Entre oisiveté, apéros à rallonge et conversations avinées, j'ai trouvé dans les vacances d'été un climat propices aux réflexions sur cette question essentielle - qu'est-ce qui sépare, au juste, la Suisse romande de la France?
Les Alpes et le Jura, certes, mais aux tréfonds, je veux dire, dans la mentalité, dans ce qui fait l'identité même des peuples (pour ceux qui croient qu'il existe une telle chose)? La réponse a soudain surgi comme une évidence: c'est la crème double.
Voilà l'histoire. Un ami s'entretenait avec une de ses collègues, plutôt bonasse et pas très maline, des mérites comparés du beurre et de la crème en France et en Suisse. La collègue a eu ce cri du coeur: "En France, on ne trouve pas de crème aussi bonne que chez nous."
Mon ami, plus sophistiqué, a eu un ricanement sarcastique: dans quelle monde vivait cette pauvre femme, élevée dans le culte d'une Helvétie d'opérette, qui ignorait l'incontestable supériorité des terroirs et des produits laitiers français?
En creux, ce dialogue donne la définition du "bon Suisse": il s'agit de quelqu'un qui croit dur comme fer que la crème est meilleure chez lui. Qu'en est-il, au juste? Cela dépend des goûts. Pour une raison qui continue à m'échapper, la crème épaisse en France semble être toujours légèrement acidulée. En Suisse, elle est plus jaunâtre, moins liquide, plus douce, sans aucune trace d'acidité - comme un reflet du caractère peut-être plus simple, plus univoque, plus rustique des habitants du pays.
Il y aurait donc un mur de crème double, comme il y a une "barrière de rösti" entre les francophones et les alémaniques en Suisse, ou une barrière de choucroute entre la France et le monde germanique.
En vertu de cette douteuse théorie de la crème comme miroir de l'âme des peuples, je dois avouer que la Suissitude continue de l'emporter, chez moi, sur la Francité. Oui, je préfère la crème de Gruyère à celle de Normandie. Je reste donc, après bientôt quatre ans de parisianisme, un "bon Suisse". Que celui qui aime mieux la crème acidulée me jette la première pierre.





Tout est bon chez vous, sauf la jonction Geneve-Lausanne: lieu maudit où les vieux moteurs font une crême tout aussi épaisse et trés acide à base d'huile moteur et de liquide de refroidissement.... A part quelques travaux d'aménagement ne changez pas trop...
Rédigé par: bonne patte | 09 décembre 2009 à 16:21
Une crème "jaunâtre, moins liquide"... tout cela n'est guère appétissant.
Je préfère les "Petits suisses" à votre description et argumentation finalement peu convaincantes.
Heureusement, si tout cela fait un "mur", il devrait plus vite s'écrouler que celui de Berlin !
Rédigé par: Dominique Hasselmann | 29 août 2009 à 12:25
Il n'y a aucun déshonneur à préférer la crème suisse à la crème normande. Tout est affaire de goût et d'usage. La crème suisse est douce, très onctueuse et parfaitement adaptée aux desserts : les meringues à la crème de Gruyère en sont le meilleur exemple, ainsi que la coupe de baies des bois et de glace à la vanille, comme le fait si bien Michel Ancay au "Relais des Chasseurs" à Fully en Valais. Il en va autrement de la crème de Normandie, plus adaptée à un usage culinaire et "saucier" et dont l'acidité provient du goût qu'ont les Normands pour le cidre et les pommes. Donc, M. Besson sachez exiger une crème normande pour la sauce de votre entrecôte (qu'on vous servira heureusement persillée à Paris) et une crème de la Gruyère pour accompagner vos douceurs de fin de repas...
Rédigé par: Nomade | 29 août 2009 à 12:04
A ce sujet j'étais surpris de découvrir que seulement une seule crème, la crème d'Issigny, bénéficie d'une apellation AOC... Alors qu'il est évident que le goût de la crème dépend de nombreux facteurs et en particulier du terroir. Il est clair, qu'en Bretagne, en Corse ou dans les Alpes suisses, le goût de la crème sera différent (si travaillée de manière plus ou moins artisanale bien entendu).
Vous devriez donner l'idéé aux agriculteurs suisses de déposer un AOC sur leur crème double!
Rédigé par: bonbenoui | 26 août 2009 à 13:04
Votre commentaire me rappelle une émission de Darius Rochebin qui animait une émission dont le thème était justement le même que vous proposez aujourd’hui. Certains Romands interrogés répondaient en évoquant des souvenirs d’enfance. Ce qui me fait penser à une très jolie citation de Saint-Exupéry : «On est du pays de son enfance ». Votre réponse est du même ordre, votre crème double c’est votre petite madeleine, c’est un goût unique que vous ne retrouvez que dans votre Romandie natale. Votre préférence pour la crème double suisse est sans doute liée à une certaine nostalgie, «au regret d’un certain instant». C’est une approche quasi AOC de la question identitaire suisse, en d’autres termes une approche territoriale. Mais comme tout AOC, cette identité s’accompagne d’une revendication culturelle forte. C’est une définition qui finalement correspond bien aux Suisses romands. Ils sont Romands car ils sont nés en Romandie avec des traditions locales uniques dans un environnement unique.
Rédigé par: bonbenoui | 20 août 2009 à 14:21