La floppée de livres récents dus à des hommes d'Etat - mémoires de Jacques Chirac et d'Edouard Balladur, notamment - livrent ce que j'appellerai la quintessence de l'esprit de gouvernement en France. Il est frappant chez Edouard Balladur, qui montre François Mitterrand obsédé par l'idée que l'Europe (qu'il contribuait pourtant à construire) efface peu à peu la France. J'ai retrouvé la même idée - l'Etat jacobin privé de pouvoir par l'Europe des régions - dans l'un des documents déclassifiés lundi par le Quai d'Orsay (ici, c'est celui du 16 novembre 1989).
Quoique europhile lui aussi, Balladur, son premier ministre de 1993 à 1995, approuvait souvent les coups de poings nationaliste du président sur la table des sommets européens. "Je me méfie un peu des technocrates de Bruxelles, là-dessus je suis dans la moyenne des hommes politiques français", m'expliquait Balladur la semaine dernière. Jacques Chirac lui, est convaincu que sans la France, l'Europe déviendrait inévitablement une sorte de vassal mou des Etats-Unis.
Autre trait commun, encore plus accentué, entre les présidents, Nicolas Sarkozy y compris: la foi dans la supériorité du politique sur le technique. "Ces gens ont une immense capacité à gérer des problèmes qu'on aurait pas pu inventer", m'expliquait il y a quelques mois un ancien conseiller présidentiel.
Sarkozy aurait donc fait sien l'adage de Chirac: "Les experts, ça n'a jamais servi à rien; il ne faut jamais se fier aux prévisions, surtout quand elles concernent l'avenir." Là-dessus, Balladur a une petite réserve: "Je me méfie plutôt moins des techniciens que la moyenne des hommes politiques. Il ne faut pas confondre le volontarisme avec le refus de la réalité." C'est sûrement pour cela que lui n'a pas été élu président.





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