Italie-Allemagne, au bout de l'ennui. Sur le canapé de mon ami Damien, à deux pas de l'hôpital à Genève, nous assistons au choc de la peur. C'est la fin du Mondial. Le ventilateur dissipe mollement la torpeur ambiante. Nous étions 14 le soir de Suisse-Corée du Sud. Nous sommes cinq en cette soirée de demi-finale, c'est dire s'il y a désertion. Autour de l'écran, Maria la Brésilienne maudit Ronaldino, Ronaldo et cie. Elle n'aime plus personne depuis samedi. Bernard l'Espagnol, lui, a un faible pour la Mannschaft - il est le seul a tenir pour les gars de Klinsmann. François le Genevois pense surtout aux Bleus de Thierry Henry - c'est mon seul allié. Et Damien qui a des racines italiennes oscille entre dépression et euphorie. Bref, nous coulons en bande, à cinq dans le canapé.
"Ils jouent à la grecque"constate Damien enragé, qui se souvient du triomphe des Helléniques au dernier championnat d'Europe. Je sursaute. La Grèce, patrie de la tragédie et de l'épopée, assimilée à l'ordre et à la discipline. Quelle déchéance! Fallait-il en arriver là: que le berceau de notre culture soit le sarcophage de notre football. Sous le choc, au seuil des prolongations, je demande à Damien un whisky. "Celui que buvait François Mitterrand te convient?"
Je le bois, il est tiède, mais fait son effet. Comme par miracle alors, le match change de ton. La Squadra a des ailes, touche du bois deux fois. La Mannschaft, elle, a des pattes de canard dans du sable mouvant, nous avons changé de dimension, je suis debout dans le salon de Damien, je ne glose plus sur le futur match de Zidane - ce soir, oui ce soir face au Portugal de Figo et de Scolari, qu'il advienne le grand soir - je hurle, mes camarades en font autant, au loin les Américains cherchent à nous abrutir avec leurs feux d'artifice - c'est fête nationale, le 4 juillet. Mais nous, nous sommes devenus dionysiaques: nous suons, nous trépignons, nous implorons les dieux pour qu'ils nous épargnent les pénalties. Et voilà qu'ils nous écoutent: Grosso marque, une minute avant que ne tombe l'épée de Damoclés. Damien se précipite au balcon, hurle "Forza Italia!". Silence. Et puis bientôt tempête. Del Piero vient de parachever la tragédie.
118 minutes à se morfondre. Deux minutes de joie. Le foot, c'est parfois comme le théâtre. De bons acteurs récitent leur texte. Et puis soudain deux répliques fusent. Se gravent dans nos mémoires. Le rideau tombe. On est dans le bonheur de ces deux répliques. Et on oublie qu'on s'est ennuyé. A.Df
Oui un peu comme de vous lire, il est préférable d'aller directement à la fin. Vos articles sont d'un ennuis à préférer regarder 3 heures un film d'auteur IRANIEN!
Rédigé par: Emmanuelle | 06 juillet 2006 à 16:24
Rédigé par: diarra abdoulaye | 07 juillet 2007 à 20:16