«Mais mon bon Monsieur, ici on est en France, et en France rien ne marche!» Tout étranger ayant le privilège de vivre dans l'Hexagone aura entendu, un jour ou l'autre, ce genre de remarque. En partie justifiée, il faut bien l'avouer.
Dans le cadre de la «politique de civilisation» proclamée par le président Sarkozy, j'ai pensé à un dictionnaire qui recenserait tout ce qui, effectivement, ne marche pas en France. La tâche est immense, mais il faut bien commencer quelque part. Voici quatre entrées possibles et, je l'espère, consensuelles:
Le bloc-notes orange (marque Rhodia ou NF). Il est impossible de détacher proprement les feuilles: elles se déchirent, ce qui rend le bloc peu à peu inutilisable. Rien à voir avec un bloc suisse, par exemple, dont les feuilles se détachent sans effort. Etrangement, il semble que les fabriquants de blocs oranges défectueux disposent d'un monopole en France, car on n'en trouve pas d'autres.
Les démarches administratives. Il faut s'y reprendre à deux ou trois fois pour obtenir n'importe quel papier. Une attestation des allocations familiales? Plusieurs appels sont nécessaire pour recevoir le document certifiant que vous ne les recevez pas. Le fisc vous impose un prélèvement direct dont vous ne voulez pas? Un harcèlement téléphonique est indispensable pour le faire revenir sur sa décision. Cela dit, les impôts sont sans doute l'administration qui marche le mieux. Maigre consolation...
Les écrans d'information SNCF et RATP: «Ce dispositif est provisoirement hors service. Nous vous prions de nous en excuser.» Des variantes de ce message s'affichent dans toutes les gares de France, sur de gros téléviseurs dont le taux de panne est astronomique. Et lorsqu'ils marchent, les écrans annoncent de mauvaises nouvelles: grèves, incidents techniques, voyageurs écrasés. Sordide.
Le Parti socialiste. Même ses dirigeants admettent que la situation y est épouvantable. La ligne politique fait cohabiter marxisme et social-libéralisme, la position sur le traité simplifié européen est incompréhensible (on s'abstient pour ne pas voter oui, tout en étant pour, sauf ceux qui sont contre), la candidate laminée à la dernière présidentielle est la seule personnalité populaire du parti. Et ça devrait durer, peut-être jusqu'en 2012.