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février 2008

27 février 2008

L’art français d’être à côté de la plaque

Face à un vrai problème, posez la mauvaise question. Le réflexe est courant chez certains intellectuels français, comme le montrent le récent appel de «Marianne», jugé «caricatural et grotesque» par l’Elysée, et les inquiétudes du patron de «Libération», Laurent Joffrin, qui dénoncent tous deux l’instauration rampante d’une «monarchie élective» en France.

Marianne1 Louisxiv Leur préoccupation paraît légèrement à côté de la plaque, au moment où Nicolas Sarkozy dévisse dans les sondages, où la presse le descend en flammes et où le premier ministre François Fillon retrouve un rang conforme à l’ordre institutionnel. Mais Joffrin, «Marianne» et les signataires de l’appel – François Bayrou en tête – n’en démordent pas : selon eux, il y a un risque de dérive autoritaire, la liberté de la presse est en danger, les fous de Dieu menacent la séparation de l’église et de l’Etat, etc.

Le problème n’est même pas que ces postulats soient faux. Mais plutôt qu’ils passent à côté des enjeux de la vie réelle en France: salaires trop bas, industrie pas assez compétitive, système social coûteux et mal financé. L’ennui, c’est que la majorité des intellectuels français ne connaissent rien, ou pas grand-chose, à l’économie. Du coup, personne n’a fait circuler de pétition pour soutenir la grève des caissières. Dommage.

22 février 2008

A quand la fin des jacqueries?

Sympathique ambiance, ce matin, à Charleville-Mézières (Ardennes): une odeur de pneus brûlés empuantissait les rues, des fumées noires d’incendie se répandaient dans la ville, des policiers étaient en faction un peu partout. A l’origine du sinistre, une manifestation des ouvriers de Lenoir et Mernier, fonderie locale promise à la fermeture.

On ne peut guère en vouloir à ces travailleurs en détresse: ils ne font qu’utiliser le langage traditionnel des revendications politiques en France. Que l’on soit pêcheur, paysan ou banlieusard, il importe de brûler, bloquer ou casser pour être entendu. Seuls les groupes disposant de solides appuis politiques, ou de relations dans les médias, semblent pouvoir faire l’économie de la violence.

De ce point de vue, la France n’est pas vraiment sortie du Moyen Age. A cette époque, de brutales révoltes paysannes – les jacqueries – ou des insurrections citadines, plus rares, secouaient l’ordre féodal du royaume. Après une sanglante répression et parfois des concessions du pouvoir, le calme revenait. Aujourd’hui, on ne pend plus les émeutiers aux murs des forteresses, mais les jacqueries continuent. Jusqu’à quand?

20 février 2008

L'avalanche annoncée des bouquins anti-Sarkozy

L'anti-sarkozysme est un excellent filon éditorial: les «Chroniques du règne de Nicolas 1er», de Patrick Rambaud, ont franchi le cap des 100'000 exemplaires. Et ce n'est qu'un début. D'ici au 6 mai, premier anniversaire de l'accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, les livres dénonçant les travers du président devraient se multiplier. «C'est énorme, ça motive beaucoup, beaucoup de gens», commente un éditeur.

Sarkochasse_4Leotard Parmi les ouvrages en préparation, le «Ça va mal finir» de François Léotard devrait être l'un des plus remarqués. L'ex-ministre de droite, qui avait côtoyé Nicolas Sarkozy dans le gouvernement Balladur de 1993-1995, affirme qu'il a voté pour lui et que depuis, il «dort mal». «Il déroule les événements depuis 2007 et dit que tout le déçoit», explique-t-on chez Grasset, son éditeur.

Certains professionnels  du secteur se demandent toutefois si le marché ne risque pas d'être bientôt saturé. De leur côté, les stratèges de l'UMP comptent  sur la lassitude de l'opinion face à la vague de critiques visant le chef de l'Etat pour limiter les dégâts aux municipales. «Certains médias se rendent compte qu'ils sont allés trop loin, on observe un certain reflux», confie un responsable du parti présidentiel. Mais les Sarko-boys se font peu d'illusions: au mieux, il faudra plusieurs mois à leur patron pour remonter la pente dans les sondages.

13 février 2008

Et si tout était la faute de la Libération?

Il paraît que si les journaux français vont mal - «Le Monde» a encore perdu 20 millions d'euros en 2007, «Le Figaro» 10 millions - c'est à cause de la Libération. Selon le spécialiste Patrick Eveno, le système bâti à cette époque pour préserver la presse du grand capital, et qui offre un quasi-monopole à la CGT dans l'impression, a créé un secteur «anti-économique» qui, pour survivre, dépend des aides publiques et des subsides de quelques milliardaires proches de Sarkozy.Liberation

Mais une foultitude d'autres maux français sont aussi dus à la Libération. Les syndicats peu représentatifs et grognons, le droit du travail hyper-rigide, la Sécurité sociale en déficit permanent ont pris forme dans ces années tumultueuses. La fiscalité des entreprises, qui visait à financer la protection sociale grâce aux armées de travailleurs enrôlés dans les usines, reste basée sur l'économie industrielle de l'ère fordiste. Quant à l'alliance gaullo-communiste qui régissait la France à l'époque, elle a engendré une idéologie antilibérale qui reste prévalente dans de nombreux secteurs des médias et de la politique.

L'armature socio-économique héritée de l'après-guerre a tellement perdu de sa superbe qu'on en oublierait presque que la Libération a été une bonne chose, puisqu'elle a débarrassé la France de l'occupant nazi. Pour le reste, il est peut-être temps de tourner la page.

11 février 2008

Perte de sang-froid à l'Elysée face aux «conneries» des médias

La chute de David Martinon à Neuilly, l'affaire du (faux?) SMS publié par le site nouvelobs.com, les mauvais sondages ont eu raison des bonnes relations entre l'Elysée et les journalistes. La semaine dernière, «Le Temps» appelle un conseiller de la présidence au sujet du conservatisme des élus de droite face au rapport Attali. L'interlocuteur élude et insiste plutôt sur «la connerie des médias» qui, après avoir porté son patron au pinacle, exagèrent ses difficultés. «Cela passera», soupire le conseiller avant de conclure l'entretien.

Martinon4 Lundi, rebelote. Votre honorable correspondant appelle le service de presse de l'Elysée au sujet de David Martinon, porte-parole lâché par le fils du président à Neuilly. Peut-il continuer à travailler normalement, Nicolas Sarkozy lui garde-t-il sa confiance? Questions taboues! «C'est hyper-déplacé... laissez-le tranquille! C'est fou, quoi, répond un membre du service de presse. Il en a pris plein la gueule tout le week-end, acharnez vous plutôt sur ceux qui l'ont fait tomber!» Parmi les suspects potentiels, Franck Louvrier, peu apprécié de Cécilia dont Martinon était le favori, et qui n'est autre que... le chef du service de presse.

Devant tant de fébrilité, on se prend à espérer que Nicolas Sarkozy, lui, garde son sang-froid face à l'avalanche de mauvaises nouvelles. Mais ses dernières trouvailles  - allocution improvisée sur l'Europe, dimanche, pour faire oublier l'affaire Martinon, et avance de 200 euros aux retraités modestes - ont eu peu d'écho. Entre Sarko et les médias, il y a un charme qui n'agit plus.

06 février 2008

Pas de balade en pirogue pour Nicolas et Carla

Osera-t-il ou n'osera-t-il pas? La question obsède les rédactions parisiennes à l'approche du voyage de Nicolas Sarkozy en Guyane, les 11 et 12 février prochains. Les journalistes se demandent si le président refera le coup de la balade en pirogue devant les caméras, non plus avec Cécilia, comme en juin 2006, mais avec Carla Bruni-Sarkozy.

Guyane Aux yeux des médias, cette question de pirogue est même devenue un test décisif: si Nicolas Sarkozy ose réitérer l'escapade sur le fleuve avec sa nouvelle femme, il montrera qu'il est incorrigible, provocateur et désespérément accro aux images «people».

Mais l'Elysée se veut rassurant: «Je ne pense pas qu'elle viendra», explique le chargé de communication de la présidence, Franck Louvrier. C'est un voyage très court, et en plus, elle est assez occupée» - allusion à la sortie prochaine du nouvel album de Carla Bruni.

Ledit Louvrier précise que Nicolas Sarkozy «n'a jamais cherché à se pipoliser. Mais il est populaire, donc il fait vendre. Les excès [en matière d'exposition de sa vie privée] ne sont pas de son fait, ils sont dus aux médias».

05 février 2008

Bouffées délirantes de chauvinisme en France

Superdupont3 Quelques-unes des réactions à notre «Dictionnaire de la France qui ne marche pas» le montrent: certains Français supportent difficilement qu'on critique leur pays. L'automne dernier, déjà, un article de «Time» annonçant la «mort de la culture française» avait suscité des réactions indignées. Plus récemment, un dossier du «Figaro magazine» consacré au «bonheur d'être français» a donné aux néo-chauvinistes une occasion de s'illustrer.

Starck Le designer Philippe Starck affirme ainsi: «Aucun pays n'a repris à la France son devoir de rayonnement, d'utopie, de proposition de société. Nous sommes le phare du monde.» Rien que ça! «Evidemment, il faut éviter d'être arrogant, ajoute Starck. [Mais] je préfère être arrogant et exister, que rien.»

Le propos peut sembler consternant. Mais quel autre pays peut prétendre au statut de «phare du monde»? Les scandinaves ont le modèle social, mais pas l'art de vivre. Les Etats-Unis devront attendre l'après-Bush. L'Europe manque de cohésion, l'Asie n'a aucun message universel. La Suisse est un pays presque parfait, mais petit. Momentanément, donc, la France peut continuer à revendiquer le titre. Par défaut.

Sylvain Besson, correspondant du «Temps» en France, vous fait découvrir les coulisses du pouvoir et ses meilleures adresses parisiennes.


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Les liens

WWW.BAKCHICH.INFO
Un spécialiste des sujets d’investigation (corruption, financements occultes…) qui nourrit de grosses ambitions de croissance.

WWW.RUE89.COM
Fondé par des anciens de «Libération», il s’est fait connaître par quelques scoops (Cécilia n’a pas voté au second tour…) «oubliés» ou censurés par les grands médias.

WWW.MEDIAPART.FR
Créé par l’ancien rédacteur en chef du «Monde», Edwy Plenel, le site vise à exporter le format «quality paper» sur le web.

WWW.NOUVELOBS.COM
Un des sites d’information les plus réactifs et les mieux achalandés.