À l'aube de cet Euro 2012, désigner les équipes favorites constituait comme souvent un jeu d'enfants. On le sait tous, on ne prend aucun risque à cet exercice-là; si tant est que l'on se rappelle tous qu'un favori est «apte à gagner une épreuve». Or, entre la compétence et la concrétisation, il y a parfois un gouffre. En sport comme dans la vie.
Donc il y avait l'Espagne, championne en titre. Il y avait l'Allemagne, si séduisante, si puissante. Et puis il y avait les Pays-Bas que tout le monde adore. Ou semble adorer; c'est mon impression. Il est vrai que le orange est une couleur éclatante. Il y a pourtant un fossé immense entre l'Allemagne et les Pays-Bas. Ce gouffre est celui de la différence entre une équipe et un conglomérat d'individus. Il est bien connu que, selon le holisme, le tout est plus élevé que la somme des parties. On a d'abord observé, hier, une somme de parties (les Pays-Bas), avant de noter un tout (l'Allemagne). Je n'oublie pas que les Oranje se sont hissés en finale de la dernière Coupe du Monde. Loin de moi l'idée de gommer cette performance, et leur mérite. Mais lorsque les décisions d'un sélectionneur (Bert van Marwijk) sont mises en question par certains de ses propres joueurs (je pense en l'occurrence à Klaas-Jan Huntelaar) avant le début d'une compétition, cela augure déjà de graves soucis. Le discours de Joachim Löw se révèle bien plus clair, rassurant.
L'excellence de l'individu ne fait pas tout; elle ne lui assure pas une invitation. Ce qui compte, c'est sa fonte dans un moule. Les Hollandais sont-ils pénalisés par leur ego? Il est toujours délicat de dire d'une équipe qu'elle est «arrogante»; mais par son environnement, son histoire, elle peut à tout le moins dangereusement flirter avec une forme d'arrogance. Est-ce un paramètre qui a joué lors de la partie de samedi contre le Danemark (défaite 0-1)? Faut-il aussi l'admettre, les Danois ont livré une copie propre. Et voilà que les Pays-Bas se retrouvent, déjà, dans la panade. Et que Bert van Marwijk doit plancher sur une feuille presque blanche. Tout doit être repensé, tandis que «le premier match d'un tournoi est selon moi le plus important» - mots de Rafael van der Vaart avant cette défaite initiale bien sûr. Voilà qui nous fait penser que si les Oranje venaient à tomber, même les plus machos le regretteraient, eux qui aiment tant se délecter des clichés de la femme du joueur Rafael van der Vaart, Sylvie, présentatrice, actrice et mannequin. Encore une explication, sans doute, pour justifier l'extrême popularité des Pays-Bas.
(Thomas Dayer)


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