A force, cela devient ridicule. Chaque fois qu'une usine ferme ou vacille (Total, Heulliez, Philips...), le ministre de l'Industrie Christian Estrosi (à droite sur la photo!) fait les gros yeux, dégaine des communiqués lyriques et assure qu'il se battra comme un beau diable pour préserver l'industrie française. Et à la fin, les usines ferment quand même.
Il y a cependant du progrès. Avant, c'est-à-dire début 2008, c'était le président en personne qui se déplaçait, à Gandrange, pour dire que l'Etat investirait, que l'Etat sauverait, que Mittal plierait... la fonderie a fermé quand même, et le groupe a laissé derrière lui quelques infrastructures de formation et de recherche - une astuce que Total veut aussi utiliser pour se débarrasser de son site de Dunkerque, devenu inutile en raison de la chute de la consommation d'essence.
L'histoire ne manque d'ailleurs pas d'ironie. Dans les années 1970, la France a opté pour le nucléaire qui a remplacé le fioul lourd que produisaient sa bonne douzaine de raffineries, alors flambant neuves. Les pétroliers ont reconverti leurs sites dans la production d'essence... pendant que l'Etat, lui, optait pour le diesel (je vous passe les détails, mais les procédés de fabrication sont très différents). La raffinerie de Dunkerque est donc une victime collatérale de la politique industrielle française (La France importe actuellement un tiers de son diesel de Russie - merci pour eux.).
Mais depuis que Lionel Jospin a perdu la présidentielle de 2002 à cause d'une phrase ("l'Etat ne peut pas tout"), un ministre ne peut plus dire: "Cette usine est devenue inutile, il n'y a plus de demande pour ses produits, il est normal qu'elle ferme, l'Etat n'a pas à s'immiscer dans une décision d'entreprise". Résultat: on tempête, on fait les gros yeux, on promet de renationaliser... et il ne se passe rien, ou si peu. Il s'agit seulement de "sauver le 20 heures", comme le disait ironiquement, hier, Jean-François Copé devant quelques journalistes de la presse étrangère.
La pensée politico-économique française ne supporte pas l'idée que le tissu industriel soit le produit d'une "génération spontanée" issue d'un environnement légal, culturel, éducatif... Exemple, ce dernier rapport du parti socialiste: "La désindustrialisation à l’oeuvre révèle la faillite d’une politique centrée sur la seule création d’un « environnement » favorable pour les entreprises et l’innovation, au détriment d’une vraie politique industrielle." Vraie politique qui ne peut bien sûr venir que de l'Etat! On est là aux antipodes de la Suisse, où la seule tâche de la politique est de créer les "conditions-cadres" favorable à l'éclosion des entreprises.
Qui a raison? Observons déjà que l'industrie suisse (ou l'allemande, fondée à peu près sur les mêmes présupposés) se porte nettement mieux que la française. Non que la politique industrielle de l'Hexagone soit un échec complet: il y a de beaux secteurs, espace, aéronautique, nucléaire, mais les développer a demandé des capitaux, des ressources humaines et de l'énergie qui ne sont pas allés ailleurs. C'est ce que m'a dit le patron d'une PME des Vosges lors d'un reportage édifiant sur le déclin de la région: A force de développer les filières jugées stratégiques, "on a oublié la piétaille."
Après avoir réalisé cet article, je suis d'ailleurs devenu plus indulgent sur les travers du droit du travail français. Bien que peu attractif pour les investisseurs, il est moins responsable du problème que la politique à courte vue des banques et à la rapacité d'héritiers soucieux de tirer le maximum de la boîte familiale (la fiscalité française, plutôt hostile à l'héritage, ayant peut-être favorisé ce type de comportement).
Où est la solution? Plutôt fine mouche, Jean-François Copé suggère d'investir beaucoup dans quelques secteurs clé - dépollution, alimentation, énergie. Ce qui implique de faire des choix (qui peuvent s'avérer faux) et de savoir dire aux autres secteurs: débrouillez-vous, l'Etat ne vous sauvera pas. Ce serait ça, une vraie politique industrielle. Et on ne verrait plus les ministres s'agiter, tempêter en vain à la télévision. (Photo DR)





A l'inverse de tous les thuriféraires, encenseurs et autres masochistes, je dois reconnaître que la fin de ce blog mérite d'être gravement saluée. Toute démocratie porte à la critique, et notre petit Sylvain a usé et abusé de cette possibilité, qui ne lui coûtait rien, sinon se moquer ouvertement et sans retenue des défauts du "voisin français" alors que dans son propre pays il existe bien d'autres questions à poser.
J'ai toujours suggéré que la direction du journal "Le Temps" envoie ce journaliste en poste en Chine ou en Corée du Nord, où il apprendrait le respect de sociétés inquiétantes et différentes. Ce serait justice rendue et l'apprentissage du respect des autres sociétés et civilisations qui font le monde parfois à son encontre. Ce serait justice.
Rédigé par : nomade | 09 mars 2010 à 22:48
Allons allons Kirikou, vous mélangez un peu tout. La France d'en haut est bien celle qui a fait venir la France d'en bas, la xénophobie n'est pas plus grande qu'ailleurs et "communautarisme" est un mot dont vous ne savez pas très bien ce qu'il veut dire.
Rédigé par : ShereKhan | 08 mars 2010 à 08:16
Et maintenant notre Immense Président reprend le flambeau, curieusement à quelques jours des élections, l'industrie du brassage d'air tourne à plein régime.
Rédigé par : GED | 04 mars 2010 à 18:44
A vrai dire, j'adore votre Blog Sylvain. Humour, lucidité, distance, intelligence, vous appuyez là ou ça fait mal. C'est pourquoi, vous le savez si bien, veau mieux pas être "français" ;-)
Communautarisme, Cocardisme, fainéantise, corporatisme, haine de la globalisation, haine de la réussite, nivellement par le bas, désindustrialisation massive, bureaucratisme, empilement de lois, lenteurs, bougisme, clientélisme, hypocrisie, inégalitarisme forcené dans les faits (éducation, grandes ecoles, médias), xénophobie patente (depuis 2002, c'est 25 % au moins de français qui ne s'en cachent pas.)
Il suffit juste de regarder les pubs, ou les grands conseils d'administration : la France d'en bas est multicolore. Celle d'en-haut, vieille, pas à la retraite, consanguine, omnipotente, et monocolore. Elle fait rire quand elle parle d'Obama ;-)
Vous allez me manquer Sylvain.
Votre lucidité et vos qualités s'exporteront très bien.
Ici, c'est le grand sommeil, manque plus que le Maréchal et ses rengaines ; On se fait tellement chier qu' il parait même qu'ils veulent le retour de Chirac (le roi du brassage de vent) après l'avoir conspué. Toujours ce goût pour la médiocrité. On va pas en faire un fromage comme dirait notre journaliste 'maison, notre jeannot national, notre J.P. Pernault, cocorico.
La méthode coué, une dose de baratin, quelques pognes serrées, des tonnes de promesses et le tour est joué. Je sais, ça fait con vu d'ailleurs, cette propension à la la bêtise, mais faut être indulgent. Les vieux votent et la plupart d'entre-eux aiment Mireille Mathieu ou Bigard avec ces blagues de culs à foison. Le gars bourré a vu les extra-terrestres comploter contre le World Trade Center. Il va nous décrocher un nobel mais lui et Patrick Sébastien, c'est un peu la France qui gagne ;-)
On a les politiques qu'on mérite. Je vous parle pas de nos prisons ou on y entasse, tout ce qui est jeune, basané, pauvre, bruyant, et Jean passe. On est médaille d'Or, toutes catégories du taux de suicide et d'atteintes aux fondements mêmes de la dignité humaine. Si on mesurait nos politiques au nombre de promesses lacrimales et télévisuelles faites en 1 minute, il y aurait de quoi reconstruire 100 fois Haiti !
Vous voyez rien ne change. On prend les mêmes et on recommence.
Rédigé par : kirikou | 04 mars 2010 à 17:14
Excellent article Sylvain. Comment tout dire en quelques phrases. Cependant, vous ne pourrez jamais faire carrière politique en France avec une lucidité pareille. Enfin, qu'importe ce n'est certainement pas votre intention.
Travaillant dans une PME en France, on apprends très vite le "pecking order" (aux grandes industries les subventions et aides et aux autres .... pas grand chose) et .... à se débrouiller tant bien que mal. De toute évidence notre tissu de PME hexagonale est bien plus fragile que le tissu équivalent Suisse ou Germano-nordique, les raisons de cette fragilité sont multiples mais je pense que c'est l'Europe industrielle (ou de la fabrication) qui est en danger de disparition à terme. Les cycles de vie des produits deviennent très très courts et la Chine, l'Inde et les pays émergents montent rapidement en gamme dans les machine-outils par exemple. Tout cela à des coûts du travail mortels. Les révisions seront aussi déchirantes en Suisse et en Allemagne dans 10 ans malgré la modération légendaire de ces deux pays et le pilotage subtil des secteurs porteurs... toutefois c'est déjà 10 ans de gagné.
Rédigé par : nounours | 26 février 2010 à 15:28
e connais bien la France, l'Allemagne et la Suisse allémanique. Je travaille dans l'industrie, dans le secteur des instruments automatiques. Je parlerai de mon expérience. Les industrie allemande et suisse dans ce domaine ont souffert également. Dans l'entreprise où je travaille comme dans beaucoup d'autres du même secteur et du secteur chimique que je connais par le biais de mes contacs professionnels, les budgets étaient dans le rouge et sans le "kursarbeit" pendant presque un an, la situation aurait été sans doute beaucoup plus difficile et aurait conduit inévitablement à des suppressions d'emplois importantes. La situation aurait été d'autant plus difficile que les effectifs ont été compressés au maximum ces dernières années, ce que les statistiques apellent productivité et que les journalistes à travers leur prisme patriotique sont fiers d'afficher comme un indice incontestable de compétivité. Dans la réalité cela signifie, abandon de projets, reclassement, plus de travail individuel et plus d'erreurs constatées et perte de qualité.
Ce que je constate c'est le manque d'innovation dans le secteur. Le développement est poussé au maximum, ce qui donne une apparance d'innovation. Les vraies innovations viennent en fait de l'autre côté de l'atlantique. Dans le secteur précis de l'environnement par exemple les innovations US s'accompagnent souvent de la publication d'un nouvelle norme où le produit est cité comme produit de référence. Les normes américaines sont la référence mondiale, les sociétés américaines ont alors le temps d'écouler leur marchandises jusqu'à ce que l'Europe et le reste du monde réagissent.
Deuxième point inquiétant, les prix des instruments trop élévés pour les marchés asiatiques et indiens où se développe une concurrence de plus en plus importante avec des produits de bonne qualité et beaucoup moins chères. Pour écouler les produits européens en Asie et en particulier les produits suisses très chers à la vente, il faudrait baisser les coups de production. Solutions: diminuer la qualité? (ce qui fait la réputation des produits allemands et suisses), les salaires, les effectifs? Etant donné que la compression des effectifs est déjà maximum, il est vraiment difficile de le faire sans léser une section vitale de l'entreprise.
Certes les entreprises suisses et allemandes dans ce secteur ont profité de l'ouverture des marchés asiatiques et indiens mais la concurrence est de plus importante et de meilleure qualité. La source principale des revenus est l'Europe, les principaux clients pour la Suisse restent l'Italie, la France, l'Allemagne et la Grande Bretagne. La Suisse n'est pas un pays isolé qui pourrait poursuivre son destin en dehors de l'Europe. Son Histoire est profondément européenne et son avenir est dans une coopération de plus en plus étroite avec l'Europe notamment en matière industrielle.
Il est encore bien d'autres points que j'aimerais aborder mais ce serait trop long. Je voulais signaler que l'industrie ce n'est pas seulement des chiffres et des qualificatifs, il y a de vrais problèmes et des challenges concrets à surmonter. C'est un secteur fragile. Et les Suisses ont un peu tendance en ce moment à vivre un peu sur leurs lauriers et se sentir invulnérables. Vos voisins français en subissent aujourd'hui les conséquences, j'espère que vos compatriotes en prendront conscience. Cordialement
Rédigé par : bonbenoui | 26 février 2010 à 01:04
Ce n'est pas tout à fait vrai, car le fanfaronnade au gouvernement est passée du stade artisanale au stade industriel.
Rédigé par : GED | 25 février 2010 à 15:43