Les commentaires vont bon train après la catastrophe de dimanche, qui a vu le Parti socialiste régresser de douze points aux élections européennes. Le constat dominant, au sein du PS, est que la gauche traditionnelle ne séduit plus: elle est jugée "ringarde", décalée, incapable d'apporter une "espérance", comme le disait Manuel Valls au soir de la débâcle.
Parmi les causes de ce dépérissement, l'une me semble fondamentale: le PS est devenu le Parti de défense des fonctionnaires. Lorsque les médecins rejettent la réforme de l'hôpital, le PS apporte son soutien. Lorsque les étudiants et les professeurs occupent leurs universités, le PS applaudit. Lorsque les cheminots font grève, le PS est là, encore et toujours, pour souligner combien ils ont raison.
Sur les autres sujets, les socialistes sont plus discrets. Ils n'ont pas osé clamer haut et fort, durant la campagne, leur soutien à une forme de protectionnisme commercial, pourtant cher aux courants Fabius et Hamon. Et ils n'ont pas soutenu très vigoureusement l'entrée de la Turquie dans l'UE, alors qu'ils y sont favorables.
Le politologue Marc Lazar me disait récemment que les fonctionnaires ont remplacé la classe ouvrière comme sujet de préoccupation principal du PS. Ce n'est pas déshonorant, mais cela entraîne quelques inconvénients: un discours répétitif et prévisible sur le thème "Sarkozy casse le modèle français" - alors qu'il ne casse rien du tout -; une lutte désespérée contre ceux qui, plus à gauche que lui, chassent le même gibier fonctionnarial; une incapacité profonde à être gai, optimiste, innovant. Progressiste, quoi.
Daniel Cohn-Bendit, qui a humilié le PS dimanche avec le score de sa liste verte, suggère aux socialistes de "changer de disque dur". Arrêtez de vouloir à toute force relancer la consommation (dont l'excès a précipité la crise), dit-il, et arrêtez de défendre envers et contre tout les structures administratives françaises défaillantes, comme les universités (lui est pour l'autonomie). Reste à voir si le PS est capable d'une telle mutation. J'en doute, mais on ne sait jamais.





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