C'est sans doute l'attaque inutile, contre-productive. L'attaque de trop. Dimanche sur la chaîne ABC, le candidat à l'investiture républicaine Rick Santorum, tentant de gagner le vote des conservateurs lors des primaires d'Arizona et du Michigan du 28 février, a utilisé les grands moyens. Le catholique ultraconservateur de Pennsylvanie s'en est pris au discours que John Fitzgerald Kennedy avait tenu en 1960 à Houston, Texas, devant des responsables de l'Eglise baptiste, alors qu'il était candidat démocrate à la Maison-Blanche.
Rick Santorum a voulu faire dire à JFK que les Américains étant rattachés à une religion n'ont rien à faire dans la sphère publique. "Cela me fait vomir", a-t-il déclaré. Or le discours de JFK avait une tout autre portée. Le démocrate et catholique Kennedy voulait montrer que le fait d'être catholique n'allait pas influer sur la manière dont il dirigerait les Etats-Unis et qu'il n'était pas prêt à accepter des ordres du pape. Il jugeait indispensable une séparation de l'Eglise et de l'Etat.
En 1984, candidat à sa réélection, le républicain Ronald Reagan abondait dans le sens de Kennedy: "We establish no religion in this country, we command no worship, we mandate no belief, nor will we ever. Church and state are, and must remain, separate."
Voici les vrais propos du seul président catholique que l'Amérique ait connu: "I believe in an America where the separation of church and state is absolute, where no Catholic prelate would tell the president (should he be Catholic) how to act, and no Protestant minister would tell his parishioners for whom to vote; where no church or church school is granted any public funds or political preference; and where no man is denied public office merely because his religion differs from the president who might appoint him or the people who might elect him.
I believe in an America that is officially neither Catholic, Protestant nor Jewish; where no public official either requests or accepts instructions on public policy from the Pope, the National Council of Churches or any other ecclesiastical source; where no religious body seeks to impose its will directly or indirectly upon the general populace or the public acts of its officials; and where religious liberty is so indivisible that an act against one church is treated as an act against all.
For while this year it may be a Catholic against whom the finger of suspicion is pointed, in other years it has been, and may someday be again, a Jew— or a Quaker or a Unitarian or a Baptist. It was Virginia’s harassment of Baptist preachers, for example, that helped lead to Jefferson’s statute of religious freedom. Today I may be the victim, but tomorrow it may be you — until the whole fabric of our harmonious society is ripped at a time of great national peril."
Si Rick Santorum devait décrocher l'investiture républicaine, les catholiques d'Ohio et d'ailleurs qui avaient fortement soutenu JFK à l'époque se souviendront.
Barack Obama (photo AFP), un président qui transforme l'Amérique? Cela dépend de quoi l'on parle. S'il s'agit de nominations d'ambassadeurs, il est loin du compte. Il avait pourtant promis, lors de sa campagne électorale 2008, de mettre fin à cette pratique américaine consistant à récompenser de gros donateurs en leur offrant un poste d'ambassadeur quelque part sur le globe. Il a pourtant bien nommé plus d'une dizaines d'ambassadeurs non pas sur la base de leurs compétences diplomatiques, mais de leur portefeuille.
Comme nous le signale Josh Rogin dans son blog "The Cable (Foreign Policy)", un rapport de l'inspecteur général du Département d'Etat révèle que Nicole Avant, ancienne coresponsable des finances de la campagne électorale d'Obama en Californie du Sud, a géré l'ambassade des Bahamas où elle fut nommée en 2009 de façon catastrophique. Entre septembre 2009 et novembre 2011, elle fut absente 276 jours de l'ambassade, dont 102 jours pour des raisons personnelles et 77 jours en raison de voyages aux Etats-Unis dont seuls 23 étaient professionnels. Il en a résulté une gestion "médiocre" de l'ambassade qui emploie tout de même 154 citoyens américains et 61 personnes recrutées localement. La sécurité fut négligée et un bureau loué par l'ambassade resta vide pendant deux ans. Nicole Avant n'était quasiment jamais en contact avec le Département d'Etat.
Les inspecteurs du Département d'Etat visitèrent l'ambassade en septembre et octobre 2011. Un mois plus tard, l'ambassadrice démissionnait. Depuis, elle rejoint Michelle et Barack Obama lors de grands dîners de gala pour récolter des fonds pour la campagne 2012. Elle n'est pas la seule à avoir bénéficié des faveurs du président pour service (financier) rendu. Parmi d'importants donateurs, on trouve aussi l'ambassadrice Cynthia Stroum, au Luxembourg, qui quitta l'ambassade un peu dans les mêmes conditions. Il y a aussi l'ambassadeur Howard Gutman en Belgique qui se fait lui aussi régulièrement remarquer.
Cette pratique me rappelle un certain Warren Tichenor, ambassadeur américain auprès des Nations unies à Genève sous George W. Bush. Grand magnat texan des médias, il avait reçu une belle récompense en étant nommé dans la Cité de Calvin. Il a failli réussir à torpiller la création du Conseil des droits de l'homme avec lesquels il était visiblement peu familier. Pour Barack Obama, les choses seront-elles différentes s'il est élu pour un deuxième mandat? Entre espoir et illusion, laissons-nous du temps avant de trancher.
L'image a fait le tour de la blogosphère et a passé en boucle sur les chaînes de télévision. A quatre jours de la primaire du Michigan, Mitt Romney a prononcé un discours sur l'économie à Detroit, dans l'immense Ford Field Stadium (photo AFP), un stade de 65 000 places, où seuls quelque 1200 sympathisans, en costume-cravate pour la plupart, sont venus l'écouter.
L'équipe de campagne assure qu'elle n'est pas responsable de cette déconvenue. C'est le Club économique de Detroit, organisateur du meeting électoral, qui jugea nécessaire de déplacer l'événement dans un espace plus grand. Trop grand. Mitt Romney, longtemps à la traîne dans les sondages derrière Rick Santorum, est malgré tout à nouveau le favori du scrutin du 28 février. Mais en termes de communication, l'épisode relève un peu du scénario catastrophe. Le message sous-jacent? Soit Mitt Romney est trop sûr de lui, soit son message n'intéresse que peu de monde.
Avec un Parti républicain tiré vers sa droite par le Tea Party, les quatre candidats à l'investiture républicaine s'écharpent en public pour savoir qui est le plus conservateur des quatre. Au niveau budgétaire, la palme revient incontestablement à Ron Paul, prêt à supprimer au moins trois départements fédéraux et à opérer des coupes de 1000 milliards de dollars dès la première année à la Maison-Blanche. Au niveau social, difficile de faire mieux que Rick Santorum qui est contre l'avortement et la contraception, contre le mariage homosexuel. Newt Gingrich erre entre les deux positions et le favori Mitt Romney, qui a tourné sa veste à plusieurs reprises, ne convaincra sans doute pas les conservateurs jusqu'à la convention de Tampa à la fin d'août.
Etre conservateur aux Etats-Unis n'est toutefois pas chose facile aujourd'hui. Surtout dans le domaine sociétal. Prenez le mariage homosexuel. Les élus du Maryland ont approuvé jeudi soir un projet de loi visant à légaliser le mariage entre personnes de même sexe. Cet Etat s'ajoute à la capitale Washington et à sept autres Etats (Connecticut, Iowa, Massachusetts, New Hampshire, Vermont, New York et l'Etat de Washington) qui ont adopté des lois similaires.
Où cela se complique pour les "socio-conservateurs", c'est au niveau du mariage tout court. Selon Child Trends, un groupe de recherche de Washington, plus de 50% des naissances, chez les femmes âgées de moins de 30 ans, ont lieu hors mariage. Il fut une époque où ces enfants étaient affublés de qualificatifs peu amènes (batards, illégitimes). Aujourd'hui, c'est devenu la norme, même si 59% des naissances enregistrées auprès de mères de tous âges confondus se produisent encore dans le cadre d'un couple marié. Rick Santorum et Mitt Romney se sont inquiétés de ce phénomène.
Quant à la contraception, qui suscite un débat enflammé en raison de la volonté de l'administration Obama de garantir un remboursement de contraceptifs aux femmes employées par exemple dans des hôpitaux dits religieux, plus de 98% des Américaines y ont recouru une fois ou l'autre.
Le débat diffusé mercredi soir sur CNN organisé en Arizona pour les primaires républicaines fut en syntonie avec la vision qu'a une partie de l'Amérique de la question iranienne. Des quatre candidats, trois sont prêts à attaquer l'Iran ou à donner le feu vert à l'allié des Etats-Unis dans la région, Israël. Il n'y a pas pire menace, relèvent-ils, qu'un Iran doté de la bombe. A travers le Hezbollah, il pourrait diffuser des bombes sales sur le continent américain et directement menacer les Etats-Unis. L'argument est simple et forcément accrocheur. Il fait toutefois fi de la complexité du dossier nucléaire iranien et surtout du contexte régional. Attaquer l'Iran, c'est prendre le risque d'embraser toute la région. Une perspective qui ne serait pas davantage favorable à l'Etat hébreu et qui pourrait au contraire renforcer le régime iranien très affaibli par des luttes fratricides au sein même du camp conservateur. Il n'y a pas, à ce stade, de bonne solution. Les négociations avec l'Iran ont traîné pendant des années et n'ont rien donné. Les sanctions américaines et européennes ont, si on leur donne le temps de produire des effets, une chance d'acculer Téhéran.
Aujourd'hui toutefois, c'est l'escalade verbale. La rhétorique belliqueuse est de rigueur. A cet égard, même les quotidiens The Washington Post et le New York Times ont subi les foudres de leur médiateur interne qui estime qu'ils ont tous deux exagéré l'existence d'éventuelles preuves établissant que l'Iran construit la bombe. (Photo: centre de recherche nucléaire au nord de Téhéran/Keystone.)
La machine paraît inarrêtable et rappelle de façon inquiétante la phase précédant la guerre d'Irak en 2003. Selon un sondage du Pew Research Center réalisé récemment, 58% des Américains approuveraient l'usage de la force par les Etats-Unis pour empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. C'est étonnant. Car dans le même temps, ils sont 75% à penser que Barack Obama a raison de retirer les troupes américaines d'Afghanistan et qu'il devrait même le faire plus rapidement. A ce propos, le candidat républicain libertarien Ron Paul, qui sait ses chances limitées pour décrocher l'investiture, a eu les propos les plus raisonnables lors du débat CNN en Arizona. Se rendant compte que l'argument constitutionnel contre la guerre ne prenait pas, il a sorti l'argument économique. Les guerres d'Irak et d'Afghanistan ont coûté aux Etats-Unis plus de 3000 milliards de dollars, tué 6300 soldats et blessé 46000 GI. Avec une dette de plus de 15000 milliards de dollars, ajoute Ron Paul, le pays ne peut pas, contrairement à ce qu'avancent Rick Santorum, Mitt Romney et Newt Gingrich, se lancer dans une nouvelle guerre. "C'est ainsi que l'Union soviétique s'est effondrée", rappelle-t-il. "De l'intérieur."
PBS, la chaîne de télévision publique, a rouvert un chapitre tourmenté de l'histoire des Etats-Unis. Elle a diffusé lundi et mardi, dans sa série "American Experience" un documentaire sur Bill Clinton et ses années (1992-2000) à la Maison-Blanche. Celui-ci remet notamment en perspective les tenants de l'affaire Monica Lewinsky.
Le document met en lumière l'énorme déception qu'avait causée Bill Clinton à son staff, à ses amis et surtout à sa famille qui avaient dénoncé les accusations "mensongères" des ennemis du président démocrate, le procureur indépendant Kennneth Starr et les républicains en tête. Ils sont tous assommés quand le président annonce, dans une formulation désormais célèbre, qu'il a eu une relation "inappropriée" avec la stagiaire de la Maison-Blanche. Pour la First Lady Hillary Clinton, qui était venue publiquement défendre son mari, ce fut l'humiliation.
Bill Clinton aurait pu, comme le précise l'un des témoins de l'époque, abandonner la partie comme l'avait fait Richard Nixon en 1974 en décidant de démissionner avant de subir une éventuelle destitution. "La grande différence entre Nixon et Clinton, c'est que le premier se croyait inférieur à ses ennemis alors que le second était persuadé de leur être supérieur", relève un témoin. Bill Clinton n'abandonnera donc pas. La Chambre des représentants votera la destitution du président pour parjure, mais le Sénat ne confirmera pas cette décision.
L'opinion publique aurait pu crucifier Bill Clinton en raison de ses mensonges et du scandale sexuel. Or elle finit par pardonner au président qui reconnaît avoir "péché". Elle sanctionne surtout la guerre de tranchées lancée par le procureur Starr et les républicains contre un président qu'ils exècrent.
Le président Clinton, souligne le documentaire, a adoré siéger à la Maison-Blanche. Le 20 janvier 2001, il est resté jusqu'à la dernière minute dans l'auguste bâtisse au point que les déménageurs durent vider des tiroirs directement dans des cartons de déménagement pour pouvoir faire de la place à temps au successeur de Clinton, George W. Bush. Elu en 1992, Bill Clinton a achevé sa présidence en 2000 en laissant le pays en meilleur état qu'il ne l'avait trouvé en arrivant au pouvoir. Avec plus de 200 milliards d'excédents budgétaires. "L'un des meilleurs présidents qu'ait jamais connu l'Amérique", disent certains, "un président qui aurait pu en faire beaucoup plus au vu de son talent", disent d'autres.
Barack Obama aime se mêler au commun des mortels. Ou plutôt aime révéler les endroits où il casse la croûte. Une manière de créer un buzz culinaire inédit. Pour Presidents Day, le jour férié consacré aux présidents américains, le Washington Posta dressé une liste d'une trentaine de restaurants de la capitale et des environs où il aime dîner, avec son équipe économique, avec des présidents étrangers en visite d'Etat ou avec son épouse Michelle.
Cela va du Ray's Hell Burger, où il a déjeuné avec le maître du Kremlin Dmitri Medvedev (photo ci-contre/AFP) au Woo Lae Oak où il a eu l'honneur de tester des mets asiatiques avec son homologue sud-coréen Lee Myung-bak.
Pour les Washingtoniens, jouer les Sherlock Holmes afin de traquer la sensibilité du "palais présidentiel" est devenu un sport quasi national. Fiers d'avoir accueilli le patron de la Maison-Blanche, les chefs desdits établissements ne révèlent toutefois jamais ce que Barack Obama a mangé. Mais un critique gastronomique commente chaque restaurant figurant sur la liste des endroits privilégiés par les Obama. Il s'étonne parfois des goûts culinaires de la Maison-Blanche.
Les candidats républicains à la présidentielle américaine le répètent sans cesse aux électeurs: l'élection du 6 novembre 2012 sera la plus importante "de toute votre vie". Le démocrate Barack Obama en faisait de même lors de sa campagne de 2008 et bien d'autres candidats avant eux ont tenté ainsi de dramatiser les enjeux de la présidentielle.
L'importance rétrospective d'une élection est aussi tributaire des changements durables que celle-ci a pu induire. David Mayhew estime à cet égard que l'élection d'Abraham Lincoln en 1860 fut particulièrement cruciale. Les Etats-Unis étaient au bord de la guerre de Sécession à l'issue de laquelle il sera assassiné. Mais la présidence d'Abraham Lincoln débouche sur la fin de l'esclavage. 1932 fut aussi une année exceptionnelle, le pays étant plongé dans la dépression. Préférant Franklin Delano Roosevelt à Herbert Hoover, les Américains font un choix qui marque les quatre décennies suivantes. FDR est l'artisan du New Deal, politique keynésienne de relance de l'économie.
Si on mesure aussi leur importance en fonction des changements qu'elles produiront, les élections de 1964 et de 1980 sont aussi déterminantes. Face au très conservateur Barry Goldwater, Lyndon B. Johnson est déclaré vainqueur et donne lieu, dans les années 1960, à "the Great Society", la Grande Société, un programme de réformes sociales allant de la loi sur les droits civiques et de la loi sur le droit de vote (accordé en 1965 aux Afro-Américians) à Medicare, une assurance maladie pour les retraités. En 1980, c'est la révolution conservatrice de Ronald Reagan dont l'impact est visible aujourd'hui encore. Quant à l'élection de Barack Obama en 2008, difficile encore d'en mesurer les conséquences à long terme. Mais l'arrivée du premier Noir à la Maison-Blanche dans l'histoire des Etats-Unis fut un événement considérable.
Il y a un peu plus d'une semaine, le Sénat a adopté une loi que beaucoup attendaient dans le secteur de l'aviation. Signée par le président Barack Obama mardi dernier, elle alloue plus de 60 milliards de dollars sur quatre ans pour remplacer le système de contrôle du trafic aérien, aujourd'hui totalement dépassé, par la technologie GPS. Cette modernisation devrait avoir des conséquences importantes et positives dans le ciel très encombré des Etats-Unis et dans les aéroports. Plus d'efficacité, moins de kérosène brûlé: les réductions de coûts du trafic aérien devraient se répercuter sur le prix des billets.
La loi toutefois oblige aussi l'Administration fédérale de l'aviation (FAA) à ouvrir le ciel aux drones à des fins de surveillance, mais aussi commerciales. Dans certains cas, l'utilisation d'un avion sans pilote peut s'avérer très bénéfique. Un agriculteur pourra ainsi localiser immédiatement la partie d'un champ mal irrigué. En cas de grave accident de la circulation, un drone peut aussi aider la police à réguler le trafic.
L'ouverture tous azimuts du ciel américain aux drones pose néanmoins des questions liées à la protection de la sphère privée. Les avions sans pilote peuvent être dotés d'instruments très sophistiqués de collecte d'informations. Un sénateur américain qui fumerait de la marijuana dans son jardin pourrait être facilement démasqué. La multiplication des "little brothers" dans le ciel américain à des fins commerciales peut constituer une vraie menace pour la sphère privée. Ce d'autant que le marché est estimé à près de 6 milliards de dollars et devrait doubler dans les dix ans à venir.
Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont déjà altéré la liberté des individus, notamment à travers le Patriot Act, décrié par les organisations de défense des droits civiques. Mal utilisés, les drones pourraient constituer un nouveau coup de canif dans les libertés fondamentales.
Les républicains américains mesurent-ils toujours la portée de leur acte? Pour sanctionner la requête palestinienne de reconnaissance d'un Etat par l'ONU, la présidente de la Commission des relations extérieures de la Chambre des représentants, Lleana Ros-Lehtinen, une Américaine d'origine cubaine, a eu la bonne idée, en décembre dernier, de geler 192 millions de dollars d'aide alloués normalement aux programmes d'USAID. Comme le rapporte un chercheur de la Brookings Institution à Doha, ces fonds étaient destinés en priorité aux hôpitaux, à l'éducation et aux institutions gouvernementales palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie.
Parmi les programmes éducatifs devrait être abandonnée l'émission Sharaa Simsim, la version palestinienne de Sesame Street (deux protagonistes, Ernie et Bert en photo (AFP) ci-contre), un must éducatif et de divertissement pour tout petit Américain depuis des années. Selon Ibrahim Sharqieh de la Brookings, Sharaa Simsim, créé en 1996, diffusait un message de paix, de tolérance et de diversité et la production employait 80 personnes.
L'acte de la fauconne Ros-Lehtinen sape en réalité un travail de plusieurs années de "soft power" des Etats-Unis dans les territoires palestiniens. Pour des raisons de politique politicienne. Malgré le gel de cette aide "humanitaire", l'Amérique finance encore les forces de sécurité palestiniennes afin de protéger Israël.
Dans le même temps, le Département d'Etat américain continue de financer la version israélienne de Sesame Street à hauteur de 750 000 dollars. Danny Labin, un responsable de la Télévision israélienne qui produit l'émission pour enfants, le reconnaît. C'est une situation "extrêmement malheureuse".
Après la mort de Ted Kennedy en 2009 et le retrait de son fils Patrick en 2010, le Congrès s'est trouvé orphelin de l'une des plus grandes dynasties d'Amérique. Ce pourrait être une parenthèse qui se refermera le 6 novembre prochain. Joe Kennedy III, petit-fils de Robert et fils de Joe Kennedy II, a annoncé sa candidature pour la Chambre des représentants afin de tenter de reprendre le siège du très libéral (gauche) Barney Frank qui se retirera à la fin de la législature.
Joe Kennedy III, 31 ans, a tout pour plaire. Il est avocat, il a le pedigree des Kennedy que le tout-Washington adore: bachelor en droit de Harvard, stage au Peace Corps. Il s'est battu contre la corruption en tant que procureur dans le Massachusetts. A peine sa campagne lancée, il a déjà le soutien de tous ceux attirés par cette famille hors du commun et de quelques groupes de pression de Washington.
Barney Frank, qui a donné son nom avec l'ex-sénateur Chris Dodd à la loi Dodd-Frank de régulation de Wall Street, en est persuadé: Joe Kennedy III sera un excellent successeur. Un premier sondage révèle qu'il battrait le républicain Sean Bielat, candidat contre Barney Frank en 2010, par 60% des voix contre 28.
La primaire républicaine du 28 février dans le Michigan sera un test crucial pour Mitt Romney, le candidat qu'on décrit toujours comme le favori à l'investiture même s'il a perdu de façon douloureuse trois scrutins de suite dans le Minnesota, Missouri et Colorado.
Actuellement à la traîne dans les sondages derrière le chrétien ultra-conservateur de Pennsylvanie Rick Santorum, Mitt Romney est pourtant presque à la maison dans le Michigan. C'est là qu'il est né, à Détroit, le 12 mars 1947. C'est aussi là que son père, George, fut gouverneur durant deux mandats de 1963 à 1969 et dirigea l'American Motors Corporation. Mais l'ex-gouverneur du Massachusetts a un vrai problème. En 2008, peu après l'élection de Barack Obama à la Maison-Blanche, il publia une tribune libre dans le "New York Times" intitulée "Let Detroit go bankrupt" ("Laissez Detroit faire faillite").
Aujourd'hui, il essaie par tous les moyens de récupérer le coup. Le sauvetage de l'industrie automobile, et en particulier General Motors et Chrysler, grâce au plan de relance de l'administration démocrate, a permis à GM de redevenir le numéro un mondial devant Toyota. Marquant un retard certain sur Rick Santorum, Mitt Romney prévoit, comme il l'avait fait contre Newt Gingrich en Iowa, de diffuser une avalanche de pubs négatives à la radio et à la télévision. Rick Santorum anticipe déjà la manœuvre en publiant, non sans humour, une publicité annonçant le déluge...
Ceux qui ont l'impression qu'avec les super-PAC (groupes à but non lucratif politiquement actifs), qui soutiennent Mitt Romney ou Barack Obama, la campagne électorale pour la présidentielle 2012 révèle un amour immodéré des Américains pour l'argent, devraient remonter à 1842 pour constater que ce n'est pas une caractéristique vraiment nouvelle.
A cette époque, Charles Dickens, 30 ans, est déjà une célébrité mondiale. Il est reçu au Park Theatre de New York par plus de 3000 invités. Comme le raconte la BBC, l'écrivain anglais est tout d'abord séduit par l'Amérique, par Boston où il débarque. Son but, en tant que réformateur social engagé, c'est de voir si les Etats-Unis sont une démocratie plus avancée que l'Angleterre victorienne, une société de classes.
Pourtant, petit à petit, Charles Dickens deviendra hostile à la manière qu'ont les Américains de tenter de faire de l'argent sur le dos de sa célébrité. Il reproche ainsi à son coiffeur américain d'avoir tenté de faire de l'argent en vendant des cheveux de l'auteur anglais. Même à Washington où il visite les institutions politiques, le Capitole et la Maison-Blanche de John Tyler, il fait le même constat: les Américains sont motivés davantage par l'argent que par les idéaux.
Il y a aussi les manières des habitants du Midwest à table qui l'horripilent. "Ce sont comme des animaux", dit-il. En bref, les Américains ne sont pas assez british. Ces divergences seront à l'origine de la "Quarrel with America", de la dispute avec l'Amérique.
Les choses s'arrangeront grâce à la popularité durable des ouvrages de Dickens qui réconcilieront des Américains irrités avec l'auteur anglais. Plus tard, bien plus tard, Etats-Unis et Grande-Bretagne iront jusqu'à développer une "relation spéciale" avec Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, puis Margaret Thatcher et Ronald Reagan, et enfin Tony Blair et George W. Bush.
En pleine semaine de la mode à New York, on peut se demander quel est le meilleur moyen de se faire remarquer pour vendre sa collection. Se balader dans les travées du Lincoln Center de Manhattan où se déroule la New York Fashion Week? Non, le meilleur moyen, c'est Michelle Obama.
L'épouse du président qui est, pour le New York Times la First Lady la plus stylée et la plus audacieuse qu'ait connue l'Amérique, s'est distinguée, depuis qu'elle vit à la Maison-Blanche, par des robes inattendues, risquées même. Pour des dizaines de jeunes stylistes encore peu connus, le must, c'est que Michelle Obama porte un jour l'une de leurs créations. C'est arrivé, raconte le quotidien new-yorkais, à Jason Wu, un petit designer qui travaillait avec trois autres collègues dans un petit studio de Manhattan. Quand Michelle Obama porta une robe de soie couleur ivoire (photo ci-contre) lors du bal d'investiture en 2009, son entreprise a soudain pris un essor mondial.
Plusieurs autres stylistes ont profité de l'effet "Michelle Obama", ce d'autant que la First Lady ne se cantonne pas dans un style unique ou une marque. Elle aime le changement et aime surprendre. Elle n'hésite pas à faire confiance à de nouveaux jeunes stylistes méconnus. Le designer Prabal Gurung a bénéficié d'une reconnaissance nouvelle après que Michelle Obama eut porté plusieurs de ses créations. Quand il rentre dans son pays d'origine, le Népal, tout le monde sait qu'il a habillé la First Lady de la première puissance mondiale. Ce n'est pas rien.
Star du soul et du R & B, Whitney Houston, décédée samedi à Beverly Hills, avait déjà vendu des millions de disques. Elle avait été lauréate des Grammy Awards et conquis des millions de fans. Son interprétation de l'hymne national américain, lors de la finale du Super Bowl le 27 janvier 1991, lui fera franchir un nouveau seuil. Elle conquerra l'Amérique entière.
Le jour où elle entonne the Star Spangled Banner, les Etats-Unis sont en pleine guerre du Golfe entammée dix jours plus tôt. Les responsables de la National Footfall League craignent toutefois que la manière dont Whitney Houston entend chanter le chant patriotique ne convienne pas à ces temps de guerre. Ils appellent le père de la chanteuse pour tenter de la dissuader. En vain.
L'interprétation de la diva du pop fait un tabac. La chanteuse arrache même des larmes aux GI qui l'écoutent à la radio en plein désert du Koweït. Sa maison de disques sort d'emblée un album quelques jours plus tard. L'écho est très favorable, même si certains critiques estiment qu'on tend à glorifier l'acte de guerre.
Le disque sera réédité après les attentats du 11 septembre 2001 et Whitney Houston fera don de la recette de cette réédition aux familles des pompiers et des policiers de New York morts lors des opérations de sauvetage aux pieds des tours jumelles. L'hymne national américain façon soul chantée par Whitney Houston entrera dans le top ten du hit-parade aux Etats-Unis.
La Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis refuse tout compromis sur la contraception. Le président Barack Obama avait imposé à des établissements gérés par des institutions religieuses (hôpitaux, universités) qu'ils remboursent aux employées les frais de contraception qu'elles pourraient devoir assumer. Cette décision découle de la loi adoptée dans le cadre de la réforme de la Santé appelée péjorativement Obamacare. Vendredi, après une levée de boucliers des milieux catholiques, mais aussi religieux conservateurs, il avait proposé un compromis: ce ne seraient plus les établissements eux-mêmes qui rembourseraient ces frais, mais les assureurs maladie eux-mêmes.
Cela n'a pas suffi. Pour le président de la Conférence des évêques, le moment était mal choisi pour faire preuve d'un esprit de conciliation avec la Maison-Blanche. Si dans un premier temps il reconnaissait que le président avait fait un pas dans la bonne direction, il changeait d'avis peu après. Il faut dire que samedi, Timothy Michael Dolan, évêque de New York, s'envolait pour Rome où il allait être nommé cardinal par le souverain pontife. Benoît XVI ne passe pas pour un pape très libéral en matière de contraception...
La guerre de religion pourrait donc bien avoir lieu. Les candidats républicains à la Maison-Blanche, qui promettent d'abroger la réforme de la Santé d'Obama s'ils sont élus à la présidence des Etats-Unis, ne vont pas manquer de saisir cette opportunité pour affaiblir le vote catholique en faveur de Barack Obama.
L'interview diffusée mercredi soir sur NBC aurait pu égratigner le mythe de John Fitzgerald Kennedy. Stagiaire à la Maison-Blanche en 1962, à l'époque où JFK était président, Mimi Alford a confirmé de façon poignante sa relation de 18 mois avec le président des Etats-Unis. Elle a surtout livré à la journaliste Meredith Vieira de NBC des détails sur leur relation qui s'est développée à l'insu de la First Lady, Jackie Kennedy. Des détails qui sont racontés dans des Mémoires que Mimi Alford publie ces jours aux Etats-Unis.
Agée de 19 ans en 1962 (JFK avait 45 ans), Mimi Alford dit n'avoir jamais ressenti un sentiment de culpabilité. Elle dit être convaincue que Kennedy l'appréciait beaucoup sans nécessairement l'aimer. Elle perdra sa virginité à la Maison-Blanche. JFK la fera régulièrement venir dans l'espace privé de la Maison-Blanche. Il se rendra même dans le campus de l'Université de Wheaton dans le Massachusetts, où elle retourna après son stage à la Maison-Blanche, pour la retrouver. Il se faisait passer pour un certain "Michael Carter".
De l'avis de beaucoup, John Fitzgerald Kennedy avait impressionné Washington par sa rigueur en politique et sa capacité à prendre des décisions difficiles. Mais par rapport à sa vie privée, estime-t-on, il a pris des risques "inconsidérés". Une manière de décompresser, disent les spécialistes, au vu des fortes tensions auxquelles était soumis le président à l'époque. Il agissait en privé "comme s'il était une autre personne", souligne Mimi Alford. Même en pleine crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, il fera attendre sa jeune stagiaire à la Maison-Blanche.
L'interview de Meredith Vieira se termine sur des confessions scabreuses. Mimi Alford confesse avoir été un soir avec JFK et Dave Powers, l'un des conseillers du président. Alors que JFK jouait avec sa stagiaire dans la piscine de la Maison-Blanche, il lui demanda si elle pouvait "s'occuper de Dave Powers". Le président des Etats-Unis l'invitait à faire une fellation à son conseiller. Elle s'exécuta devant lui. Dans l'interview de NBC, Mimi Alford, mal à l'aise, estime avoir été abusée et ne cache pas sa colère, qui l'habite encore. Elle relève que le président lui fera une demande similaire pour son frère Ted Kennedy.
Ces épisodes racontés par Mimi Alford ne sont pas corroborés par d'autres sources, la plupart des gens de l'époque qui auraient pu en parler étant morts. Mais de l'avis des experts de JFK, ils ne vont pas détruire le mythe Kennedy. Le journaliste Chris Matthew, auteur d'un livre sur JFK, relève que Kennedy a transformé la politique américaine, la faisant passer du noir et blanc à la couleur. Et cela va rester, dit-il. Pour l'historienne Doris Kearns Goodwin, les Américains ont déjà "absorbé" les multiples relations extraconjugales de JFK. Les révélations de Mimi Alford ne vont pas détériorer l'image très positive qu'a l'opinion publique américaine de JFK. Richard Reeves, auteur de "President Kennedy: Profile of Power", ajoute que JFK et Jackie Kennedy sont devenus des "figures culturelles qui vont vivre bien au-delà de leur époque", car elles représentaient un certain universalisme.
Voici quelques jours, la police est intervenue à la place McPherson, à Washington, pour déloger les protestataires du mouvement Occupy DC. Ce faisant, elle a ainsi quasiment mis un point final à l'occupation de places publiques dans les villes américaines qui a marqué l'automne 2011.
S'il a perdu en visibilité médiatique, le mouvement Occupy n'est pas mort. Il prévoit déjà, dans une trentaine de villes du pays, de mener une action non violente contre "Corporate America" le 29 février prochain. Une grève générale est par ailleurs agendée le 1er mai. L'idée est de thématiser le "1%-99%", soit le 1% de riches privilégiés et les 99% d'Américains appartenant à la classe défavorisée ou à la classe moyenne. Le 1er mai, les instigateurs de la mobilisation entendent organiser un jour "sans les 99%". A New York, foyer du mouvement Occupy Wall Street, on travaille d'arrache-pied pour imaginer la suite à donner aux occupations de 2011.
En cette année électorale 2012, le mouvement Occupy pourrait très vite retrouver une visibilité. Il estime avoir déjà gagné une première victoire. Dans les discours du président Barack Obama, il est désormais beaucoup plus question d'injustice sociale et économique. Et il est aussi question de fixer un taux d'imposition minimal de 30% aux fortunes de plus de 1 million de dollars.
La contraception et la religion ne font pas bon ménage aux Etats-Unis. Le président Barack Obama s'est vu contraint d'édulcorer une décision qu'il a prise dans le cadre de la réforme de la santé promulguée en 2010. Il avait initialement imposé à des institutions religieuses comme des universités ou des hôpitaux de rembourser, à partir d'août 2013 aux femmes employées par ces mêmes organisations les frais de contraception.
Certains catholiques, dont la Conférence des évêques, sont tout de suite montés au créneau pour dénoncer cette mesure qui violerait la liberté de conscience des établissements religieux. Les évangéliques et d'autres mouvements religieux se sont aussi insurgés contre la réforme. Vendredi, la Maison-Blanche a atténué son plan en laissant libres ces institutions religieuses de rembourser ou non les mesures de contraception. Mais elle exige des assureurs maladie qu'ils remboursent ces mêmes frais à leur place. Le compromis devrait satisfaire une partie de l'Eglise catholique.
Les milieux conservateurs et le Parti républicain ont saisi la balle au bond. Ils accusent Barack Obama de violer le 1er Amendement et de déclarer une "guerre de religion". Fox News y a consacré une bonne partie du vendredi soir pour dénoncer le sécularisme de l'Administration Obama qui fait fi de la liberté de religion. Les réactions sont aujourd'hui même plus vives qu'au moment de la publication de l'arrêt de la Cour suprême intitulé Roe vs Wade en 1973 légalisant l'avortement.
Des femmes catholiques ou évangéliques se sont associées à ce combat contre Barack Obama. Mais elles sont minoritaires. Une grande majorité de femmes approuvent les mesures contraceptives et sont favorables à la réforme d'Obama. Selon diverses études, 98% des femmes catholiques ont recouru un jour ou l'autre à la contraception.
L'enjeu de cette bataille médico-religieuse est très politique. Pour l'élection présidentielle américaine de novembre 2012, le vote hispanique sera capital et la communauté hispanique tend à être plutôt catholique et plutôt conservatrice en matière d'avortement et de contraception. La levée de boucliers contre la décision de l'administration Obama est d'autant plus étonnante que 28 Etats sur 50 imposent déjà le remboursement des moyens de contraception pour les femmes.
La scène avait été prise en 2010 dans la ville de Sangin en Afghanistan. Des GI de l'armée américaine posaient en treillis, avec leur arme personnelle, devant un drapeau américain et un autre drapeau avec le sigle SS. Malgré le tollé provoqué par cette image, les soldats ne seront pas punis. Le commandant du corps des Marines, le général James Amos, s'en explique. Selon une enquête menée à l'interne, les militaires incriminés ne faisaient pas le lien entre le sigle SS, l'Holocauste et l'Allemagne nazie. Pour eux, cela signifiait plutôt Scout Sniper, une expression utilisée pour qualifier des Marines ayant suivi une formation spéciale de terrain.
Pour parer à ce type de dérapage, le secrétaire d'Etat à la Défense Leon Panetta a jugé nécessaire de dire à quel point ce type de sigles ne doit pas être toléré dans l'armée américaine. Mais il a aussi estimé indispensable de mettre sur pied une formation pour que les soldats comprennent les signes qu'ils utilisent.
Des questions se posent aussi sur la compréhension qu'ont les Marines des questions religieuses ou ethniques. Il y a peu, des soldats américains sont apparus sur une vidéo les montrant en train d'uriner sur les corps de combattants talibans tués. Une scène vécue par certains comme une humiliation. Vu la complexité des théâtres de guerre d'aujourd'hui, une armée mieux formée à ces aspects qui ne sont pas directement militaires est de nature à créer moins de crispations et de scandales dans une ère où l'utilisation des symboles est ultra-médiatisée.
Le milliardaire et républicain Donald Trump avait mené une campagne féroce pour remettre en question "l'américanité" de Barack Obama en exigeant du président qu'il présente son certificat de naissance. Avant de renoncer à se porter candidat à l'investiture républicaine, il avait traité Barack Obama de tous les noms. Ce dernier ne lui en a pas tenu rigueur. L'administration Obama vient d'attribuer au promoteur un projet visant à transformer le mythique bâtiment de la poste, the Old Post Office Building de Washington, en un hôtel de luxe de 250 chambres avec restaurants et spas.
Actuellement, 370 employés fédéraux y travaillent dans plusieurs agences gouvernementales, The National Endowment for the Humanities et National Endowment for the Arts, ainsi que plusieurs commissions présidentielles. Les républicains de la Chambre des représentants avaient cité le Old Post Office Building comme un exemple de gaspillage des deniers publics.Une condition est toutefois posée à Donald Trump: celui-ci ne pourra pas altérer l'aspect extérieur de ce repère architectural de la capitale américaine.
Le sénateur républicain Richard Shelby, d'Alabama, est peut-être critique de la manière dont les finances fédérales sont gérées. Mais il sait aussi bénéficier des largesses de Washington. En une décennie, il a réussi à convaincre le Capitole d'allouer plus de 100 millions de subventions pour transformer un quartier de la petite ville de Tuscaloosa en Alabama. Ces subsides ont profité à plusieurs habitants du quartier, mais aussi au sénateur texan qui possède dans le secteur des bureaux qu'il a achetés 175 000 dollars en 1989. Il a entrepris des rénovations pour 180 000 dollars, puis a acheté pour 116 000 dollars, en 2006, une parcelle de terrain pour un parking. En 2010, Richard Shelby estimait, dans sa déclaration fiscale, la valeur de ces mêmes bureaux à un montant oscillant entre un demi-million et un million de dollars. Les travaux subventionnés par Washington avait manifestement accru la valeur de son bien.
Ce cas de conflits d'intérêts a été relevé dans unevaste enquête en plusieurs volets publiée ces jours dans le "Washington Post". Le quotidien américain a analysé les projets subventionnés approuvés par le Congrès et regardé si les 535 membres du Congrès en ont profité directement ou indirectement alors qu'ils en étaient les promoteurs. Les résultats sont édifiants et un enjeu important. Le Congrès a alloué en 2010 pour 32 milliards de dollars de subventions pour des projets ou programmes.
L'enquête du "Washington Post" révèle une multitude de conflits d'intérêts qui ne sont pas perçus en tant que tels, les règles du Congrès étant beaucoup plus permissives en la matière que vis-à-vis du secteur privé ou des agences fédérales. Parmi les exemples les plus parlants, il y a ce sénateur démocrate du South Dakota, Tim Johnson, qui fait partie de la Commission sénatoriale dénommée The Senate Appropriations Committee. Il a soutenu pendant des années un programme du Pentagone, "Starbase", qui offre des cours de sciences, de maths et d'ingéniérie à des enfants aux quatre coins des Etats-Unis. Avec sept autres sénateurs, il est parvenu, en 2008, à accroître de 4 millions de dollars l'enveloppe destinée à "Starbase". Or, à ce moment, son épouse était payée 80 000 dollars en tant que consultante indépendante pour évaluer ce même programme. Dans un autre cas, une représentante démocrate de Washington s'efforça de faire augmenter le budget alloué à une organisation environnementale gérée par... son fils.
Les pratiques dénoncées par l'enquête ne sont pas forcément illégales. Mais elles sont éthiquement très discutables. Aujourd'hui, le terme "earmark" pour désigner ces subventions est un gros mot que les membres du Congrès évitent de prononcer. Ces révélations ne sont toutefois pas de nature à améliorer la cote de popularité du Congrès qui n'a historiquement jamais été aussi basse. En un sens, le Tea Party se frotte les mains.
La protagoniste de la publicité est une actrice asiatique qui parle volontairement l'anglais avec un accent quand elle pastiche une Chinoise qui vanterait les mérites de son pays. Elle explique sans prendre de gants comment la Chine vole les emplois à l'Amérique. "Votre économie s'affaiblit, la nôtre se renforce", dit-elle. La publicité, qui a été diffusée pour la première fois durant le Super Bowl, mais qui va passer durant deux semaines sur les écrans, est l'oeuvre du républicain Peter Hoekstra, ancien élu de la Chambre des représentants et candidat au Sénat en novembre prochain pour le Michigan. Elle vise l'actuelle sénatrice démocrate Debbie Stabenow, qui aurait contribué à la perte de puissance de l'Amérique au profit de la Chine par des dépenses inconsidérées.
La communauté asiatique du Michigan s'est dite choquée par une publicité jugée raciste et dressant un portrait caricatural de la Chine. Les médias s'y sont aussi mis, appelant tout acteur à refuser de participer à des publicités à connotation raciste. C'est le buzz de ce début de semaine.
C'était plutôt inattendu de la part du réalisateur de J. Edgar (Hoover). Dans une publicité de deux minutes diffusée durant le Super Bowl de dimanche soir et intitulée "It's half time in America", Clint Eastwood salue la nouvelle montée en puissance de l'industrie automobile de Detroit, en particulier de Chrysler. Ce faisant, il appuie, involontairement selon lui, le message du président américain Barack Obama lors de son discours sur l'état de l'Union où il montre que General Motors est désormais à nouveau le constructeur automobilile numéro un dans le monde grâce au sauvetage entrepris par le gouvernement américain se chiffrant à des milliards de dollars.
Le sang des républicains n'a fait qu'un tour. De mémoire d'Américains, Clint Eastwood a toujours voté républicain. Il avait hésité une fois, en 1992, à voter pour le candidat indépendant Ross Perot. L'ex-stratège de George W. Bush Karl Rove estime que l'industrie automobile culpabilise et se sent obligée de payer tribut à Barack Obama.
Le Super Bowl est finalement plus politique qu'on le pensait.
Ce dimanche, les New York Giants ont fini par remporter le Super Bowl 2012 en battant, dans la dernière minute de jeu, les New England Patriots par 21 à 17. Sportivement, l'événement le plus médiatique (plus de 100 millions de téléspectateurs) aux Etats-Unis est une démonstration de puissance et de débauche d'énergie.
D'un point de vue non sportif, l'événement est tout aussi intéressant. Durant le Super Bowl, les téléspectateurs ont l'occasion de voir les pubs les plus élaborées de l'année dont le coût avoisine les 3 millions de dollars pour trente seconde de diffusion. Ce grand rendez-vous est aussi une vaste fête populaire qui se propage même dans la rédaction de la chaîne de télévision NBC qui possède les droits de transmission. Les stars télévisuelles de la chaîne, de Jay Leno à Brian Williams, ont pris le temps de s'adonner à une comédie musicale sur mesure pour le Super Bowl qui en dit long sur la portée de l'événement.
Bonne nouvelle annoncée vendredi par le Département américain du travail: le taux de chômage a baissé, passant de 8,5 à 8,3%, soit 243000 emplois créés. Pour le président Barack Obama, c'est une évolution opportune. Au cours de l'année écoulée, l'économie américaine a créé au total près de deux millions d'emplois, le meilleur bilan de ces cinq dernières années. Pour le président Barack Obama, c'est une bonne nouvelle, mais c'est aussi un piège. En 2010, il avait annoncé un peu tôt une reprise avant que l'économie ne ralentisse à nouveau. Son discours de campagne électorale doit désormais intégrer deux composantes a priori contradictoires. D'un côté, la Maison-Blanche doit montrer à l'électorat que les attaques des républicains sont injustifiées. De l'autre, avec un taux de chômage qui reste le plus élevé jamais enregistré en année d'élection présidentielle depuis les années 1930, il doit prouver qu'il est capable de créer au plus vite des places de travail pour les 12 millions d'Américains sans emploi.
Pour le favori à l'investiture républicaine Mitt Romney, la donne n'est pas moins compliquée. L'ex-gouverneur du Massachusetts se présente comme le spécialiste capable de redresser l'économie américaine. Il ne cesse de fustiger, dans ses discours électoraux, le mauvais bilan de Barack Obama. Avec l'amélioration des chiffres du chômage, cette stratégie est toutefois risquée. Elle pourrait laisser croire que Mitt Romney est déconnecté de la réalité. Dans le Nevada, où le chômage avoisine les 13%, le candidat républicain, qui a remporté samedi une victoire facile lors de la primaire, a reconnu que l'économie se portait un peu mieux, mais qu'elle se porterait beaucoup mieux s'il était à la Maison-Blanche à la place de Barack Obama. L'emploi sera dans tous les cas un facteur essentiel de la présidentielle. A cet égard, les Etats clés (swing states) qui peuvent basculer dans le camp républicain ou démocrate en fonction de l'humeur du moment sont plus touchés par le chômage que d'autres Etats. C'est le cas de la Floride, mais aussi du Michigan ou du Nevada.
La reprise américaine est manifeste. Mais plusieurs facteurs extérieurs pourraient l'interrompre. Un éclatement de l'euro aurait un impact important sur les Etats-Unis et serait de nature à assurer une élection de Mitt Romney. Une attaque par Israël de la République islamique d'Iran pour détruire les installations nucléaires iraniennes pourrait entraîner la fermeture du détroit d'Ormuz et embraser la région. Le prix du pétrole pourrait s'envoler et réduire à néant les espoirs d'une reprise soutenue.
La Lotus House à Overtown, Miami. Planté à un jet de pierre de gratte-ciels de plusieurs millions, ce foyer pour femmes en détresse est un lieu où se croisent des destins tragiques: jeunes femmes en rupture avec leurs parents, avec les institutions, femmes battues, femmes toxicomanes, femmes condamnées pour tel ou tel crime, puis libérées. Elles ont toutes hérité du qualificatif de "sans-abri". La responsable de cette maison, Constance Collins Margulies, la responsable, tient un discours plein d'espoir: "La fin est notre objectif." Dit plus explicitement, les femmes hébergées pour une année à la Lotus House y sont pour une année afin de retrouver les repères, l'énergie et la confiance pour prendre un nouveau départ. Il y a des règles, mais il y a aussi une technique qui a déjà fait du chemin aux Etats-Unis: l'empowerment.
Constance Collins Margulies est à la retraite. Elle travaillait dans l'immobilier et se consacre désormais pleinement à la Lotus House comme volontaire. Pourquoi un tel engagement? A 13 ans, à New York, elle tombe sur un sans-abri, dans le froid de l'hiver, qui fouille dans les poubelles de la ville. Cette vision lui glace le sang: "Comment peut-on être heureux en voyant de telles scènes?" se dit-elle. "Quelles que soient les raisons pour lesquelles ces femmes viennent ici, qu'elles aient vécu des situations dégradantes ou traumatisantes, il y a toujours une possibilité de se reconstruire. On leur donne, pour certaines, non pas une deuxième, mais une première chance."
Dans le quartier d'Overtown, à majorité afro-américaine, la Lotus House est un îlot à l'abri de l'agitation de la ville. Augusta est une ancienne pensionnaire . Elle livre un témoignage bouleversant: "Je suis très reconnaissante. La Lotus House m'a sauvé la vie. Mon identité était détruite. Maintenant je suis dans la phase de transition entre ici et un logement que j'occupe. J'ai 35 ans. Ce n'est que maintenant que j'apprends à me détendre. Ma mère est décédée quand j'avais 17 ans. J'ai appris à lutter, mais au fil du temps, j'ai perdu cette faculté. La porte de la Lotus House s'est ouverte. C'était comme si j'avais la mère dont j'avais besoin."
Sierra Jones, 35 ans (en photo), en bisbille avec ses parents, a été trimbalée d'un foyer pour enfants à l'autre. Elle a atterri ici à Overtown en état de détresse. Aujourd'hui, elle revit et a même été engagée par la Lotus House.
Introduction
Regard de Stéphane Bussard, correspondant du Temps aux Etats-Unis sur une Amérique innovante, audacieuse, mais que l'explosion des inégalités sociales a fini par faire douter de sa capacité à se réinventer, une Amérique désormais écartelée entre deux visions diamétralement opposées de son avenir.