L'arbitre mexicain Monsieur Archundia vient de siffler la fin de France-Corée, il est 22h50, je suis seul dans mon salon soudain trop grand et je me sens triste. Une caméra zoome sur Raymond Domenech, debout au bord du terrain, il a enlevé ses lunettes de chef d'état-major et il les considère d'un air absent, comme sonné par ce qu'il a vu : la déveine infernale en deuxième mi-temps, ces dix minutes qui ont suivi l'égalisation coréenne où on a vu Zidane puni d'un carton jaune pour un accès de colère, Barthez rater un dégagement comme un débutant, Thierry Henri manquer le but de la victoire d'un souffle. Il y avait là soudain, dans cet enchaînement, comme une fatalité de l'échec d'autant plus cruelle que Zizou et les siens avaient paru retrouver leur grandeur d'antan en première mi-temps.Et la tristesse qui m'accable ce matin encore devant mon écran vient de là: pendant vingt minutes, on a pu croire que le désir avait transcendé l'épreuve du temps, que Thuram, Vieira et Zidane avaient retrouvé la fougue de leur jeunesse flibustière, qu'ils avaient mis l'âge hors jeu. En deuxième mi-temps, on a compris qu'ils étaient comme ces chanteurs d'opéra vieillissant capables pendant un acte d'atteindre des aigus d'une pureté inouïe, avant de dérailler à la stupeur du mélomane, qui n'en revient pas de découvrir ses idoles si faillibles. Aucun amateur authentique n'a envie de se gausser des héros fatigués. Ils emportent dans leur déclin des joies qu'on croyait éternelles. A.Df
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