Pour qui aurait remarqué la prudence nouvelle de Nicolas Sarkozy - réforme des hôpitaux édulcorée après protestation des médecins, pourrissement patient du mouvement universitaire, extrême retenue face à des sujets tabous comme le marché du travail - j'ai peut-être un début d'explication satisfaisante. Le président, m'a-t-on soufflé rive gauche, aurait été à la fois effrayé et enthousiasmé par le concept de "peuple régicide" formulé par Marcel Gauchet: "Les Français veulent un roi qu'ils veulent guillotiner."
Autrement dit, en France, le chef de l'Etat a les pleins pouvoir - jusqu'à ce qu'il commette l'erreur fatale et trébuche. L'idée, transmise par son conseiller spécial Henri Guaino, aurait frappé Nicolas Sarkozy à un tel point qu'il répète désormais "attention avec les Français!" avec la ferveur du converti. Et qu'il agit en conséquence.
On en sort pas. C'est comme si la psyché française avaient été marquée pour l'éternité par la geste de la Révolution. Un récent essai publié par la Fondation pour l'innovation politique rappelle à quel point l'héritage de la période pèse lourd: un Etat qui se conçoit comme seul dépositaire de "l'intérêt général" - notion qui autorise à peu près n'importe quoi -; une méfiance bien ancrée envers tout ce qui ressemble à des gouvernement locaux ou à l'autonomie de la société, assimilés au féodalisme; l'incroyable institution du Conseil d'Etat, justice administrative qui court-circuite les tribunaux ordinaires lorsqu'un litige concerne les rapports entre le pouvoir et les citoyens.
Même si leur foi dans l'Etat s'est passablement fissurée ces dernières années, les Français, me disait l'autre jour Marcel Gauchet dans une interview, attendent encore de la politique qu'elle les fasse rêver, et leur offre une vision du monde. Sinon, gare à la guillotine.





@bonbenoui
Hé oui, les choses sont complexes. Il y aurait une thèse à faire sur la façon dont les acteurs de la vie politique et sociale se servent de la comparaison avec d'autres pays, ou encore de la référence à l'"Europe", ou au passé, pour faire avaler à d'autres certains changements - ou absence de changements.
Si on vous a bassiné de la Résistance, c'est sans doute pour mieux vous faire avaler l'immigration de masse et la perte de votre identité, notamment. Le culte du "souvenir" a une vertu incantatoire qui permet de juguler les réactions de la population de souche. L'imposture étant que la situation n'est plus du tout la même aujourd'hui et à l'époque; il ne s'agit plus de la même chose.
Les musées n'ont pas une fonction tellement différente: ils permettent de légitimer le régime en le faisant apparaître comme cultivé et éclairé, lui laissant ainsi les mains libres pour sa basse politique - et aussi d'attirer les lucratifs touristes.
Rédigé par: ShereKhan | 12 juillet 2009 à 18:50
Hé oui, les choses sont complexes. Il y aurait une thèse à faire sur la façon dont les acteurs de la vie politique et sociale se servent de la comparaison avec d'autres pays, ou encore de la référence à l'"Europe", ou au passé, pour faire avaler à d'autres certains changements - ou absence de changements.
Si on vous a bassiné de la Résistance, c'est sans doute pour mieux vous faire avaler l'immigration de masse et la perte de votre identité, notamment. Le culte du "souvenir" a une vertu incantatoire qui permet de juguler les réactions de la population de souche. L'imposture étant que la situation n'est plus du tout la même aujourd'hui et à l'époque; il ne s'agit plus de la même chose.
Les musées n'ont pas une fonction tellement différente: ils permettent de légitimer le régime en le faisant apparaître comme cultivé et éclairé, lui laissant ainsi les mains libres pour sa basse politique - et aussi d'attirer les lucratifs touristes.
Rédigé par: ShereKhan | 12 juillet 2009 à 18:48
@ Sherekahn,
Toutes mes excuses pour ce qui concerne votre nationalité.
L'auto critique, elle existe. Ces dernières années ont été assez marquées par l'autoflagellation et les courants déclinistes. Je suis né plus de 35 ans après la guerre et pourtant on nous a rabattus les oreilles avec la Guerre, Vichy et la Résistance ( à l'école, en famille, les médias etc..). C'est un thème que je connais extrêmement bien malgré moi et dont j'ai vraiment une overdose. Alors je comprends pas vraiment cet esprit de contradiction systématique à l'égard des Français qui soi disant ne se souviendrait pas du passé alors que paradoxalement on leur reproche d'être passéistes et d'avoir trop de musées. En fait on leur reproche tout et son contraire. Ils ont tort d'exister finalement.
Rédigé par: bonbenoui | 10 juillet 2009 à 18:06
@bonbenoui
"Point de vue typiquement helvétique"? Je suis franco-belge. Raison pour laquelle je dis que les Britanniques et les Suisses ne sont pas les seuls à penser cela.
Je me souviens qu'en 1989, lors des célébrations du bicentaire de la révolution française - j'habitais Versailles à l'époque - l'Etat français n'avait pas hésité à faire défiler les soldats de Napoléon. Il n'y a aucune réflexion, aucun retour critique sur le composantes autoritaires, dictatoriales du système. Sans parler des "patrons de droit divin" et autres incompétents incapables de manager, communiquer, partager, ou même penser autrement qu'en fonction de leur intérêt personnel.
Il est dommage que la seconde guerre mondiale ait été l'occasion pour l'Etat français de se refaire une beauté en apparaissant dans le camp des démocraties victorieuses. Cela lui a permis de faire avaler et oublier au public ses aspects les moins glorieux, et d'éviter ainsi toute remise en question.
Rédigé par: ShereKhan | 10 juillet 2009 à 11:01
@ShereKhan
"L'analyse du modèle français [...] il n'y pas que les britanniques et les suisses qui renaclent à considérer comme démocratique un tel modèle..."
Vous faîtes pas non plus dans l'originalité intellectuelle. C'est un point de vue typiquement helvétique.
Reniement systématique de tout ce qui peut être ou avoir été positif provenant de l'autre côté de la frontière, jusqu'à la démocratie...
Rédigé par: bonbenoui | 10 juillet 2009 à 10:38
@bonbenoui
Il n'y a, à mon sens, pas grand monde à citer, mais ce n'est pas moi le journaliste... Il n'y a, d'après moi, pas beaucoup d'intellectuels originaux, mais une chose est sûre: il faut les chercher en dehors de l'établissement. Si vous voulez des pistes de réflexion, référez-vous à mes intervention précédentes: ne m'en veuillez pas si je ne peux passer mon temps à me répéter :).
L'interview de Gauchet est à mon sens assez faible. Je passe sur les premières phases qui romancent fortement ce qui n'était, dans une campagne électorale terne marquée par l'absence de candidats valables, que de la manipulation d'images à fonction légitimante. Le discours sur l'Europe, confondue avec l'Union Européenne, est banal; il intériorise et perpétue la dépression qu'il prétend dénoncer. L'analyse du modèle français, confuse, ne met pas assez l'accent sur les composantes autoritaires de celui-ci; il n'y pas que les britanniques et les suisses qui renaclent à considérer comme démocratique un tel modèle... La "construction" d'une vision d'avenir parait bien rhétorique. Le vieux thème de la décadence hantait dèjà les coloniaux. Quant aux mouvements d'idées sans profondeur, qui peut croire "l’émancipation du genre humain comme aboutissement de l’histoire universelle", portée bien sûr par la France, était autre chose qu'une mise en scène légitimante de l'ordre établi?
Bien sûr que comparer nos Histoires peut être intéressant. Mais cela doit être bien fait. Ne réduisons pas l'Histoire à l'Histoire politique, ni la nation à l'Etat.
Rédigé par: ShereKhan | 09 juillet 2009 à 22:54
@ShereKhan
Citez nous des intellectuels et donnez nous des pistes de réflexion vraiment intéressantes.
Je ne sais pas ce que vous signifiez par "mouvements d'idées sans profondeurs"?
On est tous héritiers de l'Histoire. Consciemment et inconsciemment, nos actes et nos pensées sont déterminés, dans une certaine mesure, par l'Histoire. C'est intéressant de se demander quel effet l'héritage du passé peut au avoir au niveau sociétal. Et d'où vient cet héritage. L'histoire de la Suisse et de la France, par exemple, sont étroitement liées: la langue, le franc suisse, le conseil fédéral, le code civil en sont sans doute les meilleurs exemples pour la Suisse. Pour la France, Marat, Necker, Jean Jacques Rousseau, le Massacre des Suisses sur la cour carré à Versailles pendant la Révolution, voilà des hommes et des faits marquants qui lient nos histoires. Qu'en reste t-il aujourd'hui dans notre conscience et dans nos comportements? Ce n'est pas une question inintéressante.
C'est sans doute très complexe, car une simple phrase comme celle citée par Sylvain Besson "Les Français veulent un roi qu'ils veulent guillotiner." pose en elle-même un formidable problème: la France est un vieux pays, mais depuis quand les Français ont-ils conscience d'être français? Pour certains historiens, la nation française naît véritablement pendant la révolution avec la victoire de Valmy (1792), alors que paradoxalement le pays est aussi en guerre civile. Ceci est vrai pour la France mais pour tout autre pays. Que dire de l'Italie par exemple dont l'unité territoriale date du 19èm siècle. La célèbre bataille de Solférino rendra d'ailleurs le suisse Henri Dunant célèbre. Les histoires sont imbriquées les unes dans les autres et c'est intéressant de s'y plonger parfois pour mieux comprendre nos différences et aussi ce qui nous lient étroitement.
Rédigé par: bonbenoui | 08 juillet 2009 à 19:42
Je ne trouve pas l'interview de M. Gauchet très intéressante, désolé. N'avez-vous personne d'autre à interviewer que des intellectuels fumeux qui commentent sur des personnages futiles et des "mouvements d'idées" sans profondeur? Quant à l'Europe qui aurait pour atout d'être le "continent le moins ethnocentrique", il semble que tout le monde ne soit pas d'accord sur la valeur d'un tel "atout"...:)
Rédigé par: ShereKhan | 08 juillet 2009 à 10:42
J'ai lu votre interview, vraiment très intéressante. Je suis curieux d'en savoir davantage sur l'argumentation de Marcel Gauchet.
Ce qui me surprend, c'est l'affirmation que la France veut jouer un rôle de premier plan sur le globe. Ma génération (années 80) a le souhait , je crois, que la France joue humblement son rôle au sein de l'Europe, qu'elle donne davantage d'initiative aux citoyens. C'est ma conviction intime. Avant que notre génération passe aux commandes il faudra encore un peu de temps, 30 ans...
Rédigé par: bonbenoui | 07 juillet 2009 à 13:41
Il n'y a pas qu'en France que l'Etat se considère comme seul dépositaire du bien commun. C'est là notre principal problème, peut-être, dans les pays occidentaux, car cela empêche la société civile de se développer.
Quant au Conseil d'Etat, tout à fait d'accord mais le problème commence dès le tribunal administratif: une "justice" composée de fonctionnaires ou d'anciens fonctionnaires, qui "font confiance" aux administrations - violant ainsi allègrement le principe d'égalité des citoyens devant la loi -, et qui vous obligent à disposer d'entrée de jeu de tous vos arguments définitifs - donnant ainsi une solide prime à ceux qui, bien organisés au départ et assistés de coûteux avocats, sont déjà armés pour utiliser le bref délai de recours de deux mois avant prescription.
Rédigé par: ShereKhan | 07 juillet 2009 à 11:43