vaut mieux ensuite suivre son auteur-réalisateur plutôt que son acteur. Car Passion Play est sans aucun doute le film le plus ridicule des deux festivals, sinon de l'année, sinon de l'histoire du cinéma. Lorsque Natalie Portman a des plumes qui poussent en faisant l'amour, le drame d'Aronofsky est à son paroxysme, Lorsque Megan Fox fait l'amour en enlaçant Mickey de ses ailes, il y a de quoi s'esclaffer. Les bons films ne se créent pas sur le papier, ni encore moins sur le nom des vedettes qui figureront au générique.
A quelques exceptions près (lire les billets précédents), la plupart des distributeurs suisses ont fait une croix sur la Mostra de Venise au profit du Festival de Toronto. Parmi eux, Laurent Dutoit, directeur de la société de distribution Agora et programmateur de sept salles indépendantes à Genève, a déserté le Lido depuis quatre ans.
Après tout, pourquoi avez-vous besoin des festivals pour choisir les films qui vous montrerez en Suisse, alors qu'il vous suffirait de les regarder en DVD? Nous regardons souvent des films sur DVD. Mais nous sommes d'abord des distributeurs de cinéma. Or le cinéma est fait pour être consommé au cinéma. Les festivals nous permettent donc de voir les films en primeur dans des bonnes conditions. Et j'ai envie de vous dire d'emblée que le grand avantage de Toronto sur Venise, ce sont justement les infrastructures qui nous permettent de découvrir les films dans des conditions optimales. Ici, nous les voyons dans des grandes salles, sur de grands écrans, avec des sièges très confortables, ce qui n'est pas le cas dans tous les festivals. Un film n'est jamais le même sur DVD ou sur grand écran. Un très grand film sera très bon sur DVD, mais il sera encore meilleur sur grand écran. Avec l'expérience, nous sommes évidemment capables de voir un film en DVD et de juger de son potentiel et des émotions qu'il dégage. Mais on reste toujours un cran en dessous de l'expérience de la salle de cinéma. La salle permet aussi de sentir comment le public réagit.
Le fait que les festivals fassent une présélection parmi les centaines de films produits chaque année n'est sans doute pas négligeable. Tout à fait. On ne peut pas voir tout ce qui est produit. C'est impossible. Même ici à Toronto, il est impossible de tout voir. A Toronto, près de 300 films sont présentés. Nous ne voyons donc de toute façon qu'une sélection de leur présélection. Durant mon séjour ici, j'en aurai vu une quarantaine. Le 10% de ce qu'ils proposent.
Il y a encore cinq ans, vous alliez chaque année à la Mostra de Venise. Depuis quatre ans, vous préférez le Festival de Toronto. Que s'est-il passé? J'ai entendu les échos qui commençaient à dire que Toronto était super bien. J'ai donc décidé, en 2006, de venir voir ce qu'était ce festival. Et je suis revenu chaque année.
Parce que la Mostra n'était plus «super bien»? Le problème, à Venise, c'est qu'il y avait bien des jours où je n'avais pas grand chose à voir. La Mostra n'offre pas un très grand choix et, en plus, nous avons accès à très peu de projections: la plupart sont pour la presse et les invités. Souvent, à certaines heures, il n'y a le choix qu'entre deux ou trois films. L'avantage de la Mostra, c'est que, par désoeuvrement, vous êtes amenés à voir des films faute de mieux et que, parfois, vous tombez sur une perle. Mais parier là-dessus est trop hasardeux, parce que les perles sont extrêmement rares. Pour résumer, à Venise, on voit tout ce qu'on veut voir, mais aussi beaucoup de films qu'on ne voulait pas voir parce qu'ils ne répondent de toute façon pas à ce que nous recherchons. A Toronto, au contraire, je pars demain en ayant vu 40 films que je voulais ou devais voir. Et il en reste même une bonne quinzaine que je n'ai pas réussi à caser dans mon planning.
En Europe, on entend encore beaucoup la critique contre Toronto qui dit qu'il y a justement trop de films, qu'on y voit tout et n'importe quoi. C'est en partie vrai, mais c'est aussi à nous de faire notre métier, de faire des choix. Sur le papier d'abord, il faut savoir sentir et biffer tout ce qui ne sera pas intéressant. Et puis, une fois un premier planning établi, il faut rester ouvert aux rumeurs qui courent sur certains films auxquels on ne pensait pas. Je ne l'ai pas beaucoup fait cette année. Je n'ai pas laissé beaucoup de place à l'improvisation. D'abord parce que mon programme était bien rempli. Ensuite parce que les rumeurs concernaient des films que j'avais de toute façon prévu d'aller voir. C'est une des forces des festivals, et c'est pour ça que les festivals nous sont nécessaires: le bouche-à-oreille entre collègues et journalistes nous permet de ne pas passer à côté des films importants. Seul dans son bureau avec des DVD, il n'y a évidemment pas de bouche-à-oreille possible.
L'ampleur du choix était-elle la raison principale pour laquelle vos collègues vous disaient que le Festival de Toronto est si bien? Pas seulement. La qualité de l'accueil et les conditions de projection sont aussi tout à fait exceptionnelles, surtout comparées à celles de la Mostra. Ici, les salles sont grandes, les projections et le son sont excellents. Il est clair que le cadre lui-même est assez horrible par rapport à la Mostra: à Toronto, le festival a lieu dans des gros multiplexes qui sentent le pop-corn. Mais je préfère encore ça, et je ne suis pas le seul, aux salles de la Mostra où on est tellement mal assis qu'on a mal au dos dès le deuxième jour. Quand on passe quinze heures par jour au cinéma, on a forcément mal au dos, mais Toronto permet de retarder les premières douleurs.
Et puis, l'investissement financier pour venir à Toronto est à peu près le même que pour aller à Venise. A peu près. Le déplacement est un peu plus cher, ainsi que l'accréditation. Paradoxalement, alors que Toronto n'a pas de Marché du film à proprement parler, c'est le festival où l'accréditation «Industry» nous coûte le plus cher.
Avez-vous, cette année, acheté des films que vous sortirez en Suisse? Aucun. En fait, chez Agora, nous achetons assez peu de films finis. Nous achetons beaucoup plus sur lecture du scénario. Les festivals sont donc pour nous l'occasion de rencontrer les vendeurs, et de prendre connaissance des films qui se tourneront, en l'occurence quand nous somme à Toronto, dès cet automne. Nous négocions très en amont. En quatre ans de Toronto, je crois que je n'ai acheté qu'un film fini, c'était Ben X. Mais paradoxalement, Ben X ne faisait pas partie de la sélection: j'avais eu droit à une projection privée.
Une projection privée? Oui. En marge du festival, en plus des 300 films qui sont proposés, s'ajoutent passablement de projections privées, dans d'autres salles, notamment pour les films qui étaient à Venise ou au Festival de Montréal uniquement. Raison de plus pour ne plus aller à la Mostra puisque ses films sont aussi montrés ici de manière confidentielle et, encore une fois, dans d'excellentes conditions. La réciproque serait simplement impossible à Venise qui n'a que cinq ou six salles pour l'entier du festival. Ici, on peut en compter une trentaine au moins, la quasi totalité équipée de la dernière technologie numérique. Même si ça n'a rien à voir avec les Marchés du film de Berlin ou de Cannes, il y a donc à Toronto tout une vie underground qui nous est extrêmement utile. a Variety subscriber.
Passer de la Mostra de Venise au Festival de Toronto provoque plusieurs chocs.
En faveur de Venise, évidemment, la capitale de l'Ontario, où les gratte-ciel ultramodernes poussent comme des champignons, n'a pas encore un charme très évident.
Mais le TIFF se rattrape aisément dès les portes des cinémas franchies, celles du multiplexe Scotiabank, des anciennes salles au cachet fou comme le VISA Screening Room ou, bien sûr, du TIFF Bell Lightbox ouvert depuis le week-end dernier: ses écrans, leur nombre aussi (une bonne vingtaine), ainsi que la qualité irréprochable des projections et leur ponctualité surpassent sans effort les infrastructures vénitiennes si vétustes qu'il est impossible de tenir les horaires, où l'eau de pluie s'infiltre et où les hauts-parleurs tremblent dès que le son descend trop dans les basses.
Seul point commun de toutes les projections, rébarbatif à Venise comme à Toronto: le froid qui règne dans les salles. La climatisation est allumée constamment et si fort qu'un vent frais vous balaie contamment durant tout le film. Certains matins, lors des premières projections de la journée (avant que les publics ne soient venus apporter un peu de chaleur humaine), je jurerais que la température avoisine les 15°. Honnêtement, entre les salles-frigo et la température extérieure, je dois d'avoir échappé à un coup de froid carabiné uniquement grâce à une météo plutôt morose et automnale en Italie comme au Canada.
Et puis, il y a l'accueil. Dans ce domaine, Toronto déclasse Venise de manière stupéfiante. Il faut dire que la Mostra part avec quelques handicaps: ces malabars aux entrées des bâtiments, notamment, qui vous scrutent, vous et votre accréditation, avec l'air de se demander quelles tortures ils pourront un jour pratiquer sur cette fange indigne de la société que sont les décadents cinéphiles. Toronto, c'est le contraire. 2000 volontaires dévoués et des organisateurs qui ne le sont pas moins. L'autre jour, The Globe and Mail, le quotidien local qui serait un peu l'équivalent du Temps, relatait l'histoire de Cameron Bailey, le directeur artistique du festival, volant au secours d'une festivalière qui s'était perdue.
Rien à voir avec le "How are you today?" automatique qui agace tant, à force d'être entendu, quand on se rend aux Etats-Unis. A Toronto, quand quelqu'un vous dit "How are you today?", il attend sincèrement une réponse. Cette politesse tout à fait frappante ne distingue pas seulement Toronto de Venise, mais aussi de la Berlinale, qui vous stresse par son organisation millimétrée, ou du Festival de Cannes, où les malabars ne sont pas méchants, mais un peu moqueurs. Une pratique, en particulier, est tout simplement inimaginable ailleurs qu'à Toronto. Voici deux images:
Ce sont, bien évidemment, deux files d'attente. A gauche, celle de Venise, très caractéristique aussi de Cannes, de Berlin, de Locarno et d'à peu près n'importe quel festival européen: c'est-à-dire un peu n'importe quoi et on voit bien que, dès qu'il y aura du monde, ça créera un gros entonnoir, avec des petits malins qui passeront devant et des bousculades. A droite, la file typique de Toronto, telle que je n'en ai jamais vu dans aucun des 20 ou 30 festivals que j'ai eu la chance de visiter: plusieurs membres de l'organisation (à droite) sont là pour renseigner et répondre au moindre doute, tandis que les spectateurs se mettent, spontanément, en file indienne contre le mur. Et s'il y a du monde? Et bien la file indienne fera le tour du bâtiment voire du pâté de maisons. Le plus beau, c'est que personne ne cherche à passer devant: dès que les portes s'ouvrent, tout ce public rentre avec une rapidité déconcertante, dans un calme et une politesse incroyables. Imaginer une telle pratique à Cannes ou à Venise, c'est envisager, à coup sûr, des bagarres générales...
Depuis le début de cette aventure, j'ai également tweeté chacun des films que j'ai pu voir à Venise puis à Toronto. 53 films en tout. Collés tels quels bout à bout, il en résulte une sorte de palmarès naturel (les films de la compétition de Venise sont en italique). Et aussi une masse assez inédite depuis que je pratique ce métier: des dizaines de microcritiques de 140 signes maximum (c'est la contrainte de Twitter.com où vous pouvez aussi suivre cette aventure Venise/Toronto, ainsi que sur Facebook). 140 signes, autant dire rien sinon l'essentiel de l'essentiel: le nom du festival (#venezia67, qui est à présent suivi par #tiff10, pour Toronto International Film Festival 2010); le numéro d'ordre dans lequel j'ai vu les films entre parenthèse; le titre; le réalisateur; la note de 0/5 à 5/5; et à peine une phrase. Le tout reclassé ici selon mes préférences.Ceux qui m'ont convaincus sans réserve sont agrémentés de leur bande-annonce. Au final, c'est 2 partout pour chacun des festivals. Quatre films en tout que j'adore sans réserve.
Note 5/5
#tiff10 (3): Cave of forgotten dreams, W. Herzog (5/5). La grotte Chauvet et ses dessins vieux de 35000 ans. 1er chef-d'oeuvre du cinéma en 3D! (Pas de bande annonce existante à l'heure où je mets cette note en ligne)
#tiff10 (8): Never let me go, M. Romanek (5/5).Sublime adaptation d'Ichiguro: des enfants élevés pour donner leurs organes cherchent l'amour .
#venezia67 (14): Potiche, F. Ozon (5/5): Ozon se concentre enfin pour livrer le film féministe le + drôle, libre et coloré qui soit. Bravo!
#venezia67 (27). Vénus noire, A. Kechiche (5/5). Il n'existe pas de biopic (de Saartjie Baartman) qui fasse moins de concessions. Explosif
Note 4/5
#tiff10 (2): The Conspirators, R. Redford (4/5). Lutte d'un avocat, créateur du Washington Post, après l'assassinat de Lincoln. Passionnant
#tiff10 (5): The Trip, M. Winterbottom (4/5). Un Sideways GB, bout-à-bout d'une série TV avec S. Coogan et l'imitateur Rob Brydon. Hilarant
#tiff10 (9): Tabloïd, E. Morris (4/5). Hilarant docu sur une reine de beauté réputée queen SM après avoir déniaisé son prince mormon
#tiff10 (10): Genpin, N. Kawase (4/5). Docu tout doux, jamais militant, sur une maison d'accouchement japonaise où la mort a aussi sa place
#tiff10 (23): The Promise, T. Zimny (4/5). Le making of, 30 ans après, du Darkness de Springsteen. Où le génie bosse dur sans tomber du ciel
#venezia67 (2) Black Swan, D. Aronofsky (4/5). Carrie au ballet du diable: Natalie Portman danseuse frigide affronte sexe et Lac des cygnes
#venezia67 (6): Incendies, D. Villeneuve (4/5). Impressionnante plongée de jumeaux québécois dans leurs racines palestiniennes. Une réussite
#venezia 67 (10): Somewhere, Sofia Coppola (4/5). Lost in Translation 2: le nonsens de la célébrité où L.A. remplace Tokyo dans l'absurdité
#venezia67 (13): Letter to Elia, M. Scorsese (4/5): à partir de celui qui lui a donné la flamme (Kazan), Marty livre la clé du bon cinéma
#venezia67 (15): Post Mortem, P. Larrain (4/5): évocation drôlatique de la mort d'Allende en 1973 via le greffier de son médecin légiste
#venezia 67 (20): Le Fossé, Wang Bing (4/5): hallucinante plongée quasi documentaire dans un camp de travail chinois des 50's. Glaçant
#venezia67 (29): The Town, B. Affleck (4/5). Heat version âpre: Ben ne serait-il pas en train de faire un début de carrière à la Eastwood?
Note 3/5
#tiff10 (11): 127 Hours, D. Boyle (3/5). Après Slumdog, un feel bad movie bienvenu, sauf quand son alpiniste se coupe le bras avec un canif
#tiff10 (14): Conviction, T. Goldwyn (3/5). Mélo juridique où H. Swank se bat pour innocenter son frère (S. Rockwell). Et jouez les violons
#tiff10 (19): Sans queue ni tête, J. Labrune (3/5). Lanners, psy, et Huppert, prostituée, ont besoin des services l'un de l'autre. Drôle
#tiff10 (20): Neds, P. Mullan (3/5). L'impossibilité, pour un enfant doué, d'échapper à la cruauté et à la délinquance de son milieu. Âpre
#tiff10 (21): Les Petits Mouchoirs, G. Canet (3/5). Sans l'ouverture et Cluzet, Canet ne se distinguerait pas de la chorale à la D. Thompson
#tiff10 (22): Super, J. Gunn (3/5). Moins hypocrite et + trash que Kick-Ass, une comédie qui ne respecte rien ni personne. Et viva E. Page!
#venezia67 (9): Jianyu, John Woo (3/5). Tigre et Dragons se marient, mais ni l'un ni l'autre ne savent que leur époux est un tueur. Joli.
#venezia67 (11): Silent Souls, A. Fedorchenko (3/5). Un employé aide son patron à faire le deuil de sa femme selon des rites... particuliers
#venezia67 (18): Detective Dee..., Tsui Hark (3/5). Mieux que John Woo, Tsui Hark a bien fait de rentrer à la maison après sa parenthèse US.
#venezia67 (19): Essential Killing, J. Skolimowski (3/5). Dans la peau d'un taliban en fuite, d'Afghanistan aux neiges du Grand Nord US.
Note 2/5
#tiff10 (1): The Ward, J. Carpenter (2/5). Pourquoi Big John s'est-il mis à l'écart du système et de Hollywood pour revenir avec ce déjà-vu?
#tiff10 (4): Amigo, J. Sayles (2/5). Echos de l'actualité irako-afghane via l'occupation US d'un village philippin en 1910. Sursignifiant
#tiff10 (6): Stone, J. Curran (2/5). DeNiro, préposé d'application des peines, manipulé par Edward Norton et Milla Jovovich. Sans surprise
#tiff10 (7): A Horrible Way to Die, A. Wingard (2/5). Trop de chichis de style pour le portrait d'une alcoolique, femme de serial killer.
#tiff10 (15): Dirty Girl, A. Sylvia (2/5). Dans les 80, la coucheuse et l'obèse gay du lycée cherchent le père de la fille. Faussement trash
#venezia67 (1): Legend of the Fist, Andrew Lau. Le monde façon Tintin kung-fu vu de Chine. Les Blancs et les Japonais au tapis.
#venezia67 (3): Machete, R. Rodriguez (2/5). La revanche des Mexicains contre les Etats-Unis à coups de machette. 12 ans d'âge mental. Rigolo
#venezia67 (4): Showtime (S. Kwan) (2/5). Jeunes danseurs de la nouvelle Shanghaï ultramoderne cherchent inspiration dans leur passé glorieux
#venezia67 (5): Norwegian Wood, Tran A. Hung (2/5). Amour et dépression, où on se demande comment supporter une beauté formelle aussi lente
#venezia67 (8): Happy Few, A. Cordier (2/5). Deux couples se mélangent dans l'insousiance, mais pas pour longtemps. Trop de blablas bobos
#venezia67 (16): Meek's Cutoff, K. Reichardt (2/5). Le western remis à plat et vidé de ses artifices: intéressant, mais sérieux et ennuyeux.
#venezia67 (21): Vallanzasca, M. Placido (2/5). Entre Mesrine et Le Prophète, sans la finesse d'Audiard et plus répétitif que Richet. Mâle
#venezia 67 (22): Promises written in water, V. Gallo (2/5). Sous-Brown Bunny en N/B où Gallo devient croque-mort pour le corps de sa femme.
#venezia67 (23): Balada triste de trompeta, A. de la Iglesia (2/5). Histoire trop criarde et dispersée d'un clown-tueur triste sous Franco
#venezia67 (24): Surviving Life, J. Svankmajer (2/5). Drôles dix minutes, les collages animés et grisâtres du maître tchèque lassent vite
#venezia67 (25): Noi credevamo, M. Martone (2/5). Après 30 minutes intéressantes, c'est blablabla...Revoluzione!...blablabla...Democrazia!..
Note 1/5
#tiff10 (12): The Way, E. Estevez (1/5). Un Martin Sheen en deuil de son fils fait la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Home movie
#venezia67 (7): Miral, J. Schnabel (1/5). Prêchi-prêcha rongé par les effets de style et le non-jeu de Freida Pinto sur le Proche-Orient. Nul
#venezia67 (12): La belle endormie, C. Breillat (1/5). Transposition TV de La belle au bois dormant avec effets risibles et acteurs poussifs
#venezia67 (26): Homeland, S. Tzoumerkas (1/5). Mélo sur fond de manifs grecques, maxi ambitions, mini moyens vainement cachés au montage
#venezia67 (28): Attenberg, A. R. Tsangari (1/5): interminable et terne illustration du cinéma d'auteur dans ce qu'il peut avoir de barbant
Note 0/5
#tiff10 (13): Les Nuits rouges du bourreau de Jade, J. Carbon & L.Courtiaud (0/5). Acteurs poseurs, plans des 80s et 12 ans d'âge mental
#tiff10 (24): Passion Play, M. Glazer (0/5). Rourke amoureux fou d'une Megan Fox avec des ailes. Si le ridicule tuait, il y aurait des morts
#venezia67 (17): The Child's Eye 3D, des frères Pang (0/5). Enièmes maison hantée et fantômes asiatiques, en relief rigolo mais sans script
A quelques exceptions près (lire les billets précédents), la plupart des distributeurs suisses ont fait, depuis quatre ou cinq ans, une croix sur la Mostra de Venise au profit du Festival de Toronto. Parmi eux, Monika Weibel, de la société Frenetic Films, qui a rallié la manifestation canadienne, cette année, avec son collègue Daniel Treichler. Autant dire que Frenetic Films a mis les bouchées doubles sur Toronto.
Pourquoi votre société de distribution, Frenetic Films, choisit-elle plutôt d'aller à Toronto qu'à Venise? Nous n'allons plus à Venise depuis trois ou quatre ans. Et, l'an dernier, en raison du travail que nous apporte Toronto, en termes de rencontres et de films à voir, nous avons décidé que nous viendrions à deux pour cette édition 2010. Nous sommes donc deux sur place. Auparavant, mon collègue Daniel Treichler avait l'habitude de couvrir un bout de Venise puis de se déplacer à Toronto. Et plus avant encore, j'allais à Venise pendant qu'il couvrait Toronto. Notre abandon de Venise s'est donc fait petit à petit.
Pourquoi, à un moment, la décision de laisser purement et simplement tomber Venise est-elle tombée? C'est dû à un ensemble de circonstances. Et d'abord au fait que nous avons énormément de travail au bureau qu'on ne peut pas se permettre d'être absent aussi souvent qu'on le voudrait. Or le calendrier de l'automne est très chargé, notamment avec la sortie de tous les films de la rentrée. Et nous en avons beaucoup. Et puis Venise est quand même très cher. Sans compter que nous avons estimé qu'il y avait de moins en moins de professionnels à rencontrer sur le Lido, du moins dans notre domaine. Par contre, la plupart de nos interlocuteurs vont à présent à Toronto. Pour nous, un festival ne consiste pas à simplement voir des films: nous y prenons des nouvelles des projets qui nous intéressent depuis la lecture du scénario, nous y cherchons des films à venir, nous y visionnons tout ce qui pourrait nous intéresser, nous y rencontrons des gens. Autant que de choses qui sont plus difficiles voire impossibles à Venise. En plus, la Mostra propose moins de films, alors que Toronto en présente trois à quatre fois plus.
Parce qu'il faut forcément en voir le plus possible? Les distributeurs sont quand même un peu des fous qui n'ont jamais assez de travail. Or, Venise, c'est un peu trop tranquille: la sélection limite les choix et fait que vous parvenez à presque tout voir, même en prenant du temps pour manger. Pour nous, vu ce que Venise coûte comme temps et comme argent, ce n'est pas rentable.
Vous souvenez-vous de l'année où vous vous êtes rendus compte pour la première fois que le Festival de Toronto était une destination à considérer? Oui. Nous avions lu le scénario d'un film, Leaving Las Vegas de Mike Figgis [qui allait valoir l'Oscar du meilleur acteur à Nicolas Cage début 1996]. Nous étions intéressé, mais nous avions besoin de voir le résultat final avant de prendre la décision finale. Il se trouve que sa grande première n'avait pas lieu à Venise, mais à Toronto en septembre 1995. Nous avons décidé de faire le voyage et nous sommes ensuite revenus chaque année. Il n'y a pas de marché du film à proprement parler ici, mais les vendeurs sont accessibles et ils montrent parfois des films non sélectionnés aux acheteurs intéressés.
Le Festival de Toronto a-t-il beaucoup changé ces quinze dernières années? Justement pas. Il y a toujours eu énormément de films, et le nombre de journalistes accrédités est volontairement limité à environ 1000, c'est-à-dire le quart de Venise ou de Cannes. Ce qui n'est pas sans importance: à Venise, la presse passe d'abord et les invités, si bien que, pour nous, c'était souvent la bataille pour aller voir les films. A l'exception de Cannes qui est vraiment formidable pour nous, même Berlin n'est pas le plus facile pour obtenir des billets. A Toronto, rien de ça: nous voyons les films avec les journalistes. Tout est fait, ici, pour nous faciliter la vie. En gros, à Toronto, il suffit d'avoir envie de voir un film pour le voir sans devoir se battre.
Avez-vous déjà acheté des films, cette année à Toronto, que vous montrerez ensuite en Suisse? Pas encore. En général, nous ramenons entre 5 et un demi-film.
Un demi-film? Oui: certaines années, nous n'achetons rien ici. Notre métier se conçoit dans un ensemble qui inclut Berlin, Cannes, Toronto, l'AFM (American Film Market)... Parfois nous créons simplement un premier lien dans un de ces festivals, puis nous retrouvons nos interlocuteurs pour conclure ou non un contrat dans l'un des festivals suivants.
C'est une bien triste nouvelle qui s'est glissée dimanche matin dans la transition entre mon retour de Venise et mon départ, ce matin, pour Toronto: quelques jours après la disparition d'Alain Corneau, c'est un autre cinéaste parmi les plus agréables à rencontrer qui s'est éteint. Claude Chabrol a quitté la table à 80 ans. Il laisse une cinquantaine de films. (Article paru dans Le Temps du 13 septembre 2010)
«Nous vivons, disait-il, dans une époque où les pizzas arrivent plus vite que la police.» Mais moins vite que les mauvaises nouvelles: Claude Chabrol est mort dimanche et la nouvelle a ému le monde entier. Le cinéaste français avait fêté ses 80 ans le 24 juin et venait de tourner «Le fauteuil hanté» et «Le petit vieux des Batignoles», deux épisodes de la série de France 2 Au siècle de Maupassant: Contes et nouvelles du XIXe siècle. Son dernier film, Bellamy, l’un des meilleurs rôles de Gérard Depardieu, avait rencontré un bel écho à la Berlinale 2009.
C’est dire que Claude Chabrol, loin d’être devenu un petit vieux de province, où il vivait entouré d’une famille qui constituait une bonne partie de son équipe artistique, avait toujours la frite – l’homme aimait suffisamment les analogies culinaires pour nous pardonner celle-ci. C’est la première raison pour laquelle la nouvelle de sa disparition émeut: Chabrol rajeunissait. Pas seulement parce qu’une opération des yeux, il y a quelques années, avait fait disparaître sa myopie et ses lunettes, donnant toute sa rondeur à son visage poupin de gourmand impénitent. Mais également parce qu’il aimait faire le godelureau comme jamais.
Claude Chabrol ne s’était jamais vraiment pris au sérieux et c’est sans doute ce qui l’avait un peu mis à l’écart des grandes et doctes analyses dont bénéficiaient et bénéficient encore ses anciens amis coagitateurs de la Nouvelle Vague. Sa mort ne fera sans doute pas turbiner la machine à théoriser comme le décès d’Eric Rohmer le 12 janvier dernier: on citera les débuts (Le Beau Sergeprimé à Locarno en 1958 ou Les Cousins Ours d’or à Berlin en 1959), la période faste du début des années 1970 sous la houlette du producteur André Génovès (La Femme infidèle, Le Boucher, Que la bête meure), la rencontre avec Stéphane Audran et leurs 23 films, celle avec Isabelle Huppert et ce sommet de l’art chabrolien, entomologie sociale, que fut La Cérémonie en 1995.
Mais la plupart de ses nécrologues se boucheront le nez devant ses écarts joyeusement ou involontairement coupables, cesTigre se parfume à la dynamite, Marie-Chantal contre le Docteur Kha, Docteur Popaul ou Folies bourgeoises. «J’ai tourné des merdes», disait-il volontiers. Et il savait de quoi il parlait, lui qui était fasciné par la nullité des émissions de téléachats et des sitcoms de TF1. Chabrol était le clown de la bande des Cahiers du cinéma, d’accord, mais il est peut-être enfin temps de dire que cette attitude, qui pouvait le pousser à aller faire l’acteur chez d’autres, a rendu l’histoire de la Nouvelle Vague moins plombée et intimidante.
Sa présence allégeait également l’univers du cinéma français et sa tendance à se prendre pour la queue de la cerise cinématographique. Sale week-end pour le 7e art hexagonal, en vérité: en plus de rentrer bredouille de la Mostra de Venise avec deux cinéastes en grande forme, Abdellatif Kechiche et François Ozon, voilà que la France perd, quelques jours après les décès de Bernard Giraudeau et d’Alain Corneau, un des cinéastes les plus attachants de son paysage. Qui reste-t-il à interviewer qui se montrent aussi généreux, volubiles, cultivés, souvent drôles et sans langue de bois que ces trois-là?
La Suisse aussi est en deuil: plusieurs fois, grâce à ses liens avec la société CAB à Lausanne, le cinéaste y a pris ses aises: Rien ne va plusen 1997 ou Merci pour le chocolat en 2000. C’est à Lausanne qu’il avait posé ses caméras pour ce dernier. Sa cantine aussi, légendaire pour tous ceux qui avaient tourné sous sa direction. Quand on avait demandé à Danielle Darrieux un souvenir du tournage de Landru en 1962, elle avait répondu: «On a bien mangé!»On mangeait bien, chez Chabrol. Lorsque nous lui avions parlé de cette réputation: le cinéaste avait plaisanté: «J’aime mieux entendre ça plutôt que: «On s’est emmerdé»!»
Claude Chabrol avait cette manière de piquer son interlocuteur, de retourner le couteau dans la plaie. A l’écran, il en avait fait sa signature, en particulier aux dépens de la petite bourgeoisie de province. Dans la vie, il ne s’en privait pas non plus. Lors de son passage à Lausanne pour Merci pour le chocolat, il se régalait d’expliquer que «la notion de neutralité est l’une des plus perverses de la Terre», qu’il avait «quand même connu des Suisses exubérants», même si «une société protestante» lui paraissait «plus coincée» et qu’il avait bien observé les politiciens suisses venus rendre visite sur le tournage: «Je les ai vus arriver, très gentils, très convenables et tout à fait bien élevés».
Il avait failli ne pas exister. Alors que sa mère était enceinte de trois mois, ses parents, qui prenaient un bain ensemble chez sa grand-mère maternelle, avaient été asphyxiés par une fuite de gaz. Chauffe-eau défectueux. Evanouissements. Trajet en urgence entre le boulevard Arago, à Paris, et l’hôpital Broca. Son papa Yves Chabrol, qui se trouvait directement dans la trajectoire de la fuite, avait été plus gravement atteint que sa maman Madeleine. Mais les médecins avaient immédiatement pronostiqué la mort du fœtus. Pire, ils avaient proposé au couple de revenir quinze jours plus tard pour «faire passer» l’enfant, s’ils ne constataient pas d’amélioration. Quinze jours plus tard, le futur Claude Chabrol vivait toujours et les docteurs changèrent d’avis tout en prédisant que, après sa naissance, cet enfant souffrirait d’importantes séquelles mentales… Celles, sans doute, d’une gourmandise et d’une fine perversité qui nous manqueront.
«Quentin Tarantino n’a pas de cojones», «Tarantino est un grand romantique…», «Le Lion d’or à un film timbre-poste», «Un Lion à l’ancien amour de Tarantino, deux Lions au chouchou de Tarantino, et un Lion au mentor de Tarantino…»: dès l’annonce du palmarès de la 67e Mostra de Venise, samedi soir, les réseaux sociaux ont frémi d’indignation. Non pas que Somewhere de Sofia Coppola soit indigne, ni même timbre-poste (LT du 06.09.2010). Ni qu’elle soit victime d’une fronde machiste: elle est la quatrième réalisatrice à décrocher le Lion d’or après l’Allemande Margarethe von Trotta pourLes Années de plomb en 1981, la Française Agnès Varda pourSans toit, ni loi en 1985 et l’Indienne Mira Nair pour Moonsoon Weddingen 2001 – sans compter la Coupe Mussolini du meilleur film remis aux Dieux du stade de Leni Riefenstahl une des années, 1938, où le festival servait encore de vitrine à la cause fasciste.
Six ans après Cannes
Le sacre de Sofia Coppola serait honorable s’il ne s’inscrivait pas dans le contexte d’un palmarès grevé par un conflit d’intérêt dont le président du jury, Quentin Tarantino, est coutumier. Du moins ne fait-il rien pour lever le soupçon: en 2004 déjà, il avait fait froncer plus d’une paire de sourcils en décernant la Palme d’or de Cannes à Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, film produit par le même mogul qui accompagne tous ses films: le tout-puissant Harvey Weinstein. C’est dire que la fille prodige du grand Francis Ford se retrouve privée de tout mérite et que son Lion sonne plaqué or. Les festivaliers ont tôt fait de relier cette récompense suprême au fait que Sofia et Quentin avaient roucoulé jadis. Le lien a sauté aux yeux en raison des personnalités qui, dans le déroulement de la cérémonie, ont été récompensées avant elle: Monte Hellman qui fut le premier à mettre le pied de Tarantino à l’étrier au début des années 1990; Alex de la Iglesia qui signe son film le plus embrouillé, mais dont le président du jury n’hésitait pas à parler comme de l’un de ses chouchous…
Favoritisme
Autre reproche à Tarantino: le fait d’avoir lourdement insisté pour briser le principe qui veut qu’un film ne puisse pas cumuler les prix. Alex de la Iglesia en bénéficie. Jerzy Skolimowki également et de manière plus légitime tant son Essential Killing est puissant. Mais ce favoritisme, dont Tarantino a ensuite dû se défendre samedi soir et toute la journée de dimanche, renvoie à la maison, bredouille, tout un pan du cinéma qui s’était pourtant présenté à Venise sous ses plus beaux atours. Les compétiteurs français en particulier, le très sombre Vénus noired’Abdellatif Kechiche et le très joyeux Potichede François Ozon, tous deux loin de plafonner comme Sofia Coppola et ses déboires hollywoodo-hollywoodiens façon Lost in translation (en moins bien). Grâce à Tarantino, l’histoire de la Mostra compte aussi, désormais, son 11 septembre.
Six ans après après avoir provoqué la suspicion à Cannes pour avoir donné la Palme d'or à Fahrenheit 9/11 de Michael Moore qui était produit par son propre producteur Harvey Weinstein (alors que l'infiniment supérieur Old Boy de Park Chan-wook, par exemple, était en lice), Quentin Tarantino ne lésine pas sur le conflit d'intérêt en offrant le Lion d'or à Somewhere, le film mineur (par rapport à Lost in Translation) de son ex compagne Sofia Coppola. Pire, Tarantino adoube doublement l'Espagnol Alex de la Iglesia sur la foi d'un film qui n'est de loin pas son meilleur, mais qui possède plus d'un point commun avec son propre Inglourious Basterds, notamment une réécriture de l'histoire, en l'occurrence celle de l'Espagne sous le régime de Franco.
Quant à la prestation de l'actrice française Ariane Labed dans le très fastidieux Attenberg, film grec pétri de tous les tics du film d'auteur actuel, valait-elle vraiment que le jury la distingue au détriment de celles de Natalie Portman dans Black Swan de Darren Aronovsky (récompensé pour le second rôle de Mila Kunis, sic), de Catherine Deneuve dans Potiche de François Ozon (purement et simplement écarté) ou de Yahima Torres qui met littéralement sa vie en jeu dans Vénus Noire d'Abdellatif Kechiche.
Bref, le palmarès de la 67e Mostra serait à pleurer si n'y survivait pas l'étonnant Essential Killing de Jerzy Skolimowski (prix spécial du jury), son acteur dans le rôle d'un taliban (Vincent Gallo, meilleur acteur) et la contribution technique de Silent Souls d'Aleksei Fedorchenko (meillleur photographie et, heureusement, meilleur film pour le jury de la presse internationale). Mais ni la Mostra ni Tarantino ne sortent grandis d'une telle pantalonnade qui fait fi de l'Asie et surtout d'une France en grande forme pour que le président du jury puisse, sans avoir à rougir, continuer à croiser ses connaissances dans les rues de Los Angeles.
Lion d'or:Somewhere, de Sofia Coppola (USA)
Lion d'argent (meilleur réalisateur):Balada triste de trompeta, d'Alex de la Iglesia (Espagne, France)
Prix spécial du Jury:Essential Killing, de Jerzy Skolimowski (Pologne, Norvège, Hongrie, Irlande)
Coupe Volpi (meilleur acteur): Vincent Gallo dans Essential Killing
Coupe Volpi (meilleure actrice): Ariane Labed dans Attenberg, d'Athina Rachel Tsangari (Grèce)
Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir d'interprétation: Mila Kunis, dans Black Swan, de Darren Aronovsky (USA)
Osella de la meilleure photographie: Mikhail Krichman pour Silent Souls, d'Aleksei Fedorchenko (Russie)
Osella du meilleur scénario: Alex de la Iglesia pour Balada triste de trompeta
Lion spécial: Monte Hellman
Lion du futur (meilleure première oeuvre toutes sections confondues):Majority, de Seren Yüce (Turquie)
Prix de la section Orizzonti:Verano de Goliat, de Nicolas Pereda (Mexique, Canada)
Prix spécial du jury Orizzonti:The Forgotten Space, de Noël Burch et Allan Sekula (Pays-Bas, Autriche)
Prix Orizzonti court métrage:Coming Attractions, de Peter Tscherkassky (Autriche)
Prix Orizzonti moyen métrage: Out, de Roee Rosen (Israël)
Mention spéciale Orizzonti:Jean Gentil, de Laura Amelia Guzman et Israel Cardenas (République dominicaine, Mexique, Allemagne)
Prix de la section Controcampo italiano:20 sigarette, d'Aureliano Amadei (Italie)
(Photo: Marco Müller, à droite, avec le président du Jury 2010, Quentin Tarantino)
Les festivaliers ont pu constater que la construction du nouveau et si attendu Palazzo del cinema est au point mort depuis un an. D'après le président de la Biennale de Venise Paolo Baratta, qui chapeaute la Mostra, les travaux ont été interrompus après la découverte, en sous-sol, d'une couche de panneaux d'amiante. L'ouverture est donc repoussée de 2011 à 2012. Du coup, Marco Müller, le directeur artistique de la Mostra depuis sept ans (le plus long mandat récent), ne sera pas là pour couper le ruban: l'ancien directeur du Festival de Locarno a déjà annoncé qu'il ne renouvellera pas son mandat après l'édition 2011 qui sera donc sa dernière. "Je veux recommencer à produire des films", a-t-il déclaré.
Si le palmarès de la 67e Mostra de Venise confirme samedi les pronostics, le plus vieux festival de cinéma du monde pourra respirer. Car certains des favoris, tels Vénus noire d’Abdellatif Kechiche, Somewhere de Sofia Coppola ou Post Mortem de Pablo Larrain ne sont pas projetés dans la manifestation concurrente qui s’est ouverte jeudi: le 35e Toronto International Film Festival (TIFF). En cas de Lion d’or à l’une de ces exceptions, l’événement vénitien pourra aussi se targuer d’une année particulièrement faste en terme de billets vendus (17% de plus que l’an dernier à mi-parcours), ainsi qu’en présence médiatique, puisque, malgré la crise toujours latente, le nombre d’envoyés spéciaux de la presse écrite a explosé de plus de 20% et ceux du Web de 33%. Le tout avec, hors débats internes dont raffolent les médias italiens, une résonance internationale qui juge le cru 2010 de manière plutôt très positive.
La Mostra 2010 prépare également une sortie plus qu’honorable du point de vue suisse: malgré l’absence d’un marché sur le Lido, les quelques derniers distributeurs qui préfèrent Venise au TIFF ont acquis ou sont en négociation pour sortir en Suisse certains des films importants qui n’avaient pas encore d’ayants droit. Ainsi d’Incendies du Québécois Denis Villeneuve ou de Silent Souls d’Aleksei Fedorchenko. C’est dire que le Lido reste une rampe de lancement appréciable: ceux qui ont choisi Toronto et qui lorgneraient sur ces deux ouvrages en seraient pour leurs frais, devancés par leurs concurrents.
Malgré leur chevauchement (Venise du 1 au 11, Toronto du 9 au 19), les deux festivals ont pourtant assez peu de films en commun. Une trentaine en tout et pour tout, dont, il est vrai, certains des titres les plus importants de la rentrée, qu’il s’agisse de l’ouverture de la Mostra (Black Swan de Darren Aronofsky), de The Town de Ben Affleck, de Potiche de François Ozon ou encore d’Essential Killing de Jerzy Skolimoski. Autant dire une minorité des titres présentés à Venise (environ 150) ou Toronto (près de 400).
Mais ce n’est pas la masse qui rend Toronto 2010 impressionnant. C’est plutôt l’exclusivité décrochée sur de grands noms qui semblaient tout destinés à figurer sur le Lido, soit parce ils s’y rendirent par le passé (John Carpenter, Emilio Estevez, Werner Herzog ou John Madden), soit parce qu’ils en ont l’envergure (John Cameron Mitchell, Naomi Kawase, Robert Redford ou encore Mark Romanek).
Cas exemplaire de ce mouvement en faveur de Toronto: Clint Eastwood. Hereafter, réflexion sur la vie après la mort et sur le deuil qu’il a tourné en grande partie en Europe, est montré uniquement à Toronto et pour une seule séance. Or, les connaisseurs sont à la fois intrigués et inquiets de cette stratégie d’unique projection à Toronto. Soit le film est raté, ce dont on peut douter: un ami du réalisateur, Pierre Rissient, qui l’a vu, parlait à Locarno d’un ouvrage à la Carl Dreyer, ce qui signifie sans doute grave et dépouillé. Soit Eastwood se plie à Toronto comme passage obligé.
Dans son édition de jeudi, le quotidien californien Los Angeles Times parle en effet du Festival de Toronto, non seulement comme du carrefour central du marché mondial juste après Cannes, mais surtout de la manifestation clé pour la course aux Oscars. Là aussi, Venise a toujours la main, puisqu’aussi bien The Wrestler de Darren Aronofsky que Démineurs de Kathryn Bigelow ont été lancés simultanément sur le Lido. Mais le festival canadien, en particulier depuis les présentations passées de Slumdog Millionaire ou de Juno, est vu par les producteurs comme un lieu de défilé où les prétendants présentent leurs nouveaux habits à l’Academy Awards. Au point, semble-t-il, que même Clint Eastwood doive s’accroupir sur la ligne pour espérer être pris en considération dans six mois.
Avant «Potiche» de François Ozon cette année, elle fut la Belle de jour de Luis Buñuel (Article retrouvé dans nos archives: François Rochat, envoyé spécial à Venise, Gazette de Lausanne, 6 septembre 1967)
«Au 28e Festival du film de Venise, le soleil a fait, mardi matin, une timide apparition à l’occasion de la présentation de Belle de jour, de Luis Buñuel, d’après le roman de Joseph Kessel. Il voulait ainsi, probablement, saluer le meilleur film vu depuis le début de la manifestation, qui devrait donc logiquement figurer en bonne place au palmarès final. [Il remportera le Lion d’or trois jours plus tard.]
Sous une apparente banalité, Bunuel signe en effet un film qui continue de harceler le spectateur bien après la fin de la projection; aussi ces quelques notes ne constituent-elles qu’une première approche. Belle de jour est l’histoire d’une jolie et riche bourgeoise qui, malgré les attentions de son mari, est irrésistiblement poussée à devenir pensionnaire d’une maison de rendez-vous. Là, elle s’épanouit, en même temps que se révèle son secret: un traumatisme sexuel subi dans son enfance. Une série de cauchemars obsessionnels succède alors à des scènes réalistes sans aucune transition visuelle, ce qui peut également laisser croire continuellement que ce sont les séquences oniriques qui sont réelles, alors que les moments apparemment réalistes ne seraient que le produit de l’imagination de l’héroïne.
Quoi qu’il en soit, Luis Bunuel joue avec une très grande habileté de cette ambiguïté: c’est d’ailleurs dans cette perspective que l’on peut parler d’une véritable adaptation de l’œuvre originale par Bunuel et par son complice Jean-Claude Carrière. Tout le film s’organise en fonction de la subjectivité de l’héroïne, jusque sur le plan formel: si le contour psychologique des personnages est, par exemple, si mal défini, cela tient certainement au fait que la protagoniste cherche constamment à s’évader de ce petit monde qui l’entoure, au fait qu’elle est fondamentalement passive. Et, dans cet univers froid et imperceptible, Catherine Deneuve se sent parfaitement à son aise. Quant aux autres interprètes (Geneviève Page, Jean Sorel, Michel Piccoli et Francisco Rabal notamment), ils s’effacent admirablement devant elle. […]»
Ciao Venezia. La première partie de cette aventure est terminée. Petite pause en Suisse romande, le temps d'une lessive. Pas de problème pour reprendre exactement les mêmes outfits à Toronto: très peu de gens courant les deux festivals, je n'entendrai pas "Dis donc, tu te changes de temps en temps?"
Ciao les films que je regrette tout particulièrement de rater parce qu'ils sont programmé en fin de Mostra et qu'ils ne sont pas à Toronto. Je les attendais avec impatience, mais ciao Dominique Swain dans Road to Nowhere de Monte Hellman et ciao Helen Mirren dans The Tempest de Julie Taymor, qui clôt le festival juste après l'annonce du palmarès, samedi soir (ce que je ne manquerai pas de relayer dans les colonnes du Temps, ici même, ainsi que sur Facebook et Twitter, de même que de multiples petites informations sur cette Mostra 2010, car cette pause avant de traverser l'Atlantique n'en est une qu'en apparence).
Ciao Lido et le charme fou de tes bâtiments décatis, usés par l'humidité et le sel.
Ciao travaux, bloqués, m'a-t-on dit, par des délicatesses financières et qui renferment ces fenêtres sur le monde que sont les écrans tout en bouchant la vue sitôt que nous sortons des salles.
Ciao paninis, foccacias et tranches de pizza dont la consommation n'est pas limitée à 45 tonnes dans une ville où les restaurants font comme si le festival n'existait pas, s'évertuant à ouvrir à 19h et à fermer avant la fin des projections.
Ciao lieux de détente entre deux films qui réservent parfois des vues stupéfiantes.
Ciao tempêtes qui remontent de l'Adriatique et s'abattent sur les infrastructures (antédiluviennes) en infiltrant de l'eau partout: dans les couloirs où pompiers et manutentionnaires ont eu beaucoup de travail cette année (il a fait plus froid qu'en Suisse), mais aussi les salles où il n'était pas rares que des bruits de gouttes s'ajoutent à la bande-son des films.
Ciao Marco Müller, valeureux directeur artistique qui, chaque soir seul sur le tapis rouge, accueille ses invités avec des airs de séminariste chinois depuis 2004 et dont je n'ai, une nouvelle fois, jamais pu interrompre la course folle. Je l'aurais félicité de résister avec fougue (et une sélection magnifique) aux conditions pour le moins vétustes dans lesquelles il organise l'un des quatre grands festivals du monde. Résister aussi aux pressions politiques du gouvernement Berlusconi, aux critiques incessantes, aux small talks insupportables que sa fonction exige.
Ciao Lion d'or qui attend, entre les mains du président du Jury Quentin Tarantino, d'être attribué samedi soir.
Ciao la vue sur Venise qui me cueillait chaque matin devant la porte de mon hôtel et qui, grise et limitée le dernier jour, a eu la décence de me faire un peu moins regretter de partir avant la fin.
Ciao 67e Mostra internazionale d'arte cinematografica di Venezia...
Le film surprise 2010 était encore une fois asiatique et excellent: Le Fossé (The Ditch) de Wang Bing (article paru dans Le Temps du 8 septembre 2010).
Depuis qu’il a repris la direction artistique de la Mostra de Venise en 2004, Marco Müller a une petite spécialité: il réserve toujours une place, en compétition, à un «film sorpresa», inscrit comme tel dans le programme. Müller connaît les vertus de cette facétie. Notamment le fait d’attirer l’attention sur un film qui n’obtiendrait sans doute pas la mobilisation que suscitent des titres phares. Il n’est pas rare que l’heureux élu remporte un prix, comme ce fut le cas avec Locataires de Kim Ki-duk en 2004 (Prix de la mise en scène) et Still Life de Jia Zhangke en 2006 (Lion d’or!).
Or, même si, par le passé, il a quasiment voire exclusivement été asiatique – Müller est notablement aussi grand sinophile que cinéphile –, le «film sorpresa» donne lieu à l’un des plus joyeux débats de l’année pour les cinéphiles présents. De quel film s’agira-t-il? Et ça fantasme dans tous les sens. Cette année, le nom de Clint Eastwood, dont Hereafter est à Toronto, est revenu souvent. Mais pas autant toutefois que Tree of Life, le film que Terrence Malick n’en finit pas de terminer: il a posé des lapins successifs à Berlin, Cannes et... Venise.
Les festivaliers découvrent le titre du film surprise au moment où le générique de début défile. Et, avec les années, c’est devenu un rituel hilarant: dès les premiers logos, la salle s’exclame «Ah!» si les premiers indices font deviner un film autre qu’asiatique, et «Oh!» si le pot aux roses est, comme cette année, un réalisateur chinois. Le rituel aura été particulièrement drôle puisque Wang Bing est produit par des sociétés françaises et belges (Ah!), dont les logos sont apparus avant son nom (Oh!).
Reconstitution horrifiante
Mais la plaisanterie n’a pas duré longtemps: Le Fossé est une reconstitution naturaliste et horrifiante des conditions de vie, ou plutôt de mort, dans un camp de «rééducation» chinois des années 50. Les opposants politiques, les libres penseurs, censés creuser une tranchée absurde au milieu du désert de Gobi, en sont réduits à manger leur vomi et celui des autres, quand ils ne se livrent pas au cannibalisme. Avec sa force et son authenticité, propres à rendre la quasi-totalité des autres prétendants au Lion d’or coupables de futilité, le film surprise sera sans doute une nouvelle fois au palmarès.
François Truffaut n'a pas dit un jour (mais il aurait pu): "Tout le monde a trois métiers: le sien, critique de cinéma et paparazzi." Mais bon, il n'avait peut-être pas d'appareil photo.
Parce que je suis toujours frappé, dans les festivals, par le nombre de badauds qui prennent des photos. A Cannes, c'est sur la Croisette et surtout devant le Palais des festivals où certains se pointent aux aurores, pendant dix jours, et attendent chaque journée que les montées des marches commencent (vers 15h). Ils ne décollent pas de leurs tabourets pliables, car qui va à la chasse...
L'avantage des paparazzis de Cannes sur ceux de Venise (et en attendant de voir s'ils existent à Toronto aussi, c'est que, grâce à la montée des marches, ils sont à peu près certains de faire clic-clac (encore que les appareils numériques ne fassent plus vraiment ce bruit) sur des gens vraiment connus. Le fait que la Croisette mélange si peu les invités et les badauds aide aussi: si un garde-du-corps vous court après, c'est que vous avez saisi son célèbre client.
A Venise, pas de vraie montée des marches et surtout un mélange des castes rafraîchissant, notamment sur la terrasse de l'Excelsior. Certains s'assoient tout l'après-midi pour regarder passer des belles dames et des gentils messieurs en se demandant qui c'est.
Là, j'ai l'air de dire que les paparazzis amateurs ne sont pas très cinéphiles. Or, je le dis un peu quand même puisque leur question récurrente, c'est: "C'est qui?" (question posée, cela va de soi, après avoir pris la photo).
Parfois, cela crée des attroupements injustifiés puisque, au bout du compte, des inconnus finissent par photographier des inconnus. Il y a quelque chose de très beau à imaginer ça. Alors je m'y suis mis aussi, avec des photos dont vous excusez la qualité depuis le début de cette aventure (je ne suis pas un professionnel). J'ai même photographié un inconnu qui prend en photo une inconnue et qui s'est retourné en me demandant: "Qui c'est?"
Et j'ai eu des vedettes. Là John Turturro au milieu de la foule (un attroupement peut vous signaler qu'il y a vraiment quelqu'un de connu. Et là, alors que j'étais perdu dans les couloirs de l'Exclesior à la recherche d'une interview, Karin Viard en ombre chinoise, assise en train de téléphoner.
François Truffaut disait: "Tout le monde a deux métiers: le sien et critique de cinéma." Et il faut croire que la Mostra de Venise a fait de cette formule un art de vivre.
Une collègue parisienne m'a par exemple expliqué qu'à l'embarcadaire du vieux Casino mussolinien qui est le centre névralgique du festival, les policiers de faction ont dans leurs poches des petites fiches avec des numéros de 1 à 10 (comme à L'Ecole des fans, oui): lorsqu'une actrice ou une femme qu'ils prennent pour une actrice débarque d'un bateau, ils lèvent la note qui lui correspond. Je n'ai jamais assisté à ce rituel mais je suppose qu'il faut être femme pour le remarquer.
La Mostra de Venise est le seul festival qui, sur le principe historique du forum romain, ouvre une fenêtre aux festivaliers. Il s'agit d'un grand et long panneau de bois où n'importe qui peut coller la feuille sur laquelle il aura souhaité s'exprimer. Et les contrastes sont aussi forts et directs que les messages, ainsi qu'en témoignent ces quelques exemples qui se passent de commentaires... Chaque année, les meilleurs sont primés en ceci qu'ils sont réaffichés les années suivantes. Et ce ne seront certainement pas ceux là.
Forcément, sur un île, le Lido, on ne prend pas sa voiture. Cette bande de terre de 12 km sur 1 est d'ailleurs suffisamment encombrée par les automobiles des habitants. Pour les festivaliers, il y a donc:
- la chaussure (on marche et on slalome beaucoup entre les travaux)
- le taxi (cher, le taxi)
- le bus (1,10 euros la course, 10 euros la carte de 10 trajets, alors qu'à Locarno, par exemple, le trajet est rigoureusement gratuit entre les différents lieux du festival)
- le vélo (partout le vélo, surtout sur les trottoirs qui en sont encombrés).
Depuis le début de cette aventure, j'ai également tweeté chacun des films que j'ai pu voir. Et je poursuivrai jusqu'à la fin de Toronto. Collés tels quels bout à bout, il en résulte une sorte de pronostic naturel (les films de la compétition sont en italique). Et aussi une masse assez inédite depuis que je pratique ce métier: des dizaines de microcritiques de 140 signes maximum (c'est la contrainte de Twitter.com où vous pouvez aussi suivre cette aventure Venise/Toronto, ainsi que sur Facebook). 140 signes, autant dire rien sinon l'essentiel de l'essentiel: le nom du festival (#venezia67, qui sera suivi par #toronto35 ou #toronto2010); le numéro d'ordre dans lequel j'ai vu les films entre parenthèse; le titre; le réalisateur; la note de 0/5 à 5/5; et à peine une phrase. Le tout reclassé ici selon mes préférences.Ceux qui m'ont convaincus sans réserve sont agrémentés de leur bande-annonce.
Note 5/5
#venezia67 (14): Potiche, F. Ozon (5/5): Ozon se concentre enfin pour livrer le film féministe le + drôle, libre et coloré qui soit. Bravo!
#venezia67 (27). Vénus noire, A. Kechiche (5/5). Il n'existe pas de biopic (de Saartjie Baartman) qui fasse moins de concessions. Explosif
Note 4/5
#venezia67 (2) Black Swan, D. Aronofsky (4/5). Carrie au ballet du diable: Natalie Portman danseuse frigide affronte sexe et Lac des cygnes
#venezia67 (6): Incendies, D. Villeneuve (4/5). Impressionnante plongée de jumeaux québécois dans leurs racines palestiniennes. Une réussite
#venezia 67 (10): Somewhere, Sofia Coppola (4/5). Lost in Translation 2: le nonsens de la célébrité où L.A. remplace Tokyo dans l'absurdité
#venezia67 (13): Letter to Elia, M. Scorsese (4/5): à partir de celui qui lui a donné la flamme (Kazan), Marty livre la clé du bon cinéma
#venezia67 (15): Post Mortem, P. Larrain (4/5): évocation drôlatique de la mort d'Allende en 1973 via le greffier de son médecin légiste
#venezia 67 (20): Le Fossé, Wang Bing (4/5): hallucinante plongée quasi documentaire dans un camp de travail chinois des 50's. Glaçant
#venezia67 (29): The Town, B. Affleck (4/5). Heat version âpre: Ben ne serait-il pas en train de faire un début de carrière à la Eastwood?
Note 3/5
#venezia67 (9): Jianyu, John Woo (3/5). Tigre et Dragons se marient, mais ni l'un ni l'autre ne savent que leur époux est un tueur. Joli.
#venezia67 (11): Silent Souls, A. Fedorchenko (3/5). Un employé aide son patron à faire le deuil de sa femme selon des rites... particuliers
#venezia67 (18): Detective Dee..., Tsui Hark (3/5). Mieux que John Woo, Tsui Hark a bien fait de rentrer à la maison après sa parenthèse US.
#venezia67 (19): Essential Killing, J. Skolimowski (3/5). Dans la peau d'un taliban en fuite, d'Afghanistan aux neiges du Grand Nord US.
Note 2/5
#venezia67 (1): Legend of the Fist, Andrew Lau. Le monde façon Tintin kung-fu vu de Chine. Les Blancs et les Japonais au tapis.
#venezia67 (3): Machete, R. Rodriguez (2/5). La revanche des Mexicains contre les Etats-Unis à coups de machette. 12 ans d'âge mental. Rigolo
#venezia67 (4): Showtime (S. Kwan) (2/5). Jeunes danseurs de la nouvelle Shanghaï ultramoderne cherchent inspiration dans leur passé glorieux
#venezia67 (5): Norwegian Wood, Tran A. Hung (2/5). Amour et dépression, où on se demande comment supporter une beauté formelle aussi lente
#venezia67 (8): Happy Few, A. Cordier (2/5). Deux couples se mélangent dans l'insousiance, mais pas pour longtemps. Trop de blablas bobos
#venezia67 (16): Meek's Cutoff, K. Reichardt (2/5). Le western remis à plat et vidé de ses artifices: intéressant, mais sérieux et ennuyeux.
#venezia67 (21): Vallanzasca, M. Placido (2/5). Entre Mesrine et Le Prophète, sans la finesse d'Audiard et plus répétitif que Richet. Mâle
#venezia 67 (22): Promises written in water, V. Gallo (2/5). Sous-Brown Bunny en N/B où Gallo devient croque-mort pour le corps de sa femme.
#venezia67 (23): Balada triste de trompeta, A. de la Iglesia (2/5). Histoire trop criarde et dispersée d'un clown-tueur triste sous Franco
#venezia67 (24): Surviving Life, J. Svankmajer (2/5). Drôles dix minutes, les collages animés et grisâtres du maître tchèque lassent vite
#venezia67 (25): Noi credevamo, M. Martone (2/5). Après 30 minutes intéressantes, c'est blablabla...Revoluzione!...blablabla...Democrazia!..
Note 1/5
#venezia67 (7): Miral, J. Schnabel (1/5). Prêchi-prêcha rongé par les effets de style et le non-jeu de Freida Pinto sur le Proche-Orient. Nul
#venezia67 (12): La belle endormie, C. Breillat (1/5). Transposition TV de La belle au bois dormant avec effets risibles et acteurs poussifs
#venezia67 (26): Homeland, S. Tzoumerkas (1/5). Mélo sur fond de manifs grecques, maxi ambitions, mini moyens vainement cachés au montage
#venezia67 (28): Attenberg, A. R. Tsangari (1/5): interminable et terne illustration du cinéma d'auteur dans ce qu'il peut avoir de barbant
Note 0/5
#venezia67 (17): The Child's Eye 3D, des frères Pang (0/5). Enièmes maison hantée et fantômes asiatiques, en relief rigolo mais sans script
Les films d’auteur n’ont pas toujours besoin d’être sérieux: «Somewhere» de Sofia Coppola et, surtout, «Potiche» de François Ozon, avec une épatante Catherine Deneuve, ont donné une respiration à la Mostra (article paru dans Le Temps du 6 septembre).
Photo: Sofia Coppola fait-elle coucou au président du Jury, son ex, Quentin Tarantino?
La 67e Mostra avait commencé avec le très sombre et stylisé Black Swan de Darren Aronofsky. Or, à mi-parcours et alors queBlack Swan reste l’un des grands favoris dans la course au Lion d’or, le festival se présentait effectivement tenaillé comme jamais par des films plutôt sombres et des films plutôt stylisés. Le week-end a heureusement ouvert d’autres fenêtres, mais il faut lire trois paragraphes avant d’y arriver.
Côté sombre, jusqu’à plonger le jury dans la dépression. Essential Killing surtout, du revenant polonais Jerzy Skolimowski qui ose se placer du côté d’un taliban (Vincent Gallo), arrêté en Afghanistan, torturé, et qui prend la fuite dans les neiges du Grand Nord américain lorsque le camion qui l’emmène dans une prison militaire sort de la route. Skolimowski a le génie d’apporter une dimension politique et philosophique au survival, ce sous-genre du cinéma d’horreur qui se limite habituellement à voir courir dans la forêt, la nuit, des jeunes filles aussi affolées que court vêtues.
De l’autre côté, outre les partis pris excessifs – et excessivement ratés de Julian Schnabel avec Miral (LT du 04.09.2010) – et ceux inexistants du Français Antony Cordier avecHappy Few – chassé-croisé sexuel entre deux couples bobos dont la majorité des critiques présents sur le Lido parlent, à raison, comme d’un sommet de parisianisme bavard –, cette Mostra propose beaucoup d’auteurs confidentiels qui font du style. Autrement dit des choix visuels qui se voient un peu trop pour emporter la plus totale adhésion. Ainsi, par exemple, du Chilien Pablo Larrain, qui, dans Post Mortem, se sert de plans fixes ultralarges et d’un personnage totalement passif pour raconter la mort de Salvador Allende en 1973 et le début de la dictature militaire. Mort et rigueur esthétique: on nage a priori en pleine caricature de cinéma d’auteur. Sauf que Larrain distille un humour noir bienvenu: son héros est en fait le secrétaire du légiste d’Allende.
Mais les deux vraies belles nouvelles sont venues dans les éclats de rire, francs ceux-là, que suscitent (volontairement, faut-il le préciser?) les nouveaux films très attendus de Sofia Coppola et François Ozon. Forcément attendue, Sofia Coppola, en particulier depuis que son Marie-Antoinette avait semé le doute parmi les admirateurs de ses précédents Virgin Suicideset Lost in Translation. Toujours attendu, François Ozon, même si son indéniable potentiel n’a cessé d’être mis à mal par une prolixité qui semble l’empêcher de se concentrer pleinement.
Avec la réception critique souvent glaciale de Marie-Antoinette, Sofia Coppola a pris une leçon de modestie. Elle se recentre et parle de ce qu’elle connaît personnellement dansSomewhere: la solitude et la vacuité intellectuelle dans laquelle est plongée une star hollywoodienne (Stephen Dorff) entre deux films. Ce personnage qui s’ennuie à en mourir, jusqu’à l’arrivée d’une jeune fille dans sa vie (sa propre fille, incarnée par la petite Elle Fanning), rappelle inévitablement Bill Murray dansLost in Translation, y compris l’arrivée de Scarlett Johansson dans sa vie. Les échos entre les deux films sont nombreux – jusqu’au chanteur Bryan Ferry, la chanson «More than this» karaokée par Murray dans le premier et son interprétation de «Smoke gets in your eyes» dans le second.
Mais Somewhere n’est pas exactementLost in Translation 2dans la mesure où l’émotion y est cette fois absente. La fille prodige de Francis Ford règle surtout ses comptes avec le star-system et elle s’y prend en douceur, sans forcer le trait: ses caricatures – d’attachées de presse américaines, de présentatrices TV italiennes hystériques et décolletées, ou de journalistes qui rivalisent de questions idiotes – sont plus vraies que nature. Et surtout, il y a, dans Somewhere, une sincérité de l’ordre de la confidence qui est très attachante. Comme un échauffement avant un nouveau grand film.
François Ozon lui aussi s’est recentré. Devant Potiche, sa libre adaptation d’une pièce de Barillet et Grédy, il y aurait même matière à penser qu’il s’est vraiment concentré pour la première fois, sans penser en même temps au film qu’il tournerait après. En interview, il nous l’a confirmé: pour la première fois de sa carrière, il n’a pour l’instant pas de projet suivant. Et, donc, ça se sent: Potiche réunit le meilleur de son cinéma, sans flottement.
La distribution qu’il a réussi à réunir y est sans doute pour quelque chose. La potiche, c’est Catherine Deneuve, alias Suzanne Pujol, épouse au foyer de Robert Pujol (Fabrice Luchini), lui-même patron de l’usine de parapluies Pujol-Michonneau, qui trompe cette femme dévouée avec sa secrétaire (Karin Viard). Nous sommes en 1977, dans la petite ville de Sainte-Gudule, les hommes travaillent, les femmes sont des reines de l’électroménager qui regardent Aujourd’hui Madame à la télévision chaque après-midi, et les enfants (Judith Godrèche et Jérémie Rénier) sont en pleine crise d’identité. Le jour où, pour avoir trop tiré sur le fil social avec ses ouvriers, le paternaliste Robert est envoyé à l’hôpital durant une grève, Suzanne reprend les commandes de l’entreprise et renoue avec le député communiste Babin (Gérard Depardieu), l’un de ses (nombreux) amants d’autrefois. Car, morale de l’histoire, la potiche n’est pas une cruche.
La salle la plus grande de la Mostra a explosé, de rire d’abord puis d’applaudissements, devant cette chronique colorée, théâtrale, musicale et dansée de l’émancipation féminine des années 70. Si le président du jury, Quentin Tarantino, ancien petit ami de Sofia Coppola (soit dit en passant), est sensible à Potiche, le Lion pourrait devenir Lionne.
Martin Scorsese a présenté à Venise Letter to Elia, un documentaire d'une heure, coréalisé avec Kent Jones, où il rend hommage à l'homme qui lui a donné envie de faire du cinéma: Elia Kazan. Extraits, outre les images et dans l'ordre où ils apparaissent, des propos édifiants que les deux cinéastes ont tenu et tiennent sur leur métier (à l'usage, en particulier, de tant de réalisateurs qui devraient en prendre de la graine).
Photo: Elia Kazan, Martin Scorsese, c'est vrai qu'il y a comme un air de famille.
Kazan: C'est quoi, un réalisateur? Un chasseur. Un psychothérapeute. Une mère qui pense à tout. Un mari sévère.
Scorsese: C'est quoi, un réalisateur? Voilà la question qu'Elia Kazan ma amené à me poser... A l'Est d'Eden, par exemple, m'a révélé des émotions que je ne savais pas avoir. Ce n'était pas une question d'histoire du cinéma, mais de donner et de recevoir. Il y a avait là une honnêteté dans laquelle j'ai compris que, pour être réalisateur, il faut avoir vécu.
Scorsese: Elia Kazan avait un sourire très particulier. Comme défense? Comme arme? Et contre quoi? La Honte? Le rejet? Le small talk quil détestait? Certainement contre toute forme d'adversité en général. Lui-même appelait ça son sourire d'Anatolien. Or les Anatoliens vivaient dans la peur.
Kazan: J'ai l'âme d'un immigré ce qui signifie être en dehors de son identité, s'adapter à l'extérieur et se tenir sur ses gardes. Comme un oiseau qui a quitté le nid. J'avais l'intensité de mes névroses. J'étais le porte-parole de mon temps. Quand je me suis mis dans les chaussures de l'artiste, comme acteur et metteur en scène de théâtre, j'étais soudain plein d'hommes, mais j'ai bientôt compris qu'aucun n'était moi. Le cinéma m'a aidé à me trouver car on ne peut pas mettre quelque chose de faux devant la caméra: elle révèle toujours ce qui est vraiment.
Scorsese: Les films de Kazan m'ont appris que la vulnérabilité, par exemple, ne peut pas être feinte au cinéma... Il faut se laisser porter par le lieu de tournage, parce que, très souvent, les cinéastes sont galvanisés par l'environnement dans lequel ils tournent.
Kazan (à propos du 1e avril 1952, lorsque le cinéaste a dénoncé huit collègues devant la commission du sénateur McCarthy contre les activités communistes): J'ai fait ce que j'ai fait parce que ça me semblait la moins pire de deux possibilités. Et ce qui arriva a creusé le visage que j'ai. Quant à mes films, à partir de ce moment-là, ils sont devenus personnels. Tous les suivants sont de moi.
Scorsese: C'est avec ce type de tragédie que le director devient filmmaker. A partir de là, les films de Kazan me montraient le monde d'où je venais. Les visages, les objets, la manière d'être ensemble. Toutes ces choses qu'on ne voyait habituellement pas au cinéma. Ce que Brando faisait dans Sur les Quais en 1954! Ce sens de n'être rien, ce personnage qui se sent quantité négligeable, tous ces gens qu'on pouvait, enfin au cinéma, aimer autant qu'on pouvait les détester.C'est vraiment avec Kazan que j'ai compris que le monde autour de moi pouvait être transformé en art. Il y avait là des choses que je n'osait pas exprimer à la maison, l'amour et la haine pour le père par exemple. Des sentiments complexes comme, pour un enfant, croire qu'on a fait quelque chose de bien et s'entendre dire que c'est mal. J'ai cherché plus tard à comprendre comme ces films étaient faits, mais Kazan, qui qu'il soit, avait pris pour moi le rôle d'un père. D'un autre père. En 1964, quand j'étais à La New York University, Kazan était le seul cinéaste de renom qui soit venu nous parler. A un élève qui lui avait demandé par quoi il commencerait s'il pouvait redémarrer sa carrière, il avait répondu: "Par la table de montage."
Scorsese: John Cassavetes, un autre Grec dur à cuir, a dit qu'un réalisateur ne doit avoir peur de rien. Ni de la technique, ni de l'argent. Seul compte le film.
Scorsese: On ne peut jamais faire comprendre à un cinéaste combien son oeuvre a compté pour nous. Il ne peut pas comprendre. Ce rapport doit rester entre le film et soi.
Kazan: Quelle est la seule matière que le réalisateur soit connaître dans ses moindres détails? Lui-même.
Les problèmes techniques épargnent mon blog ce matin (ils se sont corrigés seuls, sans intervention humaine, ce qui me plonge dans des affres d'interrogation). Mais bon.
Regardez bien cette image...
Derrière le costard noir à droite, qui passe en jeans et chemise blanche, vous le reconnaissez avec ses jolis cheveux gris légèrement bouclés? (un indice est dans le titre de ce billet...)
Bon sang, mais c'est bien sûr: c'est Fabrice Luchini. Il passait par là dans un couloir de l'Excelsior, venu défendre le formidable Potiche de François Ozon. Comme un furet, il est passé par là.
Sauf que lui, il n'est pas repassé par là: après la conférence de presse, où il était visiblement agacé que les journalistes n'interrogent que Catherine Deneuve, il a honoré une ou deux interviews, puis il a purement et simplement annulé toutes les autres. La mienne comprise.
Aucun esprit de vengeance ici. Juste un sentiment un peu désolé pour lui. Fabrice Luchini s'imagine-t-il si grande vedette internationale? Une chose est sûre: s'il en devenait le début du commencement grâce à l'ovation extraordinaire que que le film a obtenu samedi soir (ce qui a amené l'équipe a faire une telle fête que François Ozon, qui s'est couché à 6 heures du matin, a failli vomir pendant les entretiens de dimanche et a dû se porter très pâle en fin de journée!), Fabrice Luchini n'est à présent, aux yeux de la presse internationale qui le connaissait à peine, qu'une petite diva parisienne de plus.
Ce qui forcément dommage: pour une fois qu'un film échappait à l'étiquette "parisien" (très péjorative aux yeux des cinéphiles étrangers, car synonyme de cinéma bobo bavard), Fabrice Luchini s'est senti le besoin de jouer les Robert DeNiro. Potiche ne méritait pas ça, pas plus que l'affection que les francophones ont pour cet acteur. Dommage, vraiment, pour un film dont, pour une fois, même la campagne publicitaire du film était si belle.
J'étais en train de vous mitonner une chronique croquignolette avec plein de jolies photos, je me croyais à l'abri des problèmes techniques depuis le premier jour de cette aventure et voilà que, crac, au moment où je cherche à charger la première image, un message d'erreur incompréhensible me saute au visage: "no_devices No devices found to store file". Comprenne qui pourra en espérant rétablir la situation très vite.
La Mostra de Venise connaît depuis quelques années une importante désertion des distributeurs en faveur du Festival de Toronto. Quelques résistants continuent toutefois à chercher sur le Lido des films susceptibles de plaire au public de leur pays et à y acheter les droits d'exploitation. Parmi les derniers Suisses présents: Walter Ruggle, fondateur et patron de la société Trigon, à qui nous devons la plus grande partie des films asiatique, africains et latino-américains qui sortent sur nos écrans.
Photo: Walter Ruggle au travail entre deux projections, juste après la pluie.
J'ai d'abord envie de vous posez une question qui peut paraître simpliste: pourquoi les distributeurs ont-ils encore besoin des festivals? Ne serait-ce pas plus simple de voir les films en DVD ou sur internet? Ce n'est pas une question idiote. Je me le demande parfois: pourquoi continuer à déplacer tous ces gens à travers le monde plusieurs fois par année. Ce n'est pas très écologique. Sauf que, selon moi, le contact entre les êtres humains est une chose importante. Et c'est là la principale réponse que je peux vous donner. Et puis, il y a aussi le besoin de découvrir les films sur grand écran. En DVD, même avec un projecteur, ce n'est pas la même qualité.
Le fait que les milliers de films réalisés chaque année soient triés et présélectionnés par les directeurs de festivals vous aide sans doute aussi à faire votre choix. Oui, si c'est un bon festival. Si les responsables de la programmation des festivals font un bon travail, ça vaut vraiment la peine de se déplacer.
Vous êtes parmi les derniers en Suisse à choisir la Mostra de Venise plutôt que le Festival de Toronto. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. La première, c'est que je viens à Venise depuis 1980. C'est-à-dire depuis la renaissance de la Mostra. J'ai vraiment suivi ce festival pendant trente ans. Je dois d'ailleurs avouer que les années 80 me parraissaient meilleures. Pas seulement par nostalgie: il y avait alors un cinéma extrêmement fort et toute l'ambiance du festival était différente. De la nostalgie, j'en parle plutôt pour ce que ce lieu suscite encore et toujours chez moi. L'autre raison pour laquelle je persiste à choisir Venise, c'est que les films les plus importants sont montrés ici et à Toronto. Pourquoi me déplacer à Toronto si je peux les voir ici?
D'autant que ça engendre à peu près le même coût: le déplacement à Toronto vaut le prix des hôtels et des repas à Venise. Absolument. C'est le même coût. Et j'aime beaucoup Venise comme endroit. J'aime l'Italie même j'abhorre la politique italienne actuelle. Mais c'est une ambiance qui me plaît. Avec l'expérience, je connais très bien tous les défauts de la Mostra. Je suis habitué à voir le festival s'ouvrir, systématiquement, sans que rien ne soit prêt. Depuis trente ans, c'est toujours la même chose! A la longue, ça fait aussi de son charme.
Ce charme va-t-il suvivre à la réfection totale du Lido en lieu de conférences de luxe? J'attends de voir. Pour l'instant, entre les anciennes infrastructures et les travaux qui n'ont pas l'air d'avancer, on est vraiment, cette année, dans un mélange de n'importe quoi.
Habituellement, quand vous venez à la Mostra, vous repartez avec les droits d'exploitation en Suisse de combien de films en moyenne? Je dirais deux ou trois films.
Est-ce le festival le plus productif pour vous? Non, le plus fort, c'est Cannes. J'ai aussi la perspective des réalisateurs et des producteurs, parce que je suis en contact direct avec beaucoup de gens, et il est évident pour eux que, s'il ont le choix d'aller à Cannes, c'est Cannes qui l'emporte toujours. Sur la Croisette, il y a un vrai Marché du film, qui n'existe pas ici, et même si vous êtes sélectionné dans une section parallèle comme la Quinzaine des réalisateurs, les gens sont là. Venise souffre de ne pas avoir de marché proprement dit. Même Marco Müller, l'actuel directeur artistique qui est bien conscient de ce problème, n'a pas réussi à établir un Marché du film sur le Lido. C'est très dommage.
Est-ce trop tard? Peut-être bien: Toronto a clairement pris cette place.
Avec la rentrée, deux des plus importants festivals de cinéma au monde se chevauchent: la 67e Mostra de Venise, du 1e au 11 septembre, et le 35e Festival de Toronto, du 9 au 19 septembre. Invité par l'un et l'autre pour quelques jours, notre critique Thierry Jobin se lance dans un périple de trois semaines. Afin d'y décrire, en les comparant, ce qui caractérise la création et le marché du 7e art en 2010.