Histoire de clore un débat largement absurde et parfois nauséabond, je n'ai pas résisté au plaisir de réfuter les "dix points cardinaux de l'identité nationale" inventés par Max Gallo et officiellement approuvés par le ministre Eric Besson. Vous allez voir, ce n'est pas triste.
- Le droit du sol. C'est vrai qu'il différencie la France de l'Allemagne ou de la Suisse. Reste qu'il n'est pas du tout propre à l'Hexagone - les Etats-Unis le connaissent également - et surtout que son application pose problème aux Français eux-mêmes. A Mayotte, les femmes comoriennes viennent accoucher dans l'excellente clinique locale, ce qui a entraîné la suspension du droit du sol dans ce territoire. Les habitants de Mayotte ne seraient pas Français?
- L'égalité. C'est le point le plus absurde, répété ad nauseam par ceux pour qui la "passion de l'égalité" serait le trait dominant de la France. A quoi bon, alors, les hautes écoles ultra-élitistes, les ghettos urbains peuplés de fils d'immigrés, le système de statuts dans la fonction publique et parapublique, la reproduction de couches dirigeantes majoritairement blanches et issues de l'establishment? Tout, dans ces réalités, dément cette prétendue "passion".
- L'Etat: D'accord, il est très présent en France, mais en quoi le fait qu'il tienne ensemble différentes régions est-il différent de ce que fait l'Etat chinois pour la Chine, l'Etat suédois pour la Suède etc.?
- La citoyenneté: même remarque que précédemment. Cela existe ailleurs, mais cette banalité semble difficile à admettre par les Français...
- L'Ecole. C'est comme l'égalité: faites ce que je dis, pas ce que je fais. Les Français issus de la bourgeoisie, y compris de gauche, sont obsédé par l'idée de ne pas mettre leur enfant à l'école publique ou à l'université, mais de l'inscrire dans le privé (école alsacienne etc.), dans les grandes écoles, ou dans les universités étrangères.
- La Laïcité. On a l'impression, à entendre ses thuriféraires, que les pays étrangers sont des sortes de théocraties. Reste que si on la définit simplement comme la liberté de culte, plus la neutralité religieuse de l'Etat, elle est appliquée à peu près partout dans les pays occidentaux.
- L'éclatement. Max Gallo suppose que la France est perpétuellement au bord de l'explosion régionaliste. Mais beaucoup moins que l'Espagne, que la Belgique, que la Grande-Bretagne...
- La langue française. Oui, sauf qu'il y a des étrangers qui parlent le Français et des Français qui ne la parlent pas très bien.
- L'égalité des femmes. Le parlement français, le patronat français, ne sont-ils pas parmi les moins féminins du monde?
- L'universalisme. Quand je vois le "non" à la constitution européenne, l'opposition pavlovienne à la globalisation et l'obsession d'en être "protégé", j'ai du mal à voir les Français comme des "universalistes".
"Il y a un pacte plusieurs fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde", disait De Gaulle (que Gallo reprend), mais j'ai l'impression que ce pacte aurait bien besoin d'une nouvelle Alliance. Les Français ne veulent pas voir que ce qui faisait la spécificité de la France révolutionnaire et post-révolutionnaire - l'invention de l'Etat de droit, de la démocratie, de la laïcité - s'est tellement bien diffusé que la France s'est banalisée. Pour briller au XXIème siècle, il faudra inventer autre chose...





Au fait, la France n'a pas inventé la démocratie.
Rédigé par : ShereKhan | 19 janvier 2010 à 13:22
Le dernier point mérite tout de même un léger un recadrage.
1-Le non à la constitution ce n'est pas le rejet de l'Europe mais d'un certain projet politique européen. Faut-il rappeler que sans les efforts de la France, l'Europe n'existerait pas?
2-L'universalisme républicain est en effet une idée née de la Révolution française.
3-Les notions de globalisation et d'universalisme politique/philosophique sont des notions très différentes.
4-La globalisation désigne en général le libre échange économique mondial. Le mondialisme ou globalisme désigne en revanche l'organisation politique du monde. Dans les deux cas la France y prend part, certes modestement.
4-La globalisation, le mondialisme tendent à imposer un certain modèle universel, mais correspond t-il pour autant aux idées universalistes de progrès et d'émancipation telle que décrites au siècle des Lumières?
Rédigé par : bonbenoui | 06 janvier 2010 à 08:57
@ ShereKhan : Merci, j'ai corrigé cette p... de dernière phrase. Mais je persiste : le fossé est plus grave ici, car la Suisse tombe de plus haut. C'est une mort annoncée, mais quand, je ne sais pas. Pendant ce temps, Sylvain Besson ironise.
Rédigé par : Nomade | 26 décembre 2009 à 13:31
Nomade, pas mal (mais n'y a-t-il pas un problème dans la dernière phrase de votre post sur votre blog?). Il n'y a pas qu'en Suisse que la communauté fout le camp. On pourrait dire la même chose de la Belgique à ceci près que la dégradation est sans doute profonde car elle a commencé plus tôt. Sans parler bien sûr de la France où les imbéciles qui gouvernent s'enorgueillisent de l'avoir détruite.
Rédigé par : ShereKhan | 25 décembre 2009 à 12:33
Une autre situation en Suisse, dont M. Sylvain Besson, honorable correspondant du Temps à Paris se garde bien de parler :
http://accesnomade.blog.lemonde.fr/2009/12/24/quand-la-suisse-fout-le-camp/
Rédigé par : nomade | 24 décembre 2009 à 23:02
Il n'y a pas de droit du sol en France ! Du moins pas comme on l'entend habituellement, naitre en France ne fait pas de vous un français (naitre en France de parents nés en France si, mais c'est quand même plus léger comme droit du sol). Si un de ses conseiller veut offrir un code de la nationalité à Eric Besson ça fera un joli cadeau de noël.
Rédigé par : Sarah | 16 décembre 2009 à 21:44
1-Le débat sur l'identité est de toute manière biaisée d'avance. Car quand une nation essaie de se trouver des particularités, elle se cherche avant tout des vertus. Or il est clair que tout le monde aimerait avoir les vertus citées ci dessus. C'est sans doute pour cette raison que M. Besson insiste tant sur les défauts des Français.
2-Je conseille cette vidéo à M Besson qui semble avoir une image un peu erronée de De Gaulle qu'il cite souvent avec beaucoup d'ironie. Comme je le disais dans un autre message il faut faire la distinction entre l'action et le discours. Sa réthorique lui a donné le succès politique, sa force de conviction et sa capacité à fédérer les hommes. Dans l'action il a été un homme très pragmatique. La réthorique cela fait aussi un homme, amusez-vous à traduire Obama en Français. Dépouillé de sa réthorique, les discours de Obama perdent de leur efficacité et le contenu en lui-même ne suffit plus.
http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/video/CAF89046845/charles-de-gaulle.fr.html
Et puis un article intéressant sur le vote suisse paru dans le monde (qui n'épargne ni d'ailleurs ni les Suisses, ni les Français).
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/14/une-fatwa-suisse-pour-noel-par-salah-guemriche_1280327_3232.html
Rédigé par : bonbenoui | 16 décembre 2009 à 20:32
Effectivement ça n'est pas triste.
Pour vous divertir un peu sur le dos de la Suisse, consultez donc :
http://accesnomade.blog.lemonde.fr/2009/12/15/letat-policier/
ça changera des vilainetés de Sylvain sur l'Hexagone !
Rédigé par : Nomade | 16 décembre 2009 à 08:12
Oui d'accord cela existe partout ailleurs mais on ne peut nier un attachement particulier des français à certains de ces concepts/idées.
Vous avez bien raison en ce qui concerne la laïcité. On nous bassine sans cesse avec la séparation de l'église et de l'état sans jamais rappeler que l'Alsace vit toujours sous le régime du concordat.
Et puis sans doute oui, il faudra inventer autre chose. La France a-t-elle un projet et une ambition pour le 21ème siècle ?
Rédigé par : Monsieur Prudhomme | 15 décembre 2009 à 14:39
Cher Monsieur,
Vous vivez en France mais ne l'avez pas encore comprise. Les relations de la France avec la laicité par exemple n'ont qu'un très lointain rapport avec ce que l'on connait en Suisse. Si vous osiez proposer à un Français que le "denier du culte" soit prélevé par les agents du fisc, vous seriez mort. En Autriche ou en Bavière, vous trouvez des crucifix dans les écoles publiques, je ne donne pas cher de la peau de la personne essayant de faire cela en France.
"Le Français est la langue de la république", certe les Français ne sont pas les seuls francophones (il n'y a qu'à nous lire ici), ni tous francophone. Cependant il n'existe aucune place pour une autre langue en France. Aucune université ne donne ses cours en Alsacien ou en Breton (il y a des cours d'alsacien ou de breton, comme des cours de latin ou de grec).
L'égalité est sans nul doute le point que vous avez le plus mal compris. Il existe en Suisse des Romands, des Alémaniques, des Tessinois et mêmes quelques personnes enregistrées comme Romanches. En France il n'y a qu'UNE seule sorte de Français. Il y a interdiction de faire des statistiques "ethniques". En Suisse (comme dans la plupart des pays occidentaux) il y a une protection des minorités. C'est impensable en France, il n'y a pas de "minorité" puisque les Français sont égaux. Ce qui produit des familles ou les enfants sont incapables de comprendre leurs grands-parents (en Alsace ou en Bretagne bretonnante par exemple).
Je pense par contre que cela serait très enrichissant pour les Français si les journalistes étrangers participaient à ce débat sur l'identité nationale. Votre vision externe sera aussi une pierre dans ce débat.
Rédigé par : Emmanuel | 15 décembre 2009 à 14:35
Si on lit M. Gallo entre les lignes, il veut dire que l'Etat français écrase les différences culturelles. C'est vrai mais cela ne me parait pas de nature à fonder une véritable identité nationale... Il y a le discours de l'Etat (pour ne pas parler de sa langue de bois), très autosatisfait et qui ne se renouvelle pas, et il y a l'identité des gens. Et M. Gallo n'a rien à proposer pour relier les deux...
Rédigé par : ShereKhan | 15 décembre 2009 à 13:03
10 fois d'accord avec vous.
Rédigé par : bonbenoui | 15 décembre 2009 à 11:50