«Dis-donc, Marcel, tu lis mon blog, ou quoi?»
Marcel me regarde avec un brin de compassion.«Bien sûr que je lis ton blog. T'es un ami, ou bien».
«Ouais, ça n'en a pas l'air, tu ne me dis rien, tu ne fais aucun commentaire», je réponds.
«Parlons-en, des commentaires, continue Marcel. En fait, je lis plutôt les commentaires. Parce que ton blog, excuse-moi, c'est élucubration et jus de crâne. Tu n'y parles pas beaucoup de football. Alors que les commentaires. Au moins, ils s'intéressent au jeu et à l'histoire du Mondial. J'apprends des choses. Je ne dis pas que tu n'es pas mon ami, mais ce n'est pas une raison pour que je m'intéresse à la littérature et à des types comme Mallarmé qui n'ont jamais touché un ballon de leur vie».
«Tu me vexes, Marcel. J'essaie de coller à la réalité. Et Alexandre, mon co-blogueur, tu ne vas pas me dire qu'il ne parle pas de jeu et d'émotions.»
«Je ne dis pas non, dit Marcel. Mais je ne dis pas oui non plus. Ton Alexandre, il théâtralise. Il emberlificote. Y'en a que pour lui et ses potes, avec lesquels il voit les matchs. Tu penses si ça m'intéresse, quelques heures avant Argentine-Allemagne, on aimerait bien vous voir tous les deux expliquer les enjeux technico-tactiques».
«Marcel, tu me peines, je te dis. Pour le tactico-technique, on a une rubrique sportive. Nous, on n'est pas des tactico-techniciens du foot, on est des spectateurs culturels. Culturels, je te dis. C'est pour ça qu'on est là. On nous a dit: vous faites un blog, d'accord, mais pas tactico-technique, pour ça, il y a la rubrique sportive. Vous, vous êtes de la rubrique Culture du journal. On attend votre plus-value».
«Plus-value, plus-value, me réponds Marcel sur un ton que je ne nommerai pas. Pour des cultureux, vous êtes faibles. On dirait, sans viser personne, des joueurs en maillot rouge au moment des tirs au but. L'orthographe, vous connaissez. J'ai même lu un commentaire qui vous mouchait sévèrement».
«Parlons-en, de l'orthographe. La critique est facile, surtout quand on ne cite pas les fautes. Mais revenons au football».
«Il était temps», me coupe Marcel. «Surtout que depuis deux jours ont est un peu sur la touche avec ces jours sans matchs qui sont long comme des jours sans pain».
«Ouais, je le coupe moi-même derechef. Maintenant, c'est la lutte finale, comme disait mon grand père qui faisait partie de la deuxième Internationale avant la guerre 14-18. C'est du trapu, c'est du gros. J'en salive d'avance. Je verrais bien quelques surprises. Le Portugal, l'Ukraine et la France en demis. Pour l'Allemagne et l'Argentine, je ne sais pas. Qui peut savoir».
«Franchement, mon vieux, glisse Marcel, j'ai un conseil: quand on n'a rien a dire on la boucle». (L.W.)
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