Alain Juppé et Michel Rocard se sont quelque peu offusqués de la question que je leur ai posée toute à l'heure à L'Elysée: le grand emprunt n'est-il pas le signe d'un formidable échec, celui d'un pays qui s'endette jusqu'aux yeux sans pouvoir investir pour son avenir - sauf, justement, par un "effort exceptionnel" d'endettement supplémentaire?
"Vous connaissez des grands pays européens qui ne sont pas en déficit aujourd'hui?", m'a sèchement répondu Juppé, alors que Rocard a invoqué un phénomène mondial, le "sacrifice de l'avenir dans la gestion publique face au capitalisme en mutation". Et si les dépenses publiques françaises sont si élevées - 53% du PIB - c'est parce que les billets de train et d'avion sont comptés dedans, la SNCF et Air France étant des entreprises d'Etat.
Les deux ont ensuite reconnu qu'il n'était pas normal que l'Etat consacre 3/4 de ses dépenses à rembourser sa dette et à payer ses fonctionnaires, tout en laissant ses investissements chuter depuis des années.
La réaction des deux ex-premiers ministres est assez typique. Les Français se complaisent à la fois dans un pessimisme exagéré - se voyant broyés par la Chine ou l'Amérique, enfermés dans une Europe molle et condamnée à la décadence, menacés par le déferlement d'un tiers-monde surpeuplé - et réagissent au quart de tour lorsqu'un étranger se met à jouer les "déclinologues" et à gloser sur le déclin de la France.
On peut s'interroger sur l'origine de ce trait d'esprit particulier. Peut-être la nostalgie de la grandeur, cultivée par la plupart des présidents depuis De Gaulle, et conjuguée à un déclin relatif inexorable (et pas si grave, d'ailleurs), nourrit-elle une espèce de fierté blessée. N'allez pas parler de l'échec de la France à un Français, à moins d'être Français vous-même. Ou d'être prêt à encaisser des remarques acides sur les défauts de votre propre pays.





Vu le point de vue de M. Sarkozy sur la Suisse, vous prenez, cher Sylvain, bien des risques inutiles en enfonçant un clou pareil. Vous semblez oublier que votre "accréditation" n'est pas un passeport diplomatique et que la rancoeur des gouvernants que vous fustigez se retourne finalement sur l'ensemble de la Suisse.
Voir à ce sujet : http://accesnomade.blog.lemonde.fr/2009/05/22/sarkozy-et-lhelvetie/
Rédigé par : Nomade | 30 novembre 2009 à 06:44
Mais quel cliché votre blog! les français peuvent être absolument crétins , réactionnaires, d'une mauvaise foi absolue etc etc , certes certes, nous avons beaucoup de défauts, mais de quelle France parlez vous ici? Paris n'est pas la France et la nomenclature politique non plus, il semble que votre vision outre quelle soit totalement partisane , laisse tout un pan de notre société de côté, celle qui palpite, celle qui ressemble à la vraie vie. C'est dommage pour vous et vos lecteurs. ET pour le déclin, vous n'avez pas le sentiment vous que la vieille europe crève, qu'elle vit ses derniers spasmes et que l'avenir est ailleurs? oh pardon vraiment pour ce post, mais votre blog est tellement triste et ne ressemble en rien à la France d'aujourd'hui, à sa tristesse, son abandon, sa dépression.
Rédigé par : Lala Sue | 28 novembre 2009 à 09:19
Oui l'échec de la France existe. Dans le domaine économique et moral (par ex le coup de boule de Zidane et la main d'Henri sont la partie visible cet iceberg).
Il y a bien évidemment du positif, mais la encore ce n'est que la partie visible de l'iceberg (la partie non visible étant l'échec)...
Personnellement j'ai honte d'être Français quand je vais à l'étranger.
Et je vois bien que souvent l'image de la France est complètemnt galvaudée...
Que des Japonaises en fassent une dépression après avoir visité Paris ne m'étonne pas du tout malheureusement. La France des papiers glacés qui est vendue aux Japonais et à d'autres c'est 80 % de France qui n'existe plus...
La France est un pays qui vit sur l'image de son passé et qui ne se fabrique plus un avenir...
Rédigé par : Guess | 20 novembre 2009 à 19:29
Heureusement que d'anciens premiers ministres ont une vision optimiste et sont fiers de leur pays. S'il en était autrement, je ne comprendrais pas leur engagement. D'autre part aux niveaux national et international l'Etat serait totalement décridibilisé.
Vous êtes journaliste, vous lisez les journaux français. Les économistes, les intellectuels, les citoyens ne se réjouissent pas de la situation. Je ne vois pas des signes de fierté blessée mais une inquiétude profonde et angoisée liée à la conjoncture. Et sur ce thème je ne vois pas de lien avec le passé.
La "grandeur de la France" ou "la Grande Nation", expressions si souvent entendues à l'étranger: la "grande Nation" est une expression très utilisée en Allemagne et en Suisse Alémanique sur un ton ironique mais cette expression n'est jamais utilisée en France. Quant à la la réthorique gaullienne, elle participe d'une action visant à resouder un pays divisé et meurtri qui avait besoin de retrouver confiance en lui malgré les défaites. A travers le mythe d'une France éternelle, De Gaulle a redonné confiance en l'avenir.
Les Français n'arrêtent pas se critiquer partout, sur tout, tout le temps. Les déclinologues sont légions. Et vous aurez d'ailleurs remarqué la tendance qui consiste à considérer que tout ce qui se fait en France est nul et qu'on devrait imiter l'Allemagne en tout.
Votre expression "l'échec de la France" est ambigu, quel échec? Les échecs? Quels échecs? C'est si vaste qu'on ne peut répondre à cette question. Echec s'oppose à succès et telle que votre question est formulée, seule une réponse binaire est possible: échec ou succès. Or vous admettrez qu'en matières politique et économique, une question mérite plus de nuances.
Mais nous connaissons votre style provocateur et votre franc-parler vis à vis des politiciens français est le bienvenu dans un univers journalistique très convenu.
Rédigé par : bonbenoui | 20 novembre 2009 à 09:43