La Suisse de Barnetta va faire mordre la poussière à l'Ukraine de Chevtchenko, l'Ukraine qui est le pays de ma grand-mère - paix à ses grands yeux bleus, elle qui est si loin de tout ça... Et ce soir, à 22h 45, dans l'étuve où je serai certainement, en nage au milieu de mes camarades, vidé et rempli à la fois comme après chaque transe footballistique, je me mettrai à rêver d'Italie, mieux, à discerner au-delà du bleu de la Squadra Azzurra l'or du Brésil et puis... Oui, à moins de neuf heures de la grande bataille de Cologne, j'ai des visions, qui pourrraient me valoir un jour d'être béatifié, non, canonisé... Prétentieux? Bon, d'accord, admettons, nous sommes des millions à avoir ce genre d'hallucination, à nous transformer en oracle ambulant... Mais si peu voient juste. Et moi, à 8heures 45 de la grande bataille de Cologne, je vois Behrami - notre Suisse à la Lazio - à peine entré sur le terrain déchirer l'arrière-garde ukrainienne, fixer deux défenseurs adverses, centrer en retrait à quelques centimètres de la surface de réparation, et Hakan Yakin qui a suivi propulse le cuir dans les filets ukrainiens...
Ce genre de scénario, tout amateur en fabrique à la chaîne, je crois. Enfant, déjà, sur le trottoir, j'étais selon les jours et l'humeur Chivers ou Piotr Hamberg- attaquants du Servette à la fin des années 70 - Dominique Rocheteau, l'ange échevelé de l'A.S. Saint-Etienne, Michel Platini, dont personne n'aurait dit à l'époque qu'il afficherait un jour un air aussi mélancolique... Je marmonnais sur le chemin de l'école, me racontais des matchs héroïques, je les vivais, je les rêvais, privilégiant toujours des scénarios mélodramatiques, j'anticipais le match du soir que j'écoutais à la radio souvent, j'étais dans la psychose du supporter, je perdais pied. Me voici de nouveau dans cet état: Hakan Yakin, je vous le dis, à la 81e minute.
D'ailleurs, samedi à l'aube, dix heures à peine après l'explosion de joie, la buraliste portugaise où je me ravitaille, était catégorique: "Ils ont la rage, ces Suisses, même mon mari qui tient pour le Portugal les supporte, ils méritent d'aller loin..." A.Df
Cher Alexandre,
La bataille de Cologne, comme vous dites, suggère à mon esprit chevaleresque de tempétueuses chevauchées dans les lignes adverses; un esquadron rouge et blanc hardiment encouragés par de somptueusement grimés courtisans; un Hector jaune tentant désespérément de glisser l'audacieux ballon dans les mailles du filet de notre Achille national.
Nous entendons déjà les tibias ukrainiens frémir à l'approche des crampons helvétiques, mais c'est sans compter la courtoisie confédérée de nos vaillants chevaliers. Que Dieu garde Alexander Frei de toute colère pernicieuse et la victoire sera nôtre.
Chaque tacle vainqueur sera célébré par l'amicale des vétérans de la célèbre bataille de Morgarten, que moi, Wilfried, et mon ami ici présent Steven Von Merle-tal, représentons sur cette terre avec une immense fierté et plusieurs intubations qui nous gardent en vie.
Dieu garde nous en vie jusqu'à la finale, et fasse la canicule passer par l'Autrîche!
Rédigé par: Wilfried von Morgarten | 26 juin 2006 à 20:03
Pas de chance pour vous,
Une bonne nuit de sommeil en perspective pour moi, sans klaxons.
Rédigé par: sebi | 26 juin 2006 à 23:56
Suisse 0 - 1 Ukraine
L'équipe en rouge, comme ses supporters, est un peu trop sûre d'elle-même.
Zurück nach Hause
Rédigé par: Olivier | 26 juin 2006 à 23:59