Les pénalties encore. Les larmes qui dégoulinent sur les joues de l'Argentin Roberto Ayala. Jürgen Klinsmann, lui, fait des bonds de joie. Dans la tribune officielle, Angela Merkel, la chancelière, colle une bise de dame patronnesse sur la joue du Kaiser Franz Beckenbauer, tout rouge.
Le rideau vient de tomber sur le drame de Berlin. Dans ma tête, j'ai encore ces images: à deux minutes à peine de l'épreuve des pénalties, tous les joueurs argentins font corps autour de José Pekerman, leur entraîneur. Ils se recueillent, puisent dans leur communion un nouvel influx, prient sans doute. Le rituel n'aura servi à rien. Jens Lehmann a arrêté le boulet qu'il fallait. Ironie des dieux: c'est Roberto Ayala qui a échoué, lui qui avait donné l'avantage aux siens au début de la seconde mi-temps.
Alors oui, cette défaite m'attriste. Je ne suis pas un enfant de Buenos Aires.Mais la bande à Saviola, Ruiquelme et Messi nous a tellement épatés contre la Serbie-Monténégro. 6 à 0. J'avais amené ma fille, six ans, dans un bistrot genevois, juste après l'école. Elle avait ses cartes Panini dans son porte-monnaie, nous avions commandé un sirop grenadine et nous nous étions extasiés. Tout paraissait simple. Les Argentins jouaient comme on joue dans le préau de nos rêves: l'adversaire n'existait plus, seul comptait le plaisir de toucher le cuir, de le passer à son camarade, de tester des formules, de se sentir unis par des trajectoires inventées en bande. Le football était soudain très pur. Ce jour-là, j'étais Argentin, j'appelais mes copains et je leur disais: "Voilà, j'ai mon équipe, c'est trop beau!" Les pragmatiques pouvaient bien me rappeler à l'ordre, souligner que le Mondial était long, je leur riais au nez. Et puis voilà qu'ils ont raison.
La tristesse ici, c'est de constater que la grâce n'a pas duré. L'Argentine est exclue et avec elle une certaine idée du plaisir footballistique. Angela peut congratuler Franz. L'Allemagne de Klinsmann a des faiblesses qui la rendent attachante. Mais l'Argentine avait parfois une légèreté de ballerine qu'on aurait voulu voir triompher.A.Df
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