"On n'a pas de culture politique en Suisse, on n'a pas de culture de résistance." Cette remarque proférée l'autre jour par Dominique Ziegler, fils de Jean, le sociologue tiers-mondiste le plus connu de Suisse, m'a frappée. Elle éclaire une différence fondamentale entre nos deux pays: si la Suisse n'a pas de "culture de résistance", la France l'a développée d'une façon outrancière qui est aujourd'hui au coeur du, ou des malaises français.
Car la culture de résistance, c'est quoi? D'abord, s'opposer instinctivement à toute réforme, à tout changement, assimilé à une agression contre le "modèle social". La Constitution européenne? C'est non, parce qu'elle menace les services publics (vous pouvez trouvez n'importe quel autre argument - elle met en péril le droit à l'avortement, etc.). La réforme de l'hôpital? C'est non, parce que le dispensaire de mon coin risque de fermer. La réforme du lycée? Non, parce que l'enseignement de l'histoire, ou les valeurs républicaines sont en jeu. Réforme des taxis, des retraites? Non, non et non. A force de résister, la France est devenue un pays de Neinsager (ceux qui disent non, expression suisse).
Face à ces oppositions, le gouvernement est très souvent mal à l'aise, à cause de la charge sacrée du mot résistance. La France moderne est fondée sur lui - sur le mythe d'un pays refusant opiniâtrement l'occupation nazie. (La Suisse possède un mythe équivalent - et c'est là que Dominique Ziegler se trompe - celui du libre montagnard combattant les féodaux étrangers). Résister est un acte positif en soi - pas besoin de savoir pourquoi on le fait, ou contre quoi on se bat.
On a constaté la force symbolique du mot lors de la polémique sur le Conseil national de la résistance. En 1944, ce gouvernement provisoire rédigea en 1944 un programme qui sert de fondement intellectuel à l'Etat-providence français. Certains ont prêté à Nicolas Sarkozy et au patronat l'intention de le défaire méthodiquement (une volonté revendiquée en 2007 par Denis Kessler, vice-président du MEDEF entre 1998 et 2002). De façon révélatrice, depuis le début de la crise, le président ne manque pas une occasion de rendre hommage au CNR et à son programme...
En tant que petit pays, la Suisse a choisi une autre option (et c'est là que mon ami Ziegler junior a raison): on s'adapte à la globalisation, on profite dans son coin, on ne conteste pas l'ordre établi mais on s'y love confortablement. C'est moins exaltant, mais plus efficace.
NOTICE IMPORTANTE: Le blog L'air de Paris fermera fin mars avec le retour de votre correspondant en Suisse. Vous n'avez plus que cinq semaines pour déverser votre fiel. Profitez!





ILS SONT DE RETOUR !! ILS SONT DE RETOUR !!! hurla frénétiquement la dame âgée aux yeux hagards tout en levant un bras raide et vindicatif en lisant le résultat des dernières élections sur le téléscripteur installé au devant de la mairie. Son mari, un petit homme sec et distingué, lui asséna un grand coup de cane sur le bras obscène en s’exclamant : TA GUEULE, TU VAS NOUS FAIRE REPERER....devant un parterre de badauds réprobateurs rassemblé devant la mairie.
Je relatais cet incident lors du dîner mensuel qui se tenait hier soir et qui réunissait les membres de l’Association Culturelle des Hellénistes de Sixt-Fer-à-Cheval dont votre bon serviteur en est le doyen éclairé par ailleurs, et les réactions de réprobations ne se firent par attendre.
AH, LA SALOPE !... s’exclama mon voisin, boucher de son état, pratiquant dans le même chef-lieu et qui a la particularité étrange pour cette profession d’être végétarien. Cela lui était venu au retour d’un voyage aux Indes qu’il avait gagné lors d’une loterie au dernier comice agricole de la région. Cette déclaration péremptoire fut repris par un tonitruant : FAUT LA TONDRE !...lancé par son vis-à-vis. Un facteur à la retraite dénommé Pli-rouge dont on ne sait si ce sobriquet lui provenait des trois litres de Kiravi qu’il ingurgitait quotidiennement lors de ses tournées pédestres dans les monts du canton ou en raison de la carte de la CGT qu’il avait collé sur l’arrière de son képi.
Quoiqu' il en soit, l’assemblée fut unanime pour dénoncer la manifestation honteuse de cette vieille dame indigne qui semblait retrouver une nouvelle jeunesse de souris grise à l’énoncé des scores que Le Penix renaissant de ses cendres avait atteint lors des ces dernières élections, et qui risquait ainsi de porter le discrédit sur la commune si quelques journaleux étrangers mal intentionnés s’emparaient de l’affaire. Il faut quand même savoir que la région où se situe la commune a été un haut lieu de la Résistance et qu' à ce titre, tout individu de la commune se sent hautement concerné lorsque qu' un quidam tente de porter atteinte à l' honneur des habitants de Sixt-Fer-à-Cheval dénommés les Sizerets et les Sizerettes dont la belle devise ' Le Sizeret meurt mais ne se rend pas' est gravée sur le mur d' enceinte du village sur lequel étaient venu se rompre les vagues de calvinistes hérétiques en provenance de Genève ainsi que celles des soudards des rois de France..
La conversation s’envenima lorsqu' après le Reblochon et en raison d’un Chignon-Bergeron de derrière les fagots, siroté pourtant avec modération pendant ce temps de Carême, commença à faire son effet. Les vieux réflexes irrédentistes de tout bon Savoyard commencèrent à se réveiller.
C'est surement une étrangère, cette dame, déclara méchamment la femme du clerc de notaire avec une moue de dégout qui en disait long sur tout ce qui n’était pas lié de prés aux Sizerettes. Ça ne m’étonnerait pas qu’elle soit de Lyon. Le gros mot était lâché. Tout un chacun y alla de sa petite histoire familiale qui s’était déroulée prés de septante années plus tôt dans ces terres qui ont connu le passage des armées d’Hannibal et de ses éléphants, de Napoléon et de bien d’autres.
Tout y passa : l’aviateur Yankee sans son avion et qui avait perdu le Nord, caché par le grand-père qui avait fait 14-18. Le jeune tirailleur Sénégalais chassé par l’infâme Teuton et qui fini la guerre comme mitron sous la coupe altière de la femme du boulanger du village. Le bijoutier de Gerlan et sa petite famille pourchassée par les hommes en noir aux runes d’or, portant avec difficultés de lourdes valises et cherchant désespérément les chemins les plus discrets pour rejoindre la Suisse. Le chasseur de lapins avec sa tarte au cor d’argent qui avait perdu son unité sur le plateau des Glières et qui trouva refuge dans la ferme de famille où la femme du clerc avait grandi.
J' arrête là, tant il est vrai que des actes héroïques à faire pâlir les acteurs de ‘ Iliade et l’ Odyssée se sont passés sur ce petit bout de terre des Allobroges ... Et pour revenir à nos moutons, il faut bien avouer que tant à Sixt-Fer-à-Cheval qu’ à Plougastel Daoulas qu' il vote à droite, à gauche, au centre ou aux extrêmes, l' indigène de cet étrange pays appelé France restera toujours le cocu de la classe politique qu' il s' est choisi. Mais comme il a l’air content et de se satisfaire de cet état je lui redis quand même avec conviction :
TOUS AUX URNES DIMANCHE PROCHAIN...ET HALTE AUX SOVIETS MODERNES DE LA GAUCHE.
Chris du Fier, ce Mercredi 17 Mars 2010 Haute-Savoie.
Rédigé par : Chris du Fier | 18 mars 2010 à 10:52
Je vous regretterais vivement Mr. Besson.
Je ne me range pas du coté des "bien pensants".
J.T.
MARSEILLE.
Rédigé par : TERZIBACHIAN Jacques Armen. | 01 mars 2010 à 19:58
Je confirme : bon débarras. Nommé à Pékin, j'espère ? Là bas, mon cher Sylvain, il vous faudra surveiller votre propre bile... sinon, visa, couic !
Rédigé par : Nomade | 25 février 2010 à 13:29
Bon débarras.
Rédigé par : folkorioter | 24 février 2010 à 11:56
Comme d'habitude, Sylvain Besson confond opinion politique et paroles de comptoir de la buvette de l'Assemblée Nationale. Et arriver pour un Suisse à tenter de convaincre les Français qu'ils ont le culte de la résistance, c'est comme demander à un armailler de monter ses vaches en montagnes en hiver.
Si un pays a bien manifesté des volontés de résistance, au progrès, à l'Europe, à la législation sociale et au droit des femmes, c'est tout de même bien la Suisse, qui s'y soumet toujours mais avec quelques dizaines d'années de retard façon quart d'heure vaudois.
Par ailleurs, l'utilisation de la pas bête réflexion du fils de Ziegler est à double tranchant si l'on considère que, en ce début de 21e siècle, on peut dire qu'ON N'A PLUS de culture de résistance en Helvétie, que la Suisse ne résiste pas aux aux ukases de Bruxelles, aux attaques bancaires des services fiscaux américains et à Kadafhi, qui n'arrête pas de faire tourner le petit pays en bourrique.
Il est tout à fait concevable de donner en pâture aux Français leurs propres inconséquences, pas tant quand c'est un bon fils de Guillaume Tell qui tient la hache, et encore moins en nous faisant passer l'Helvétie pour une lumière de bon sens alors que dans bien des cas elle en est - Hélas !- au niveau de la lanterne du fourgon de queue.
Rédigé par : Nomade | 19 février 2010 à 21:26
Vous abordez un aspect des plus complexes de la culture politique française. La culture de la Résistance comme vous la nommez est en fait ce qui transparait d'une caractéristique française qui est l'antagonisme profond qui est au cœur même de la société française depuis juin 1848, d'une part, le populaire, localisée, violent et réfractaire, dangereux parce que, par essence, délictuel, de l'autre, les élites nationales et les notabilités.
Évidemment, au sein même du populaire des antagonismes secondaires divisent le corps social en de nombreuses chapelles qui s'opposent perpétuellement et se disputent les meilleures parts de la providence distributive de l'état.
Quand à la lutte féroce qui ravagent les élites et les notable entre eux, c'est l'essence même du maintien de leur domination malgré la très grave acculturation qui les frappent depuis les années 60 précisément.
En fait, dès 1943, les conservateurs réactionnaires mais patriotes qui ont rejoint le général de Gaulle en exil à Londres, et grâce à cette personnalité politique hors-norme, acceptent, de plus ou moins bon gré, un compromis historique avec le parti communiste français qui doit sa position favorable parce qu'il avait à l'époque réussi à militariser le plus clair de la jeunesse française.
Ce compromis historique dont est issu le C.N.R. tiendra contre tout attente malgré la guerre froide et les effroyables tensions qui en résulteront.
Il tiendra aussi malgré les guerres coloniales, sans doute parce que l'Armée Française, qui n'est pas une armée populaire comme en Suisse par exemple, est un État dans l'État et sans doute le pire ennemi des conservateurs pragmatiques et modernistes regroupés dans ce qu'on a appelé, à tort, le gaullisme, qui fut tout sauf une doctrine. Plutôt un état d'esprit nationaliste, réaliste.
Nous savons que les défaites militaires et politiques ont anéanti l'autonomie politique du pouvoir de l'Armée Française et permis de l'assujettir définitivement à l'industrie militaire et aux financiers, qu'ils soient publics ou investisseurs privés.
Ce compromis historique qui n'a jamais été énoncé publiquement, au contraire des propagandes très violentes ont opposé les communistes au reste des partis politiques qu'ils soient réformistes sociaux ou évidement conservateurs, laissant accroire à des tensions irréductibles.
Il s'est imposé, non pas dans le déni, mais dans ce qui a fini par apparaitre pour le corps électoral un jeu de théâtre trop convenu et qui n'a pas permis à la France d'organiser sur une assise consensuelle une dynamique de modernisation.
Les conservateurs ont réussi à maintenir l'organisation très inégalitaire de la société en strates de type caste. Plus, ils ont réussi à s'imposer idéologiquement dès les années 60 dans une sorte de populisme clientèliste et réactionnaire y compris parmi les groupes sociaux les plus modestes.
Dans le même temps, grâce à ce compromis historique, les syndicats français, alors très politisés ont réussi cette monstruosité très inéquitable de créer des corporations professionnelles dont les statuts, favorables aux salariés, ont professionnalisé les pratiques d'obtention ou de défense selon les circonstances des avantages forcément acquis.
Tandis que perduraient les mœurs antidémocratiques d'un patronat très familial fortement antipopulaire qui luttait foncièrement contre toute irruption du salariat dans les instances de gestion et de décision de l'économie.
Les privatisations des entreprises publiques,initié dans les années 80, secteur très important de l'économie française, manqueront d'introduire du consensuel économique dans la société française en maintenant en dehors de la gestion capitalistique, les salariés. Ceci, véritable tragédie française, à cause des préjugés anticapitalistes des syndicats mais aussi et surtout en raison de l'hostilité haineuse des conservateurs français alors au pouvoir.
Jacques Chirac est premier ministre et fidèle à son abjection du peuple et très hostiles aux salariés, s'évertuera à anéantir toute possibilité de faire des représentants des salariés des gestionnaires de fonds au profit des salariés. On inventera cette stupidité malhonnête d'actionnariat populaire, réduit à un petit actionnariat sans droit ni représentant.
Aujourd'hui, il n'en reste plus rien. Ce scandale qui ne doit rien en ses effets à ceux de l'escroquerie d'Enron aux USA, explique en grande partie le discrédit qui pèse en France sur ce secteur essentiel de l'économie des sociétés dynamiques, l'investissement.
Aussi, dans l'incapacité de définir par consensus, des principes généraux sur l'évolution progressive de la société, la France est véritablement paralysée en regard des transformations que nécessiteraient l'adaptation à la modernité.
Cette crispation se traduit véritablement par une idéologie technocratique qui, singeant le modèle systémique, généralisent en les caricaturant les usages des outils de gestion des entreprises à toute fin sociale, culturelle et politique.
Les échecs de cette aporie aveugle qui singularise jusqu'au délire l'exception si-disant française, et qui ne font que commencer à se faire sentir ne font pas leçon et ne décillent les décideurs.
Au contraire, ceux-ci se crispent dans un protectionnisme suicidaire qui se traduit par une diarrhée législative qui pervertissent toute action économique.
Les faibles recettes fiscales, l'exemption inégalitaire des charges sociales, leur redistribution anarchique, n'ont trouvé d'autre recours que dans un endettement public de plus en plus lourd et qui peine à compenser l'absence d'initiatives.
Enfin, le rayonnement culturel de la France s'est presque totalement réduit à notre seule image touristique puisque la France est peut-être la destination favorite des voyageurs de l'O.C.D.E.
Je ne sais pas pourquoi nous tenons tant à donner raison à Hitler qui ne voyait la France que comme une sorte de Capoue délicieuse, un vaste parc d'attraction et de divertissement un peu décadent mais si délassant pour les visiteurs.
Rédigé par : Egide | 19 février 2010 à 13:41
Pauvre M. Besson, vous n'aviez guère de succès avec votre petit blog propret affilié à un journal qui se veut bien-pensant. N'étiez-vous pas découragé par l'absence ou l'apathie des lecteurs? Heureusement, vous êtes sauvé par votre retour en Suisse. Taper sur ce qui reste de la gauche ou sur la résistance au changement ne pointe pas sur ce qui est important. Il est connu que la France est un pays autoritaire et que dès lors, tout "changement" est tendanciellement décidé d'en haut, unilatéral, mal géré, et susceptible de dissimuler une arnaque ou un abus. Méfiance et résistance ne sont donc pas incompréhensibles, d'un point de vue systémique. Je tend à penser, pour ma part, que vous gagneriez à vous ouvrir l'esprit...
Rédigé par : ShereKhan | 19 février 2010 à 05:16
"La "culture de résistance" est devenue une maladie française" : résister est une action ou une capacité, le dictionnaire de médecine en serait plutôt satisfait.
« la Suisse n'a pas de "culture de résistance", la France l'a développée d'une façon outrancière qui est aujourd'hui au coeur du, ou des malaises français » : ou alors, ce sont des conditions de vie plus difficiles, pas seulement pour les Français, peut-être liées au développement anarchique de l'économie, qui sont au cœur du malaise. Mais c'est un cliché : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/02/les-march%C3%A9s-financiers-am%C3%A9ricains-attaquent-leuro.html
Pas « instinctivement » mais en s'appuyant sur des infos, et donc des croyances, qui ne soient pas seulement celles du Medef ou du gouvernement ; par exemple, http://dechiffrages.blog.lemonde.fr/2010/02/17/indecente-dramatisation-de-la-question-des-retraites/
Le non à la CE n'est pas spécifiquement français ; et s'y est manifesté un attelage baroque : extrême-gauche, extrême-droite (la peur des Turcs)…
Le gouvernement actuel a une légitimité proche de 54 % de votants. On attend le prochain scrutin.
La France ne refusait pas l'occupation nazie. Le gouvernement de Vichy, non. La Résistance, à Londres (De Gaulle) ou à l'intérieur (les maquisards), oui.
La Suisse est un paradis fiscal et judiciaire en plein cœur de l'Europe. Elle en profite, je suis d'accord avec vous.
Ce n'est pas la grève générale que vous moquez, c'est la généralisation abusive que vous glorifiez.
Rédigé par : Isg | 18 février 2010 à 14:12