Ils sont comme ça, les footeux. A peine a-t-on fustigé leur passivité, le train de sénateurs de leurs performances dans les trois premiers huitièmes de finales, à peine les a-t-on appelé à nous sortir d'une triste somnolence, voilà qu'ils transforment le terrain en champ de bataille, en aire de combats pieds-poings, ces massacres type K1 organisés pour les chaînes de télévision payantes. L'affrontement entre le Portugal et les Pays-Bas restera dans l'histoire du vocabulaire sportif. Affrontement, confrontation, combat, lutte sans merci… Le lexique guerrier, qui donne une image assez ridicule de ce sport, a été confirmé, ratifié, signé dimanche soir pendant près de 100 minutes de «jeu», compte tenu du temps supplémentaire attribué par un arbitre dépassé par les événements.

Commençons, comme la plupart des experts expertiseurs, par dénoncer la stupidité d'un arbitre, déjà faiblard lors du match France-Suisse. Sa cécité lors des premières agressions. Ses cartons (16 jaunes, 4 rouges, record Mondial) distribués avec la vélocité d'un préposé aux amendes pour stationnement illicite. Facile. L'arbitre n'a frappé personne que je sache. La faute est entièrement celle des joueurs, à commencer, je le regrette tant je crois depuis longtemps que les Pays-Bas peuvent prétendre à figurer parmi les nations éclairées, celle des joueurs orange. Qui étaient pour la première fois à ma connaissance revêtus d'un maillot aux véritables couleurs nationales qui sont rouge-blanc-bleu, et non l'orange comme le croient la plupart des collectionneurs de vignettes Panini. Ce qui explique peut-être quelque chose. Et dans le cas contraire n'explique rien.
Donc, ce fut la distribution de coups de savates, de souliers, de grolles, de godasses, de galoches, de crampons, de coups de coudes et de boule, de tirages de maillots, sans doute d'insultes mais on était trop loin (à plus de 500 kilomètres) pour les entendre. La désespérante glissade vers une représentation mondialisée de la bêtise universelle, dont on dit justement que le sport organisé a pour fonction de la canaliser, de la sublimer, de la rendre intelligente, créatrice, belle et enviable. Heureusement, le pire du sport permet d'espérer du meilleur.
Seul résultat immédiat. Ce match nous aura débarrassé de Van Bommel, surnommé tacleur à la carotide et simulateur patenté, qui briguait le titre de joueur le plus consternant du Mondial, titre pour lequel on cherche maintenant un candidat qui parviendra en finale (la liste des nominations est ouverte sur ce blog jusqu'au dimanche 9 juillet). (L.W.)
A gauche, les souliers peints par un Hollandais très doux, Vincent van Gogh, en 1888.
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