Pelé aime raconter avec gourmandise le Mondial de 1970 où la Seleçaõ a mené le plus brillant carnaval de l'histoire du football. Il revient sans cesse sur la température qui régnait alors dans le cratère des stades mexicains. Sur la couleur rouge écrevisse des joueurs européens moins habitués que les Brésiliens à la chaleur, et saisissant au vol de petites topettes de flotte lancées par les soigneurs affolés pendant les interruption de jeu. Malgré son ton doux et sa propension à verser des larmes à tout propos, Pelé fait rarement dans la modestie. Il attribue cependant sa liberté relative sur le terrain, et celle de ses camarades, à la torpeur qui s'abatait sur ses adversaires après une demi heure de jeu. Il me semble d'ailleurs que le programme des matchs était particulièrement ensoleillé puisqu'il avait été fixé en fonction des besoins de la première retransmission télévisée mondialisée et du décalage horaire de quelques heures avec l'Europe.
Bien que l'Allemagne se situe sous des climats plus tempérés que le Mexique, les matchs de ce week-end se sont joués dans des conditions mexicaines. C'est peut-être l'une des raisons de la stérilité suédoise contre les tropicaux de Trinidad et Tobago, petits poucets (c'est l'expression consacrée) de ce Mondial, bien qu'ils se soient rencontrés en fin d'après-midi. Le soleil de dimanche a été encore plus implaccable que celui de samedi (demandez ce qu'il en pense à Roger Federer). Il a donné l'impression de clouer sur place les protagonistes de Pays-Bas-Serbie-Monténégro (qui ne s'est pas joué à 44 malgré ce que pourrait faire croire une lecture trop superficielle du nom des équipes), deuxième match du groupe C après Argentine-Côte d'Ivoire de samedi soir, appelé groupe de la mort et prochainement groupe de la mort de chaleur.
Au coup d'envoi, la pelouse du Zentralstadion de Leipzig est coupée en deux (dans les tribunes l'orange domine). Le jeu est rapide, réparti sur toute la largeur du terrain pendant une vingtaine de minutes, jusqu'au but de Robben, qui donnera la victoire aux Pays-Bas. Ensuite, il m'a semblé que les 20 joueurs de champ avaient tendance à préférer la zone d'ombre au soleil. Cette impression étant renforcée par l'imprudence que j'avais eue d'aller courir le matin sous un cagnard déjà épouvantable; et que je jouissais, en cette après-midi sportive, d'un verre de boisson light brune et glacée à l'abri des persiennes bien tirées. Je me suis alors demandé, avec cette lucidité qui sied aux siestes et aux rêveries, ce qui se serait passé si la zone d'ombre n'avait occupé qu'un huitième du terrain et n'avait pas englobé les buts. (L.W.)
Accablés par la chaleur estivale allemande qui leur a fait perdre l'esprit pendant le match de samedi, le Suédois Henrik Larsson (en jaune) et le Trinidadien Dennis Lawrence font quelques mouvements de natation.
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