«Pourquoi Et le coup du pouce du joueur de flûte?» me demande Marcel en me regardant d'un drôle d'air.«Pourquoi quoi?» je lui rétorque.«Pourquoi Et?» il me dit. Mon cher Marcel, je vois que tu me lis attentivement, mais tu es victime, comme moi, de la logique du logiciel. Les notes de ce blog s'empilent les unes sur les autres, celle qui a été rédigée le plus récemment vient au-dessus de la précédente. Ce qui interdit de construire un récit qui se poursuivrait de jour en jour. Chaque jour est nouveau et vous invite à oublier le précédent. C'est la vie en consommable. On prend, on déguste, on jette et on passe à autre chose. La victoire du court sur le long, de la briéveté sur la richesse des détails, et du présent perpétuel sur le passé et sur la mémoire.
Je conseille vivement au lecteur de consulter la note intitulée «Le coup de pouce du baron...» avant de continuer celle-ci. En effet, les trois petits point indiquent qu'elle a une suite. Et cette suite est ce que je vais raconter. Je rappelais (je l'écris pour les gens pressés) qu'avant de s'en aller à Berlin pour y disputer la finale, l'équipe de France a résidé dans une région riche en contes, et que ces derniers l'avaient peut-être inspirée dans sa course à la coupe du monde. En plus de l'histoire merveilleuse du baron de Munchhausen qui aurait réellement existé, la ville d'Aerzen/Hameln est le siège d'une autre vieille légende. Celle du Joueur de flûte de Hamelin connu dans les pays de langue allemande comme le Charmeur de rats de Hameln.
En 1284, un homme étrange vêtu d'un habit de toutes les couleurs se présente dans la ville d'Hamelin (Hameln) qui est envahie par les rats. Or, en ce temps-là, les rats sont associés aux grandes épidémies, en particulier à la peste. L'homme dit aux habitants d'Hamelin qu'il est un charmeur de rats et qu'il peut les débarrasser de cette espèce encombrante contre une coquette somme d'or. Les hamelinois applaudissent. Promettent une récompense énorme. L'homme prend sa flûte, joue une mélodie inconnue des hommes de ces contrées, mais cette mélodie attire les rats qui le suivent. Il les conduit vers la Weser, la rivière qui passe par là, où il pénètre avec les rats qui se noient jusqu'au dernier. Les hamelinois sont si contents qu'ils oublient de payer le joueur de flûte. Qui s'en va très fâché. Mais revient ensuite déguisé de manière encore plus bizarre. Il sort sa flûte et se met à jouer dans les rues. Et tous les enfants d'Hamelin le suivent en troupeau. Le joueur de flûte les entraîne dans la montagne où ils disparaissent à jamais.
La morale de cette fable est très simple (si on l'interprète simplement). Il faut toujours tenir parole, et plus encore quand il s'agit d'or. Surtout quand il s'agit de l'or de la coupe du monde.
Je n'affirmerai pas que les joueurs de l'équipe de France ont médité l'histoire du joueur de flûte de Hamelin, mais ils ont tenu parole. Ils ont toujours dit qu'il ne s'intéressaient qu'à la finale. Ils y sont.
Il ne faut pas chercher des causes précises à des effets particuliers. Il n'y a que les scientifiques de la science qui croient à de pareilles féeries. Mais il y a de vagues causes, imprécises, qui traînent dans l'air comme le brouillard d'automne dans les forêts de sapins, et qui peuvent avoir des conséquences directes. L'ambiance d'un lieu de légendes incite à créer des légendes. Le rêve inspire le rêve. A force de fréquenter les fées, les barons partant vers la lune, et les enchanteurs jouant des musiques célestes ou diaboliques, tout devient possible. Y compris une victoire à Berlin. (L.W.)
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