Deux exemples récents m'ont rappelé qu'à Paris, pour être écouté, il vaut mieux l'ouvrir très grande et réfléchir ensuite. D'abord l'excellent cinéaste Costa Gavras, qui vient se répandre sur Europe1 pour affirmer que la Suisse a enfermé Roman Polanski en raison des pressions américaines sur UBS. Qu'en sait-il? Rien. C'est sans doute totalement faux. Il n'a pas cherché à vérifier. Mais le propos est simple, facile à résumer, les médias adorent.
Ensuite Denis Robert, l'enquêteur-romancier-militant citoyen à l'origine de l'affaire Clearstream, qui révèle mieux gagner sa vie que la grande majorité des journaliste sérieux de son pays. Sa théorie (Clearstream est le coeur de tous les blanchiments etc.) est fumeuse, fausse aussi, mais il dénonce le capitalisme et il a l'air sympa. Les télés achètent, les lecteurs aussi. Bingo.
Le pire est que le premier ministre (Villepin) soi-disant sérieux d'un grand pays ait cru envers et contre tout à cette histoire. Et l'on pourrait multiplier les exemples à l'infini. Pascal Bruckner qui vient nous expliquer l'évolution des rapports homme-femme depuis 30 ans. A quel titre? Le livre ressemble à une compilation d'articles de Elle remaniés à la sauce nouveaux philosophes. "C'est ça, mais ça va très bien marcher", confesse-t-on chez son éditeur.
Il ne faudrait pas, ensuite, venir se plaindre que le président de la République parle des "coupables" de l'affaire Clearstream (juridiquement erroné) ou de l'attaque de la couche d'ozone par le CO2 (chimiquement absurde). Il s'inscrit simplement dans cette culture du n'importe quoi qui a envahi le paysage médiatique français. Jusqu'à quand? J'attends l'insurrection des consciences, mais j'ai peur que ça dure.





Excellente analyse et très pertinente.
Rédigé par: Gerard | 15 octobre 2009 à 22:10
Je voulais simplement souligner qu'une bourde, comme celle de Sarkosy pourrait en réalité ne pas en être une. Les hypothèses scientifiques se transforment souvent en vérité intangible dans les médias. Cela ne me choque pas du tout; la simplification scientifique permet à l'esprit d'avoir une vision du monde intelligible. Mais les phénomènes naturels, du moins ce que l'on peut en percevoir, sont beaucoup plus complexes.
Dans ce cas précis, la taxe carbone vise évidemment l'émission de CO2 et le réchauffement climatique et l'exemple de la couche d'ozone n'est pas pertinent.
Rédigé par: bonbenoui | 10 octobre 2009 à 00:09
Bonbenoui, je suis épaté. Reste que justifier l'importance de la taxe carbone en évoquant une menace pour la couche d'ozone est à côté de la plaque. Il aurait dû marteler sur l'effet de serre, beaucoup plus simple à comprendre et surtout plus menaçant. Non?
Rédigé par: Sylvain Besson | 06 octobre 2009 à 11:24
Ce que vous dîtes au sujet de la couche d'ozone n'est pas non plus exact. Il existe une relation entre la concentration de CO2 et la concentration de l'ozone dans l'atmosphère. Vous pouvez trouvez de nombreux articles à ce sujet. Voir ref ci-dessous. Je n'attends pas du président qu'il sache en détails s'il c'est chimique ou physique. En fait vous est vous -même influencé par tous les articles de vulgarisation que la presse publie. Il n'y a pas une vérité scientifique figée.
"The impact of increasing carbon dioxide on ozone recovery", Journal of Geophysical Research Atmospheres. Joan E. Rosenfield
(University of Maryland Baltimore County, Baltimore, Maryland, USA), Anne R. Douglass
(NASA Goddard Space Flight Center, Greenbelt, Maryland, USA),David B.Considine
(Department of Meteorology, University of Maryland, College Park, Maryland, USA,
Rédigé par: bonbenoui | 06 octobre 2009 à 10:45
Je ne veux pas vous décourager, mais cela fait un bout de temps que ça dure. Il n'y a pas que les journalistes et les médias qui sont dans cette culture du superficiel. Il suffit de regarder les intellectuels appointés du CNRS et de l'Université, qui se livrent à de soit-disant recherches empiriques dont le seul but est de garantir leurs médiocres salaires, sans jamais livrer autre chose que des "résultats" confus, abscons et impossibles à utiliser. Ou encore ces patrons d'entreprise qui adoptent des "chartes" de "nos valeurs" - en fait les leurs -, sans jamais les appliquer véritablement et surtout pas à eux-mêmes; ou encore qui "affichent" des politiques de ressources humaines pour faire joli et pour faire moderne, sans jamais qu'elles soient mises en oeuvre effectivement. L'espace public est considéré comme un espace d'affrontement et d'influence - ceci explique cela. Les Français n'étaient pas plus idiots que les autres au départ. En étant dépendants à l'extrême de l'Etat et de l'autorité, ils ont fini par se priver de toute capacité à se coordonner eux-mêmes à partir de normes de sincérité, de vérité, de sérieux, et de contrôle réciproque.
Rédigé par: ShereKhan | 03 octobre 2009 à 09:26