06 juillet 2009

La morne vie d'un espion français en Suisse

ESPION1 On pourrait imaginer le travail d'un agent secret en Suisse sous les couleurs les plus excitantes: dévaler des pistes de ski à la recherche de super-méchants; faire chanter avocats et banquiers à la recherche d'obscures transactions financières; filocher des Nords-Coréens, Iraniens ou Russes aux activités troubles...

Mais un ancien de la DGSE, le service de renseignement extérieur français, m'a décrit son séjour en Suisse de façon moins romantique. A son arrivée, le voilà convoqué à Berne pour un pénible sermon de trois heures par le chef de la Police fédérale (notre version du FBI, entre Pieds-Nickelés et inspecteur Derrick): "Il m'a dit que si je faisais quoique ce soit sans leur accord, ce serait l'explusion immédiate". Et voilà l'agent sommé de signer sur-le-champ des papiers garantissant son parfait respect des lois suisses, qui interdisent d'espionner.

Traumatisés par le fiasco du Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace sabordé dans les années 1980, les agents français auraient tendance à obtempérer. Du coup, leur principale source d'information sont souvent les journaux locaux - et même, ce qui m'a flatté, quelques articles de votre serviteur (toute cette histoire date d'avant mon arrivée à Paris).

A se demander si le détachement d'agents de la DGSE en Suisse sert vraiment à quelque chose... Mais c'est peut-être un truc de service secret: faire croire qu'on s'ennuie ferme, pour mieux agir dans l'ombre. Bizarre, mon agent secret avait tout de même l'air sincère...

Sarkozy et les Français, ou la peur de la guillotine

LOUIS XVI Pour qui aurait remarqué la prudence nouvelle de Nicolas Sarkozy - réforme des hôpitaux édulcorée après protestation des médecins, pourrissement patient du mouvement universitaire, extrême retenue face à des sujets tabous comme le marché du travail - j'ai peut-être un début d'explication satisfaisante. Le président, m'a-t-on soufflé rive gauche, aurait été à la fois effrayé et enthousiasmé par le concept de "peuple régicide" formulé par Marcel Gauchet: "Les Français veulent un roi qu'ils veulent guillotiner."

Autrement dit, en France, le chef de l'Etat a les pleins pouvoir - jusqu'à ce qu'il commette l'erreur fatale et trébuche. L'idée, transmise par son conseiller spécial Henri Guaino, aurait frappé Nicolas Sarkozy à un tel point qu'il répète désormais "attention avec les Français!" avec la ferveur du converti. Et qu'il agit en conséquence.

On en sort pas. C'est comme si la psyché française avaient été marquée pour l'éternité par la geste de la Révolution. Un récent essai publié par la Fondation pour l'innovation politique rappelle à quel point l'héritage de la période pèse lourd: un Etat qui se conçoit comme seul dépositaire de "l'intérêt général" - notion qui autorise à peu près n'importe quoi -; une méfiance bien ancrée envers tout ce qui ressemble à des gouvernement locaux ou à l'autonomie de la société, assimilés au féodalisme; l'incroyable institution du Conseil d'Etat, justice administrative qui court-circuite les tribunaux ordinaires lorsqu'un litige concerne les rapports entre le pouvoir et les citoyens.

Même si leur foi dans l'Etat s'est passablement fissurée ces dernières années, les Français, me disait l'autre jour Marcel Gauchet dans une interview, attendent encore de la politique qu'elle les fasse rêver, et leur offre une vision du monde. Sinon, gare à la guillotine.

25 juin 2009

Les espoirs fous de Strauss-Kahn pour 2012

Il y avait du beau monde, lundi à la guinguette du parc des Buttes-Chaumont, pour fêter les 60 ans de Dominique Strauss-Kahn: Bernard-Henri Lévy, Alain Minc, Laurent Fabius, Martine Aubry... Cet anniversaire un peu spécial avait un sous-titre politique clair: "Je suis encore là, je connais du monde, ne m'oubliez pas, je peux être le sauveur de la gauche en 2012".

DSK, aujourd'hui directeur du FMI, a bien fait rire l'assistance en plaçant dans son petit discours le mot "retour" - il s'agissait du retour de la croissance mondiale, mais l'allusion n'a échappé à personne.

A quoi songe l'ancien ministre des Finances, éclaboussé l'an dernier par une histoire d'adultère un peu ridicule? "Il aimerait être un Delors qui dit oui", aurait confié un proche, l'homme providentiel appelé par le peuple de gauche comme dernier recours pour empêcher la réélection de Sarkozy en 2012.

Anne Sinclair pousserait fort à la roue et se verrait bien première dame à la place de Carla. Mais les obstacles sont innombrables. L'usine à gaz des"primaires ouvertes et populaires" imaginées par Arnaud Montebourg - qui obligerait les candidats socialistes potentiels à se déclarer très tôt et à se soumettre à une éreintante campagne interne entre partis de gauche et d'extrême gauche - le condamnerait instantanément.

On peut compter sur les amis de "Dominique", nombreux au sommet du PS, pour torpiller de l'intérieur la dynamique des primaires. Mais les Français achèteront-ils la candidature d'un homme qui reste handicapé par son image de viveur, d'éléphant, d'ami des maîtres du monde, plein de rouerie mais éloigné des réalités du "peuple"? Réponse, peut-être, dans les prochains mois.

23 juin 2009

L'explosion des stéréotypes (2): la France vs "les Anglo-saxons"

Johnbull2 Ils en ont pris plein les oreilles, les Anglais de Paris, depuis le début de la crise financière. Le chaos économique mondial a fait ressurgir les stéréotypes dont les Français affublent le monde anglophone: ultralibéraux, vendus à la finance, ennemis de la France et de son "modèle social"... Autant de savantes considérations introduites par ce bout de phrase assassin, "vous, les Anglo-saxons"... 

Difficile, pour un étranger, de comprendre l'obsession française du complot anglo-américain. Barack Obama défend le port du voile islamique? Bien sûr, puisqu'il est "communautariste" (dixit Fadela Amara)! De l'invasion de l'Irak au scandale Madoff en passant les méfaits de "l'Europe libérale", tout, toujours, est de la faute des Anglo-saxons.

L'ex-secrétaire d'Etat Jean-Pierre Jouyet rappelait cette maxime de François Mitterrand: en cas de problème, allez voir les Allemands, brutaux et dépourvus d'humour mais efficaces, plutôt que les Anglais, agréables et prompts à la flatterie, mais avec qui les choses n'avancent jamais (l'entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté étant, on s'en doutait, un élément du complot anglo-saxon).  

Faut-il convoquer la guerre de Cent ans, la Seconde guerre mondiale ou les défaites au rugby pour expliquer la dent des Français contre les Anglais? Peut-être pas. Le contentieux est d'abord identitaire: l'Anglais (et apparentés) dessine en creux un portrait flatteur du Français: il est laid, nous sommes beaux; il boit de la bière, nous du vin; il vit sur une petite île froide et grise, nous habitons (merci la guerre de Cent ans) un beau pays de cocagne ensoleillé.

C'est peut-être ce qui explique la virulence, bien plus grande, des clichés anglais sur l'habitant de l'Hexagone (sale, désagréable, se nourrissant de chevaux et de grenouilles). En 2003, quelques jours avant la guerre d'Irak, j'avais assisté à Washington à une émission de CNN où un malheureux coiffeur français avait été sommé de justifier en direct sa présence aux Etats-Unis par un pathétique "I love this country". Le tout transpirait de chauvinisme et de militarisme abrutissant. Mais que voulez-vous? Ce sont des Anglo-saxons.

16 juin 2009

Les mille et un maux de la presse française

Presse_crieur On m'a interviewé ce matin, pour la énième fois, sur les rapports entre les journalistes français et Sarkozy. Mais un déjeuner avec un collègue parisien, actuellement en quête d'une rédaction accueillante, m'a persuadé que le principal problème ne se situe pas là. Il est fait, au contraire, de milles et unes petites règles internes, mesquines, qui rendent la presse française beaucoup plus souffreteuse, émoussée et médiocre qu'elle ne devrait l'être.

Le règne des chapelles politiques: Croyez-le ou non, mais dans de certains titres, la distribution des places et des sujets obéit à des critères dignes d'un congrès du Parti socialiste. Par exemple, le Nouvel Observateur a la réputation d'attribuer les postes en fonction du positionnement de chacun par-rapport aux différents courants du PS. Un ami chef de service, qui avaient eu le malheur d'afficher quelques sympathies pour Dominique de Villepin, est au placard depuis deux ans.

Le refus des sujets difficiles: Affaires sensibles, investigation pouvant toucher à des amis du pouvoir (là, on retombe sur Sarkozy)? Exclu d'y toucher dans de nombreux titres - à commencer par le Journal du Dimanche et Paris-Match. La simple réputation de fouineur, amateur de ce genre de sujets, suffit à vous casser lors de l'entretien d'embauche.

La tyrannie des petits chefs: Là, on a l'embarras du choix, mais le Parisien semble réputé pour la mesquinerie de certains cadres à l'utilité incertaine, dont le seul plaisir est de couper les articles de leurs subordonnés, quand ils ne les font pas simplement sauter sous des prétextes fumeux.

Copinage et piston: Embauches et promotions restent largement guidées par les recommandations des directeurs. Vous êtes l'ami d'untel, dont la tête ne leur revient pas? Votre CV finira à la poubelle. Se défaire de la réputation de "copain de..." peut prendre des années. Il paraît que le Canard enchaîné a la rancune tenace.

Les journalistes payés à ne rien faire: Au Monde, au Figaro, à Libération, ils sont encore nombreux à n'écrire qu'une fois toutes les trois semaines - quand ils écrivent. Conséquences des "placardisations" politiques ou pistonnesques évoquées plus haut, les rédactions sont pleines de journalistes sous-employés. Il faut dire que virer quelqu'un est pratiquement impossible: lorsque Libération a essayé, la journaliste concernée, Madame C., s'est lancée dans une grève de la faim qui lui a valu un confortable matelas d'indemnités.

L'ambiance détestable: "Alors là-bas, c'est l'horreur!" Que n'ai-je entendu ce genre de jugement au sujet de rédactions prestigieuses - celle du Monde revient régulièrement. Pour ne parler que de ce que je connais, une partie non négligeable de la journée, à Libération, se passe en engueulades, cassages de sucre mutuels et vitupération contre "ces chefs qui ne comprennent rien". Alors, la prochaine fois que vous entendrez un journaliste français dire que "la presse va mal", vous saurez pourquoi.

09 juin 2009

Et si la gauche était devenue un simple lobby?

Aubry-2 Les commentaires vont bon train après la catastrophe de dimanche, qui a vu le Parti socialiste régresser de douze points aux élections européennes. Le constat dominant, au sein du PS, est que la gauche traditionnelle ne séduit plus: elle est jugée "ringarde", décalée, incapable d'apporter une "espérance", comme le disait Manuel Valls au soir de la débâcle.

Parmi les causes de ce dépérissement, l'une me semble fondamentale: le PS est devenu le Parti de défense des fonctionnaires. Lorsque les médecins rejettent la réforme de l'hôpital, le PS apporte son soutien. Lorsque les étudiants et les professeurs occupent leurs universités, le PS applaudit. Lorsque les cheminots font grève, le PS est là, encore et toujours, pour souligner combien ils ont raison.

Sur les autres sujets, les socialistes sont plus discrets. Ils n'ont pas osé clamer haut et fort, durant la campagne, leur soutien à une forme de protectionnisme commercial, pourtant cher aux courants Fabius et Hamon. Et ils n'ont pas soutenu très vigoureusement l'entrée de la Turquie dans l'UE, alors qu'ils y sont favorables.

Le politologue Marc Lazar me disait récemment que les fonctionnaires ont remplacé la classe ouvrière comme sujet de préoccupation principal du PS. Ce n'est pas déshonorant, mais cela entraîne quelques inconvénients: un discours répétitif et prévisible sur le thème "Sarkozy casse le modèle français" - alors qu'il ne casse rien du tout -; une lutte désespérée contre ceux qui, plus à gauche que lui, chassent le même gibier fonctionnarial; une incapacité profonde à être gai, optimiste, innovant. Progressiste, quoi.

Daniel Cohn-Bendit, qui a humilié le PS dimanche avec le score de sa liste verte, suggère aux socialistes de "changer de disque dur". Arrêtez de vouloir à toute force relancer la consommation (dont l'excès a précipité la crise), dit-il, et arrêtez de défendre envers et contre tout les structures administratives françaises défaillantes, comme les universités (lui est pour l'autonomie). Reste à voir si le PS est capable d'une telle mutation. J'en doute, mais on ne sait jamais.

26 mai 2009

L'explosion des stéréotypes (1): Suisse romande vs France

Bienvenue_en_Suisse2 Les attaques mondiales contre le secret bancaire aboutissent à un résultat logique, quoique désolant: les stéréotypes négatifs sur les Français font un retour fracassant dans les cafés du commerce de Suisse romande. "Les gens sont très remontés, ils disent "mais qu'on nous laisse tranquille", on a pas de leçons à recevoir", et surtout pas d'un pays en échec comme la France, me disait un ami artiste rentré récemment de tournée en Helvétie.

Il faut savoir que la francophobie - cela a été souligné par des intervenants de ce blog - est une partie, inavouable pour certains, revendiquée chez d'autres, de l'identité suisse romande. Le stéréotype qui s'en dégage ressemble à peu près à ça: le Français, pouilleux et désordonné, ne cesse malgré tout de pérorer et de donner des leçons au monde entier. Il est peu sérieux, bavard, arrogant et chauvin - la mauvaise foi crasse de ses commentateurs sportifs en témoigne (c'était la faute de la pelouse, de l'arbitre si la France a perdu; Yannick Noah était Camérounais lorsqu'il perdait, Français lorsqu'il gagnait).

La liste n'est évidemment pas exhaustive. Dans ses grandes lignes, ce stéréotype rejoint celui des anglo-saxons sur les mangeurs de fromage forts à l'haleine chargée d'ail et au caractère désagréable.

Côté français, on n'est pas en reste, du moins lorsqu'on daigne mentionner ceux qu'on nomme avec condescendance "nos amis suisses". Coincés, ploucs, lents, prospérant sur la misère du monde et totalement dépourvus de grandes idées, ils sont l'antithèse du cool. L'affaire du secret bancaire a ravivé de vieux clichés sur des coffres pleins d'or, gardés par des gnomes des Alpes à l'accent ridicule.

Reste à trancher la question qui fâche: le stéréotype est-il un artefact culturel parfaitement arbitraire, ou reflète-t-il une réalité objective? La vérité se situe sans doute quelque part entre les deux. Mais où?

20 mai 2009

Sarkozy: appellez-moi chouchou

Sarko facebook On en avait presque perdu le goût: Nicolas Sarkozy est de retour dans le registre people! Et il met la sauce dans cette vidéo placée sur Facebook, qui provoque déjà un certain buzz dans les médias. On y voit en effet le président commenter, sur un mode intime, son amour pour ses chiens devant des lectrices de Femme actuelle en quasi-extase. "Ils sont gentils, c'est un bonheur. [...] On en était fous tout de suite", explique le président au sujet de Clara, Dumbledore et Toumi, les trois canidés du couple. L'un d'eux "ne sait pas encore comment faire des bébés", tandis qu'un autre a pris la mauvaise habitude de glisser sur les pavages de marbre de l'Elysée.

Dans une seconde vidéo, Nicolas Sarkozy indique sortir de sa douche après avoir fait du sport. Avant d'aller voir le premier ministre irakien ("génial", commente Carla), il a droit à un "bon courage chouchou" de la part de son épouse. On entend déjà les grincements de dents et les sarcasmes irrités du côté de la rive gauche...

18 mai 2009

Et si on était plus libre en France qu'en Amérique?

Usa-france2 Sortant l'autre jour d'un repas avec un chercheur italien expatrié à Harvard, je tentais de lui expliquer les mœurs déjeunatoires françaises: "Ici, les gens vont manger à 13h30 et ne retournent pas au bureau avant 15 heures..." Cri du cœur de l'Italien: "C'est pour cela que l'Europe me manque!" Et d'expliquer les mille servitudes de la vie aux Etats-Unis:

- en guise de déjeuner, on mange un mauvais sandwich devant son ordinateur;

- "centralité du travail": la seule vie sociale que peuvent se permettre les gens est le barbecue hebdomadaire avec les collègues. Un calvaire si on ne les apprécie que modérément. Mais celui qui ne se plie pas à la coutume est vite mis à l'écart;

- pour être inscrit dans une bonne école, votre enfant devra non seulement avoir de bonnes notes, mais collectionner les "activités extracurriculaires", comme jouer parfaitement de la clarinette ou autres joyeusetés. Le destin d'un individu (carrière médiocre ou entrée dans l'élite via une grande université) peut être fixé dès l'âge de 10 ans - pire encore que le système des "prépas" et des grandes écoles en France;

- les groupes de charité au sein de chaque Eglise sont classés en fonction de l'importance des dons. Pour progresser dans la société, il faut faire partie du "bon" groupe;

- pour jouer au foot avec les copains sur un terrain municipal, il faut s'inscrire à la Ligue américaine de football, payer 100 dollars par an et porter un maillot homologué.

Moralité de ce récit: l'Européen moyen, avec son système "socialiste", est sans doute plus libre de ses mouvements que les citoyens du "pays de la liberté". Sauf pour ce qui est de la mobilité sociale: "Si j'étais resté en Italie, me confiait le chercheur transalpin, âgé d'une trentaine d'années et qui s'apprête à publier un important ouvrage chez Columbia University Press, je serais encore en train de servir des cafés à un vieux professeur."

08 mai 2009

Touchante admiration des étudiants grévistes pour la presse bourgeoise suisse

Jpg_assemblee-generale-etudiante-a-la-sorbonne19300_43902_1211549543 Incroyable, la confiance dont jouissent les journalistes suisses dans l'opinion française. Je l'avais constaté en découvrant aux Guignols de l'info mon ami Serge Michel (ex-Bondy Blog), dont la marionnette était la seule à oser poser des questions difficiles à un Sarkozy entouré de reporters français courtisans.

Je l'ai éprouvé hier, et avec quelle force, dans l'amphithéâtre de la Sorbonne. Des centaines d'étudiants et d'enseignants en grève devaient décider de la présence de la presse à leur AG. Un mathématicien lit à haute voix les noms des journalistes présents: "France 2" - Bouh, vendus! "Paris Match" - Boooouh, vendus! Dehors! Sur mon banc, je tremble car c'est mon tour. "Quotidien suisse Le Temps" - Bravo, ouais! Tonnerre d'applaudissements.

D'où vient une telle cote? Sûrement pas de mon traitement du mouvement estudiantin: j'en ai peu parlé, car de tels sujets n'intéressent guère l'étranger (trop cyclique, trop répétitif). Et surtout j'ai insisté à chaque fois sur le côté désespéré, improductif et souvent caricatural des blocages à répétition des universités.

Non, c'est le simple fait d'être suisse qui vaut brevet d'objectivité et de rectitude. Cela en dit long sur la méfiance que suscitent les médias français au sein de certains secteurs de la population: jeunes, habitants des banlieues notamment. Les journalistes sont vus comme partiaux, simplistes, ne retenant que ce qui les intéressent, et surtout trop proches du pouvoir. Ce qui n'est pas entièrement faux. Les médias plus neutres, moins donneurs de leçons (La Croix, BFM-TV) sont en revanche plébiscités. A méditer - y compris par les soi-disant irréprochables journalistes suisses...

04 mai 2009

Les élèves suisses sont-ils des génies comparés aux Français?

C'est une provocation, mais elle ne vient pas de moi. Plutôt d'un ami qui gravite dans les milieux politiques français, mais qui a la particularité d'avoir fait sa scolarité en Suisse. Son jugement est sans appel: "Les Suisses sont beaucoup plus structurés intellectuellement. Quand je suis passé de Suisse en France, je suis devenu un élève ultrabrillant, alors qu'en Suisse j'étais tout juste moyen."

Agnan2 Passons sur quelques différences entre les deux systèmes: en Suisse, les labos de langues fonctionnent, les profs sont (beaucoup) mieux payés, etc. Il y a aussi une divergence de philosophie: la Suisse n'a jamais voulu amener "80% d'une classe d'âge au bac" et dans mon souvenir, le mépris de classe (envers les élèves qui n'y allaient pas, au bac) fait partie de la culture profonde du système.

En France, bien entendu, les "valeurs républicaines" interdisent de telles attitudes... Sauf que les classes préparatoires et les grandes écoles font de l'éducation de l'Hexagone l'une des plus inégalitaires du monde! Mais ceux qui en sortent sont sans doute "structurés intellectuellement"...

Les ouvriers ne veulent pas la Révolution

"Partage du travail, partage des richesses, ou bien sinon ça va pé-ter..." Qui n'a entendu ce slogan, souvent déclamé d'une voix de fausset, dans les défilés du 1er mai?

Continental Lutte2 C'était aussi le cas vendredi à Compiègne, où les ouvriers de Continental ont protesté contre la fermeture de leur usine. Mais manifestement, ceux qui voient la France au bord d'une nouvelle révolution n'ont pas pris la peine d'écouter les souhaits de la base. Car renverser l'Etat ou le capitalisme n'effleure l'esprit de personne ou presque.

Au contraire: les ouvriers veulent continuer à payer les traites de leur maison (summum, s'il en est, de la propriété privée et de l'embourgeoisement). Et loin de vomir l'entreprise privée, ceux de Continental sont tous venus vêtus de leur uniforme aux couleurs du groupe, noir et jaune. Comme si appartenir à la marque faisait partie de leur identité profonde. Ce qui leur est insupportable, ce n'est pas que le patron exploite leur force de travail contre un modeste salaire, mais qu'il ne veuille plus le faire...

Comme le dit le responsable local de Lutte Ouvrière, Roland Szpirko, se battre donne une dignité et rapporte des indemnités. Mais ça n'aide pas à retrouver un travail - or c'est bien là l'autre souci des gens de Continental. Juste en face de leur défilé, l'affichette d'une boîte d'interim rappelait la dure réalité: sortir du chômage en France prend quatre fois plus de temps qu'aux Pays-Bas. Voilà peut-être l'injustice sociale qu'il est le plus urgent de réparer.

27 avril 2009

La pénurie de coffre-forts qui menace le secret défense

"Grandeur" oblige, on ne plaisante pas, en France, avec le secret défense. Après l'avoir utilisé pour étouffer le scandale des frégates de Taïwan, les autorités songent à le renforcer en empêchant les juges de mettre leurs nez dans des sites stratégiques sensibles.

Coffre-fort2 Mais avant d'élaborer une loi de plus, le gouvernement ferait bien de s'interroger sur la sécurité très relative dont jouissent les informations confidentielles au sommet de l'Etat. De passage dans le bureau d'un haut fonctionnaire du Quai d'Orsay, l'autre jour, j'aperçois une enveloppe jaune marquée "DGSE" et "confidentiel". Mon interlocuteur s'excuse: "J'ai demandé un coffre-fort, mais on me l'a refusé au motif que tout l'étage est sécurisé!" Les rapports des services secrets n'ont d'autre choix que de traîner ça et là, à portée du premier venu.

Car l'étage dont parle le fonctionnaire n'est pas vraiment "sécurisé". Certes, un pompier (?) et un gardien vous y accompagnent lorsque vous arrivez. Mais ensuite, on vous laisse seul, parfois pendant une bonne demi-heure. Il suffirait de pousser la porte non fermée d'un bureau, lorsque tout le monde est en réunion, pour s'emparer des secrets d'Etat (ceux de mon interlocuteur concernaient probablement l'Afrique).

Avis aux Etats étrangers: si vous voulez espionner tranquille, recrutez des secrétaires du Quai, ou, encore plus simple, prenez des rendez-vous sous des prétextes bidon à l'heure du déjeuner, traînez dans la salle d'attente et poussez les portes en faisant semblant de chercher quelqu'un. Si vous voyez une enveloppe jaune marquée DGSE, emportez-là : ils ne fouillent pas les gens à la sortie.

14 avril 2009

Les Français sont-ils irresponsables parce que catholiques?

Ste Vierge Oui, je sais, il faut éviter de s'appuyer sur des clichés. Mais je n'ai pas pu m'empêcher, fêtes de Pâques aidant, d'aller chercher une explication culturello-religieuse à quelques comportements agaçant de nos amis français:

- Tout citoyen planétaire un tant soit peu informé sait qu'il est mal de manger du cabillaud (surpêché), qu'il faut limiter sa consommation de viande (pour limiter les risques de cancer ou de déforestation) et qu'il faut éteindre la lumière le soir en sortant du bureau. Mais quand je tente d'expliquer ça aux Français que je côtoie, même "progressistes", ils ricanent.

Pourquoi? Tentons une analyse fumeuse en partant du rôle de la religion. Le protestant est directement responsable devant Dieu. Il croit sincèrement pouvoir sauver la planète en modifiant son comportement individuel. Le catholique (y compris non pratiquant, semble-t-il) remet son âme et son salut à une hiérarchie de prêtres qui intercéderont pour lui. D'où leur tendance à imputer les maux de ce monde à ceux "d'en haut" - qu'il s'agisse de Sarkozy, du capitalisme ou des multinationales.

- Observons ensuite l'incroyable propension au gaspillage des collectivités publiques françaises. Chacune a son journal promotionnel sur papier glacé. Dans le parc d'à côté de chez moi, on remplace les motifs floraux toutes les trois semaines, sans raison apparente. La vertu protestante de sobriété - être près de ses sous, en d'autres termes - ne semble pas avoir cours ici. Exemple caricatural: cette commune du midi qui a doublé ses impôts pour s'offrir un festival de la gastronomie provençale!

Des contribuables protestants ne toléraient jamais cela. Ils considèrent que l'argent public est leur argent - pas une manne tombée du ciel et d'origine mystérieuse. En matière de communication, tout ce qu'ils tolèrent de leurs élus sont des feuilles en papier recyclés expliquant l'utilisation des derniers collectifs - les églises protestantes ont toujours été financées par les fidèles, pas par la dîme.

Economes, performants et responsables, les pays protestants (Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Scandinavie...) ont donc tous les avantages. Sauf deux: ils sont ennuyeux et leurs habitants ont une forte tendance à la dépression. La responsabilité devant Dieu, ça écrase. Vous reprendrez bien un peu de cabillaud?

Intrigues élyséennes autour de Rachida Dati

Il règne une drôle d'ambiance, ces temps-ci, au sommet du pouvoir français. Rumeurs, coups fourrés, intox... Le départ imminent de Rachida Dati réveille des pratiques assez éloignées de la "République irréprochable" promise par l'hôte de l'Elysée.

CHARON2 Selon un proche de la future ex-ministre de la Justice, celle-ci serait l'objet d'une opération de propagande négative pilotée par un ami de 30 ans de Nicolas Sarkozy, Pierre Charon. Cet affable conseiller, à la fois recherché et redouté des journalistes, aurait diffusé des échos concernant l'appétit de Rachida Dati pour des fonctions allant de la direction de l'Institut du Monde arabe à un poste haut placé chez Total. Le but: brouiller l'ambitieuse avec les titulaires actuels de ces postes, par exemple Dominique Baudis, l'actuel patron de l'IMA.

Approché, Pierre Charon refuse de commenter des bruits colportés, selon lui, par des "anonymes avec des bas sur la tête". Et il suggère d'adresser les questions sur Rachida Dati au nouveau chargé de com' de la Garde des sceaux, Pierre-Yves Bournazel... placé à ce poste par Pierre Charon lui-même, pour contrôler les sorties médias de la ministre!

L'affrontement entre Rachida Dati et Pierre Charon est le dernier épisode d'une vieille série, La Firme vs Cécilia. Les grognards du sarkozysme n'ont jamais supporté l'ascension fulgurante de la jeune femme, due en partie à sa proximité avec l'ex-épouse du président. Aujourd'hui, il se réjouissent de la dégradation brutale de la ministre, qui va quitter son poste pour un fauteuil plus humble de députée européenne.

Cet épisode révèle aussi une face cachée du pouvoir, qui est le rôle de Pierre Charon. Officiellement, il est conseiller politique et veille sur la communication de la nouvelle première dame, Carla Bruni-Sarkozy. Officieusement, on lui reproche d'avoir usé de son entregent dans les rédactions pour "flinguer" des ennemis du président comme Claude Chirac, ou des rivaux à l'intérieur de l'Elysée comme Catherine Pégard, une ex-journaliste du Point qui serait actuellement en disgrâce.

Là-dessus, Pierre Charon oppose un démenti catégorique: "Flinguer Pégard? Jamais! Ce serait insupportable, si les gens se détestaient..."

Mais sa mission la plus sensible consiste peut-être à surveiller les rumeurs parisiennes susceptibles d'atteindre le chef de l'Etat. Les plus insistantes concernent la santé de son couple et la paternité, toujours mystérieuse, de la fille de Rachida Dati. Encore une bonne raison de surveiller cette dernière de très près.

Sylvain Besson, correspondant du «Temps» en France, vous fait découvrir les coulisses du pouvoir et ses meilleures adresses parisiennes.


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