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avril 2008

30 avril 2008

Je suis de gauche, moi, môssieu!

Les réactions courroucées des internautes de gauche qui me font l'honneur de fréquenter ce blog ont ravivé en moi une vieille question: pourquoi y a-t-il tant de gens, en France, qui éprouvent le besoin de proclamer constamment leur appartenance à la gauche?Panneau

Je me rappelle être monté dans un taxi avec une sociologue, Jeanine Mossuz-Lavau: nous revenions tous les deux d'une conférence organisée par des gens de l'UMP. «Je suis de gauche», m'expliqua-t-elle d'emblée, alors que je ne lui avais rien demandé. J'ai vu plus tard qu'elle s'était inscrite au comité de soutien de Ségolène Royal.

A l'inverse, on m'a décrit la pénible situation d'une productrice de Canal+ qui a voté Sarkozy. Elle est la seule dans son milieu, et les gens la regardent bizarrement lors des dîners. Elle n'ose pas avouer qu'elle est de droite dans son entreprise, parce que ses collègues sont culturellement «progressistes».

Peut-être qu'un jour, les Français de gauche comprendront qu'on peut voter écologiste aux européennes, Sarkozy à la présidentielle et socialiste aux municipales - bref, qu'il est possible, voire souhaitable de changer de camp en fonction des enjeux, des programmes ou des candidats. Et qu'il n'y a pas besoin de revendiquer toute sa vie une étiquette politique pour être un citoyen libre et rationnel.

23 avril 2008

Soutenir la Commune, c'est progressiste ou réactionnaire?

Dans sa nouvelle «Déclaration de principes», le Parti socialiste déclare qu'il «revendique le souvenir de la Commune». Pourquoi? «Ça a été une lutte politique, sociale, nationale, m'a expliqué l'un des auteurs du texte, Alain Bergounioux. Nous ne renions rien de la tradition.»

Rf Pour mémoire, la Commune fut un mouvement insurrectionnel qui exerça brièvement le pouvoir à Paris en 1871 avant d'être écrasé dans le sang. Elle reste une référence de l'extrême gauche qui y voit une rare expérience de communisme authentique. Mais cet épisode fut aussi marqué, côté communard, par des exécutions sommaires d'otages, un climat d'anarchie, voire de terreur, et la destruction délibérée de deux chefs-d'œuvre de la Renaissance, le palais des Tuileries et l'Hôtel de Ville de Paris, qui n'avaient rien fait à personne.

Au risque d'être à nouveau taxé de «réactionnaire» par Martin, je me demande si le Parti socialiste n'aurait pas mieux fait de «renier», ou au moins critiquer, une tradition qui consistait à brûler des monuments historiques, fusiller des citoyens et procéder à des expropriations sauvages. Mais il est vrai qu'en France, il suffit parfois de dresser des barricades et de faire peur au bourgeois, même si cela ne mène à rien de bien constructif, pour bénéficier d'un fort capital de sympathie. C'est grave, docteur?

22 avril 2008

En France, l'élitisme s'apprend dès l'enfance

J'ai déjeuné l'autre jour avec un père inquiet. «Mon fils ne veut plus descendre la poubelle, ni faire la vaisselle, m'expliquait-il. Il ne veut plus faire de sport et il a le teint tout vert. Dès qu'on lui demande un service, il répond qu'il ne peut pas, qu'il est en prépa.»

Dessin La maladie dont souffre l'ado de mon ami s'appelle l'élitisme. Elle frappe les jeunes issus de milieux non-défavorisés que leur famille a inscrit dans un lycée prestigieux (Louis-le-Grand, dans ce cas précis) afin de préparer les concours des grandes écoles. Et ses effets les plus dévastateurs sont psychologiques.

«Le système les coupe très vite des jeunes de leur âge, constate le père précité. Tous les jours, on leur dit qu'ils sont l'élite, qu'ils ne sont pas comme les autres. Du coup, ils croient qu'ils ont plus de droits que le commun des mortels.»

Enfermés dans leurs internats, bûchant sans cesse, ces pupilles de la Nation développent un mépris instinctif de leurs concitoyens moins cérébraux. En revanche, ils vouent un culte fervent à la République, vue comme une «nounou» qui, en échange de leur labeur, leur réserve les meilleures places de la société future.

C'est encore un de ces absurdes paradoxes français. On a vu récemment des milliers de lycéens descendre dans la rue pour défendre leurs établissements mal fichus au nom d'une prétendue égalité. En réalité, ils sont les victimes d'un système qui sélectionne les meilleurs pour alimenter la technostructure et laisse les autres se débrouiller avec les moyens du bord. Au lieu de demander des sous au ministre, ils feraient mieux d'aller protester devant Louis-le-Grand.

15 avril 2008

Critiquer la France, un sport dangereux

Un éditeur parisien m'avait mis en garde il y a quelques mois: «En ce moment, la France va mal. Soyez subtil si vous la critiquez, les gens risquent de réagir violemment.» Je ne l'ai sans doute pas assez écouté, puisque les messages hargneux s'accumulent sur ce blog, m'enjoignant d'un ton sec de me taire ou de quitter le pays.France_2

«Votre parti pris contre les Français devient grotesque [...], allez respirer l'air pur de vos montagnes », lance ainsi gabchem. Il est suivi par une cohorte d'internautes qui dénoncent alternativement la francophobie des Suisses romands (un problème réel, mais je pense limité) ou le provincialisme de votre honorable correspondant. Les commentaires plus agressifs sont parfois teintés de militance «progressiste», comme celui d'Olivier: «Evidemment, vu depuis un bureau genevois, ça fait ringard. Mais que peut-on connaître de la révolte quand on vient de l'opulente et égoïste Suisse?».

En fait, j'habite à Paris. Mais François Toulouse, lavie-durail et d'autres me conseillent de rentrer en Helvétie, puisque j'ai le front de critiquer la République qui m'accueille. Une version moderne, et hexagonale, du «allez voir si c'est mieux à Moscou» de la Guerre froide.

Par bonheur, un autre groupe, à peu près aussi nombreux, prend ma défense: «Ils ne nous ont rien fait, les Suisses, ils ne sont pour rien dans cet histoire», explique Tom, tandis que David enjoint ses compatriotes d'abandonner la «nostalgie de la lutte des classes» qui teinte certains commentaires.

A l'issue de cet échange, j'ai pris deux bonnes résolutions. Pour ne pas être accusé de seulement «casser», je vais rédiger un billet sur la «France qui marche» - et j'en profite pour lancer un vibrant appel aux contributions externes. Ensuite, je vais essayer de comprendre pourquoi la France, comme le disait l'éditeur précité, est un pays malheureux. Ce qui explique sans doute la hargne de mes contradicteurs les plus virulents.

13 avril 2008

Commer gérer l'overdose de manifestations?

Manif_pix1 Au risque de me faire à nouveau insulter - je reviendrai, plus tard, sur les réactions virulentes que suscite ce blog de la part de certains défenseurs des «valeurs républicaines» - j'aimerais relever un problème né de la propension des Français à manifester. Car il n'est pas facile, ces jours-ci, d'être un bon citoyen engagé dans l'Hexagone.

Par exemple, si vous sympathisez avec les sans-papiers victimes de taudis insalubres, mais aussi avec les malades du sida appauvris par les franchises médicales, vous auriez dû participer à deux manifestations samedi (à Paris, près de l'Opéra et devant le ministère de la Santé).

Et si vous êtes un lycéen ou un enseignant opposé à la fois aux suppressions de postes dans l'éducation et à la modernisation du marché du travail, il vous faudra descendre dans la rue deux fois mardi, à peu près aux mêmes heures (début d'après-midi), mais pas forcément aux mêmes endroits.

Enfin, si, en plus de tout le reste, vous vous inquiétez pour votre salaire et votre retraite et que vous habitez en Ile-de-France, il vous faudra défiler deux fois jeudi (le syndicat Force ouvrière réussissant l'exploit d'appeler ses adhérents à participer aux deux manifestations).

Un affreux étranger ultralibéral pourrait suggérer aux Français de manifester un peu moins. Alternativement, il faudrait demander aux organisateurs de ne pas agender leurs marches de protestation à la même date. Comme ça, on pourrait aller manifester pour tout, tous les jours.

10 avril 2008

Les ravages de la bonne conscience à la française

A quoi servent les universités françaises ? A rien, me répondait l’autre jour un ami mathématicien, citant les taux d’échec astronomiques, le chômage massif à la sortie et le fait que les étudiants doués sont presque tous absorbés par les grandes écoles, loin des facs.

Sorbonne Mais à la réflexion, m’expliquait le mathématicien, l’université française sert bien à quelque chose: elle donne bonne conscience à tous ceux qui pensent que le pays des Lumières dispense à ses enfants une éducation «progressiste» et digne des «valeurs républicaines». L’idée est belle, tant pis si les résultats ne sont pas au rendez-vous.
La situation est assez semblable dans la presse. Au nom des idéaux de la Libération (lutter contre les «puissances d’argent» qui avaient vendu le pays aux nazis), on a créé un secteur économiquement bancal, soumis au syndicat des imprimeurs et financé par l’Etat à hauteur de 1,4 milliards d’euros par an. Résultat: beaucoup de journaux crevotent lentement, mais l’esprit «républicain» est sauf.

Le Code du travail ou celui des impôts sont d’autres exemples de ce travers bien français. On promulgue des lois censées rendre justice au «travailleur» et si cela crée, dans les faits, du chômage et de la pauvreté, il suffit de blâmer le «vent mauvais du libéralisme» (dixit Ségolène Royal) ou de demander «plus de moyens» (c'est-à-dire plus d’argent public) à l’Etat.

Pendant ce temps, la Grande-Bretagne prosternée devant la finance, la Suisse et ses gnomes bancaires ou l’Allemagne avec son pragmatisme froid s’en sortent mieux. Cherchez l’erreur.

08 avril 2008

Lagarde dénonce le niveau trop bas du franc suisse

LagardeChf_3 L'industrie française, déjà mal en point, va-t-elle devoir affronter une concurrence déloyale de la Suisse? Autrefois affreusement cher, le pays des Helvètes est devenu, grâce à la flambée de l'euro, beaucoup plus abordable. Avec des conséquences sympathiques: un chômage ridicule (2,6%) et des exportations industrielles en hausse.

Mais Christine Lagarde, la ministre française de l'économie, voit les choses autrement. Pour elle, c'est le franc suisse qui est trop bas: «Votre monnaie, d'ailleurs, est sous-évaluée», a-t-elle lancé jeudi dernier aux correspondants parisiens de deux journaux suisses.Chf2_2

Je me permets ici une remarque personnelle: en tant qu'expatrié suisse à Paris, mon salaire a fondu à mesure que l'euro battait de records (il est monté jusqu'à 1,68 franc suisse). Hier, il était redescendu à 1,59 CHF. Le franc suisse n'est donc pas si «sous-évalué» que ça.

Sur la photo: Christine Lagarde en compagnie de Hans-Rudolf Merz, son homologue suisse, au Forum économique mondial de Davos. (photo Keystone)

Pas d'austérité pour les buffets de la République

Champagne La cure d'amaigrissement que Nicolas Sarkozy veut imposer à l'Etat français a commencé de façon surprenante, vendredi, au ministère des Finances. A peine le président avait-il terminé son discours sur la «modernisation des politiques publiques» que les centaines de fonctionnaires présents se sont rués sur un somptueux buffet apporté - aux frais du contribuable - par le service traiteur du Bon Marché, le plus cher des magasins parisiens.

Une rapide enquête auprès de cet établissement permet d'évaluer le prix de ce «18 pièces» - un buffet avec 18 sortes de mets - à quelque 5000 euros, sans compter le champagne, whisky et eaux minérales qui l'accompagnaient. Mais comme le ministère des Finances est un client régulier du Bon Marché, il a eu droit à un «prix spécial», précise le grand magasin sans dévoiler le montant.

L'agape de Bercy était modeste comparée aux buffets somptueux servis à l'Elysée pour le 14 juillet ou les voeux aux journalistes, au début de l'année. Il n'empêche: goberger la fonction publique de petits fours et d'alcools fins est une drôle de façon de réduire les dépenses. En Suisse, les buffets se résument en général à quelques chips, des carrés de Gruyère et du vin blanc médiocre. La France sait ce qui lui reste à faire si elle veut revenir à l'équilibre financier.

02 avril 2008

Ne parlez plus d'Identité nationale à Hortefeux

Hortefeux Sans son ministère de l'Identité nationale, Nicolas Sarkozy n'aurait peut-être pas été élu président. Mais aujourd'hui, Brice Hortefeux préfère éviter le sujet. Je lui ai posé la question ce matin à l'Assemblée nationale: «La promotion de l'Identité nationale, ça avance?» Réponse du ministre: «Vous définissez ça comment, vous?»

Brice Hortefeux précise qu'en 10 mois d'activité, son ministère n'a pas pondu un seul document expliquant ce qu'est l'Identité nationale de la France. «On pourrait mener une réflexion à ce sujet», hasarde-t-il. Et il ajoute comme pour se défendre: «Partout où je vais en Europe, les gens me parlent de leur identité.» Alors pourquoi est-il si réticent à en parler? Peut-être parce que l'identité nationale, ça n'existe pas? Allons donc... (photo Keystone)

Sylvain Besson, correspondant du «Temps» en France, vous fait découvrir les coulisses du pouvoir et ses meilleures adresses parisiennes.


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