On m'a interviewé ce matin, pour la énième fois, sur les rapports entre les journalistes français et Sarkozy. Mais un déjeuner avec un collègue parisien, actuellement en quête d'une rédaction accueillante, m'a persuadé que le principal problème ne se situe pas là. Il est fait, au contraire, de milles et unes petites règles internes, mesquines, qui rendent la presse française beaucoup plus souffreteuse, émoussée et médiocre qu'elle ne devrait l'être.
Le règne des chapelles politiques: Croyez-le ou non, mais dans de certains titres, la distribution des places et des sujets obéit à des critères dignes d'un congrès du Parti socialiste. Par exemple, le Nouvel Observateur a la réputation d'attribuer les postes en fonction du positionnement de chacun par-rapport aux différents courants du PS. Un ami chef de service, qui avaient eu le malheur d'afficher quelques sympathies pour Dominique de Villepin, est au placard depuis deux ans.
Le refus des sujets difficiles: Affaires sensibles, investigation pouvant toucher à des amis du pouvoir (là, on retombe sur Sarkozy)? Exclu d'y toucher dans de nombreux titres - à commencer par le Journal du Dimanche et Paris-Match. La simple réputation de fouineur, amateur de ce genre de sujets, suffit à vous casser lors de l'entretien d'embauche.
La tyrannie des petits chefs: Là, on a l'embarras du choix, mais le Parisien semble réputé pour la mesquinerie de certains cadres à l'utilité incertaine, dont le seul plaisir est de couper les articles de leurs subordonnés, quand ils ne les font pas simplement sauter sous des prétextes fumeux.
Copinage et piston: Embauches et promotions restent largement guidées par les recommandations des directeurs. Vous êtes l'ami d'untel, dont la tête ne leur revient pas? Votre CV finira à la poubelle. Se défaire de la réputation de "copain de..." peut prendre des années. Il paraît que le Canard enchaîné a la rancune tenace.
Les journalistes payés à ne rien faire: Au Monde, au Figaro, à Libération, ils sont encore nombreux à n'écrire qu'une fois toutes les trois semaines - quand ils écrivent. Conséquences des "placardisations" politiques ou pistonnesques évoquées plus haut, les rédactions sont pleines de journalistes sous-employés. Il faut dire que virer quelqu'un est pratiquement impossible: lorsque Libération a essayé, la journaliste concernée, Madame C., s'est lancée dans une grève de la faim qui lui a valu un confortable matelas d'indemnités.
L'ambiance détestable: "Alors là-bas, c'est l'horreur!" Que n'ai-je entendu ce genre de jugement au sujet de rédactions prestigieuses - celle du Monde revient régulièrement. Pour ne parler que de ce que je connais, une partie non négligeable de la journée, à Libération, se passe en engueulades, cassages de sucre mutuels et vitupération contre "ces chefs qui ne comprennent rien". Alors, la prochaine fois que vous entendrez un journaliste français dire que "la presse va mal", vous saurez pourquoi.





Ce qui me frappe pour ma part, c'est que les français sont malhonnêtes en affaires. L'abus est général et ce qui est extraordinaire, c'est que comme il n'y a pas de croyance en la communauté, ceux qui abusent se croient très malins, alors qu'ils contribuent à détruire la société dans laquelle ils vivent. J'ai travaillé dans l'interim management et je n'ai jamais vu en France une entreprise qui dévoilait les prix qu'elle faisait au client final. L'une facturait mes services à 9000 FF/j et me payait 1000 FF/j... En Belgique, le même type d'entreprise me proposait les deux tiers de sa facturation finale, dans la transparence la plus totale.
Rédigé par : ShereKhan | 22 juin 2009 à 16:05
La réaction de Locuste pourrait faire croire que M. Besson ne le sait pas, mais c'est vrai qu'au fond, il a toujours mal à la France.
Je rajouterai une chose passée inaperçue, c'est que le travail de ces journalistes français Sylvain Besson ne le met pas en cause, donc qu'ils le font bien, sauf à le faire dans des circonstances où, sans doute, le Temps, l'Hebdo ou l'Illustré offriraient de meilleures conditions de travail et d'ambiance. reste à voir... Genève et Lausanne sont loin de Paris.
Pour le résultat et la qualité, c'est autre chose: j'ai déniché sur le web la première page de l'Illustré en date du 8 juin 1944, annonçant le débarquement des Alliés sur les côtes de Normandie et sur le fond c'est plutôt gratiné !!
http://accesnomade.blog.lemonde.fr/2009/06/20/la-suisse-des-annees-40-27/
Rédigé par : Nomade | 21 juin 2009 à 15:23
"Et si le mal de la presse ne serait plutôt d'une déconnection totale avec les préoccupations des français, de leurs vies ?"
Peut-être pourriez vous préciser ce que vous voulez dire par là? Sans quoi cette remarque relève du plus pur bavardage de café du commerce. Au passage, les journalistes français sont des français comme les autres. D'ailleurs, vous le constatiez une phrase plus haut, mais entretemps vous avez du oublier.
Désolé que vous n'ayez pas pu trouver place sur le marché du travail, mais la vie doit continuer... Et en ce qui concerne votre sur qualification, elle ne semble pas porter sur la syntaxe, donc vous auriez tort de jalouser ceux qui travaillent au sein d'une rédaction.
Rédigé par : Locuste | 20 juin 2009 à 11:54
La description est sans doute exacte, mais elle s'applique à pas mal de secteurs en france. Le secteur des médias ne fait qu'ajouter une dose de superficialité.
Rédigé par : ShereKhan | 18 juin 2009 à 15:18
Pauvres petits lapins défavorisés. Je vous propose d'échanger ma vie de chômeur surqualifié contre cet enfer que semble être une rédaction d'un grand journal.
Tyranie des petits chefs, copinage et pistons, ... comme dans n'importe quel secteur professionnel en fait ?
Et si le mal de la presse ne serait plutôt d'une déconnection totale avec les préoccupations des français, de leurs vies ?
Pardonnez mon acidité, mais je côtoie pas mal de journalistes et je n'en peux plus de vous entendre vous plaindre.
Rédigé par : ArnoldB | 17 juin 2009 à 12:32