« L'avalanche annoncée des bouquins anti-Sarkozy | Accueil | L’art français d’être à côté de la plaque »

22 février 2008

A quand la fin des jacqueries?

Sympathique ambiance, ce matin, à Charleville-Mézières (Ardennes): une odeur de pneus brûlés empuantissait les rues, des fumées noires d’incendie se répandaient dans la ville, des policiers étaient en faction un peu partout. A l’origine du sinistre, une manifestation des ouvriers de Lenoir et Mernier, fonderie locale promise à la fermeture.

On ne peut guère en vouloir à ces travailleurs en détresse: ils ne font qu’utiliser le langage traditionnel des revendications politiques en France. Que l’on soit pêcheur, paysan ou banlieusard, il importe de brûler, bloquer ou casser pour être entendu. Seuls les groupes disposant de solides appuis politiques, ou de relations dans les médias, semblent pouvoir faire l’économie de la violence.

De ce point de vue, la France n’est pas vraiment sortie du Moyen Age. A cette époque, de brutales révoltes paysannes – les jacqueries – ou des insurrections citadines, plus rares, secouaient l’ordre féodal du royaume. Après une sanglante répression et parfois des concessions du pouvoir, le calme revenait. Aujourd’hui, on ne pend plus les émeutiers aux murs des forteresses, mais les jacqueries continuent. Jusqu’à quand?

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/726244/26396462

Voici les sites qui parlent de A quand la fin des jacqueries?:

Commentaires

Ah les autres, c'est toujours le moyen-age...
Cette remarque me fait penser à celle de sarko sur le téléchargement: ceux qui étaient présentés comme des pirates étaient supposés avoir des comportements moyen-âgeux. C'est bien ça, comme on ne ressemble à ce que vous connaissez du monde on devient un archaïsme ou un truc incompréhensible...
Je pense simplement que l'on n'est pas du même monde. Les gens que vous décrivez ainsi sont des gens souvent très bien, lucides et simplement militant. Personnellement je les aime. C'est la France qui ne se couche pas. Evidemment, vu depuis un bureau genevois, ça fait ringard. Mais que peut-on savoir de la révolte quand on vient de l'opulente et égoïste Suisse ?

Bonjour Olivier, merci de votre sympathie. Elle est très importante. Ca fait chaud au coeur en ce moment de voire qu'on pense à nous, que des gens sont capable d'adopter le point de vue de l'intérêt général. Je suis de Charleville-Mézières et engagé à mon niveau de simple habitant dans ce conflit social.

Je voulais dire deux choses.
Les militants bien sûr ont un rôle dans cette histoire. Mais ce sont les Lenoirs et Mernier, les habitants de Bogny sur Meuse, de Charleville, les commerçants, qui sont mobilisés. Non pas parce qu'ils sont militants (en réalité, ils ne le sont pas ou peu), mais parce qu'ils n'ont pas d'autre choix.
En cela Monsieur Besson a raison. Les dirigeants de Lenoir et Mernier, les responsables du patronat local et la droite qui préside aux destinées industrielles chez nous se comportent en véritables féodaux. C'est ce contexte qui nous oblige quand survient la crise à réagir en brulant des pneus, en occupant les carrefours. C'est nous comme travailleurs qui sommes niés. On fait donc tout ce que nous pouvons pour manifester notre existence.
Nous avons bien compris cette mécanique féodale du pouvoir et c'est bien pour cela que le plan de reprise de l'activité que nous proposons repose sur l'économie sociale, c'est-à-dire une activité économique dans laquelle ce sont les salariés qui détiennent le pouvoir dans l'entreprise.

Cette mécanique féodale, concrètement, c'est un dirigeant d'entreprise qui reprend une boite mal en point avec l'argent du Conseil Général, c'est-à-dire du contribuable, le tout dans le cadre d'une décision du tribunal de commerce. L'un des acteurs de tout cela, c'est la chambre de commerce et d'industrie (dont l'une des tâches consiste justement à trouver des repreneurs). Or, qu'est-ce qu'on constate ? Que les juges du tribunal de commerce, les dirigeants et les adhérants de la CCI, les différents responsables du Conseil Général, tous ces gens sont les mêmes !
Le Président de la CCI est un membre éminent de l'UMP, le Président du Conseil Général UMP est un ancien responsable des chambres consulaires, les juges sont des dirigeants d'entreprises cooptés, etc. Les Ardennais votent pour 60% d'entre eux pour des conseillers généraux de gauche et pourtant, la gauche est groupusculaire au Conseil Général. Ils se nomment entre eux, se distribuent les entreprises entre eux et les principaux intéressés dans toute cette histoire, les salariés sont mis de côté.
Dans ces conditions, quand le tribunal de commerce refile à un patron une entreprise à redresser, il ne faut pas s'étonner que celui-ci ait les coudées franches pour piller la trésorerie, se verser à lui-même et à ses collaborateurs des salaires princiers, ne pas investir, ne pas prospecter les marchés, ne pas s'occuper de la production. Et tout cela doit prendre la forme d'un raid, le plus rapide possible pour ne pas permettre une prise de conscience des salariés.
C'est là que la comparaison avec l'ancien régime s'arrête. Dans le fond, cette économie casino, cette économie de prédateur est très moderne.
Une jacquerie consisterait à bruler le chateau, à réclamer l'argent des collectivités locales, à prendre le pouvoir politique.
Ce n'est pas ce qu'on veut. On ne déposera pas de liste aux élections. On ne veut pas l'argent des Ardennais, on veut l'argent que L'UIMM nous a volé pour relancer l'activité.

Pour terminer, je ne comprend pas très bien votre remarque sur l'opulence et l'égoïsme des suisses. Ils ne nous ont rien fait, les suisses. Ils ne sont pour rien dans cette histoire. Je ne comprend pas tout à la finance internationale et à tout ça, mais pour l'instant, les seuls suisses qui prennent contacte manifeste plutôt de la compréhension, de la compassion ou de la sympathie, selon leur sensibilité.

Hé oui, des enquêtes antérieures sur l'exercice du droit de grève en France et en Allemagne ont montré que la grève éclate en France souvent de façon sauvage, soudaine, fréquemment en association avec manifestations et parfois violences dirigées contre le pouvoir politique. Raison: le blocage du dialogue social en entreprise, dû à l'attitude rigide d'un patronat autoritaire et intransigeant.

A propos des grèves et notamment du taux de grève, je vous renvoie à deux pages internet.

http://gribeco.free.fr/spip.php?article44
http://www.acrimed.org/article2415.html

Le cliché du Français qui fait grève pour un oui ou pour un non est encore un cliché. Il suffit de lire les enquêtes à ce sujet. Je ne donne ici que 2 liens mais on en trouve beaucoup d'autres sur le web. Les Français ne font pas davantage grève que les autres européens mais ils manifestent de manière plus spectaculaire leur mécontentement, en particulier les employés des transports publics. Est-ce le reflet d'un certain archaïsme? En tous les cas comme le répètent les politiques, cela souligne la faiblesse des syndicats.
Cela dit, on ne peut pas mettre dans un même paquet les pêcheurs et les banlieusards. Leur révolte n'est pas du tout la même. Mettre un tas de fumier devant une prefecture en Bretagne ou brûler une voiture à créteil, ce n'est pas du tout comparable. Il faut aussi considérer l'ampleur que donnent les médias à des évènements anodins. Je me souviens de certaines grèves en face de la préfecture à Nantes. De petits mouvements. Au informations régionales ces petits mouvements de grèves ou d'agriculteurs en colère apparaissaient comme des mouvements de grande ampleur et la foule semblait immense alors qu'en réalité il ne s'agissait que de petits groupuscules. La CFDT et FO venaient souvent faire un barbec sur la ligne de tramway en face de la préfecture, griller quelques saucisses pour profiter du soleil printanier et repartaient sous les projectiles des CRS.
Ce sont

Poster un commentaire

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier

Sylvain Besson, correspondant du «Temps» en France, vous fait découvrir les coulisses du pouvoir et ses meilleures adresses parisiennes.


mai 2008

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  

Les liens

WWW.BAKCHICH.INFO
Un spécialiste des sujets d’investigation (corruption, financements occultes…) qui nourrit de grosses ambitions de croissance.

WWW.RUE89.COM
Fondé par des anciens de «Libération», il s’est fait connaître par quelques scoops (Cécilia n’a pas voté au second tour…) «oubliés» ou censurés par les grands médias.

WWW.MEDIAPART.FR
Créé par l’ancien rédacteur en chef du «Monde», Edwy Plenel, le site vise à exporter le format «quality paper» sur le web.

WWW.NOUVELOBS.COM
Un des sites d’information les plus réactifs et les mieux achalandés.