Comment ont-ils osé? Arrêter un immense cinéaste, qui a de plus eu le bon goût de quitter les Etats-Unis pour la France? A ces questions, qui agitent les élites hexagonales depuis l'interpellation à Zurich de Roman Polanski, la réponse officielle suisse est simple: parce que.
Oui, les Helvètes ont arrêté Roman Polanksi parce que le traité d'entraide avec les Etats-Unis l'exige, parce que les accords de Schengen le demandent, parce qu'il y a un mandat d'arrêt en bonne et due forme. Pas de discussion, pas de marge de manoeuvre, pas de politique. Le règlement, c'est le règlement et on préfère l'appliquer.
En France, bien sûr, le "volontarisme" et la raison d'Etat voudraient que l'affaire soit immédiatement rapportée à l'Elysée et tranchée par le président, sur des critères de pure opportunité. Petit rappel: en 1994, Charles Pasqua avait renvoyé chez eux, en toute illégalité, deux terroristes iraniens que le gouvernement suisse réclamait. Pourquoi? Parce que ça l'arrangeait.
Beaucoup de Français ont du mal à comprendre qu'il puisse en aller autrement, ailleurs. Que la loi puisse s'imposer au politique et non l'inverse. En témoigne l'hallucinant commentaire de Jean-Pierre Elkabbach ce matin sur Europe1: "La Suisse à la botte des Etats-Unis, comme elle le montre avec Roman Polanski, est-ce qu'on peut faire confiance à cette Suisse-là?"
J'ai envie de répondre: pour faire du juridisme, pour se réfugier derrière les textes avant de prendre la moindre décision, oui, vous pouvez nous faire confiance. Mais ce n'est pas toujours une mauvaise chose.





En France je ne crois pas qu'un ministre inviterait une personne connue et que son homologue à la justice profiterait d'un effet d'aubaine pour l'arrêter. Chez nous ça créerait un séisme politique avec un interminable débat entre moralité et application des lois. En Suisse aucune réaction, pas d'interrogation.
Reste toutefois que les médias Américains et Français ont au moins l'intérêt de placer cette affaire dans le contexte politique actuel. Celui aussi de s'interroger sur ses répercutions (positives et négatives) sur l'image de la Suisse à l'étranger.
Rédigé par: Soizic | 19 octobre 2009 à 23:47
Je ne sais pas si la Suisse est à la botte des USA, mais ce dont je suis sur c'est que Jean-Pierre Elkabbach est à la botte de tous les pouvoirs.
Rédigé par: Gerard | 15 octobre 2009 à 22:13
Certaines personnalités en France ont réagi d'une manière excessive dans les premiers jours de cette affaire. En Suisse également. Et ce qui m'a beaucoup surpris c'est le ton quasi propagandiste de certains médias suisses. Comme l'ont dit certains politiques et magistrats, Polanski n'est pas au dessus des lois, mais il n'est pas non plus en dessous des lois.
Affaire délicate donc qui suscite les passions, d'autant plus qu'elle se situe dans un contexte politique un peu tendu pour la Suisse et le secret bancaire. Après une semaine, les esprits se sont calmés et finalement la raison l'a emporté, me semble t-il.
Rédigé par: bonbenoui | 10 octobre 2009 à 12:56
Besson confond tout le monde comme d'habitude. Les français avec Pasqua, Elkabbach, Gavras, etc... Allez faire un sondage au bistrot, ou lisez ce qu'en pense l'homme de la rue, enfin des blogs..
http://www.bernard-henri-levy.com/la-petition-de-la-regle-du-jeu-grossit-par-ordre-alphabetique-tous-les-signataires-2423.html
Rédigé par: john | 04 octobre 2009 à 23:41
Ce qui me parait inquiétant, pour ma part, c'est la collusion objective entre tous les gouvernements pour réduire nos espaces de liberté et utiliser la force où bon leur semble. Cette histoire est d'ailleurs glauque, par le simple fait qu'elle remonte à 30 ans et qu'on peut se demander pourquoi, soudain, ce monsieur est arrêté. Qu'il soit connu ou non n'est pas le problème. Pourquoi pas AVANT? Il s'agit d'un personnage public qui voyage et ne vit pas dans l'anonymat, donc ça devait être possible...
Rédigé par: ShereKhan | 29 septembre 2009 à 17:10
Je conseille à Sylvain Besson la lecture de son très intéressant journal qui ne se borne pas à une lecture strictement juridique de l'affaire http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d08ca044-ac04-11de-bf71-a0e943372248/Fallait-il_arr%C3%AAter_Roman_Polanski.
Rédigé par: Grisailleux | 28 septembre 2009 à 16:27