George W. Bush et Jimmy Carter partagent un point commun: ils n'ont jamais été aussi bons qu'une fois à la retraite. On dit souvent du second qu'il est le meilleur ex-président que l'Amérique ait connu. Le premier a livré ce jeudi à la Maison-Blanche une prestation remarquable qui ferait presque oublié qu'il fut l'un des pires présidents américains de tous les temps, parole d'experts. C'est un George W. Bush enjoué et à l'humour décapant que Barack et Michelle Obama ont invité ce jour-là. Il venait avec son épouse Laura dévoiler leurs portraits qui vont décorer désormais les couloirs de la résidence présidentielle.
Plusieurs membres du personnel présidentiel de George W. Bush étaient présents ainsi que George Bush père et son épouse. "La collection de portraits de la Maison-Blanche commence et s'achève par George W. (référence au premier président américain George Washington). Les anecdotes du 43e président ne s'arrêtent pas là. Ce dernier rappelle qu'en 1814, Dolley Madison, la First Lady de l'époque, sauva le portrait de George Washington avant que les Britanniques ne boutent le feu à la Maison-Blanche. S'adressant à Michelle Obama, il lui demande d'en faire de même si "quelque chose devait arriver".
Dans la même verve, George W. Bush suggère à Barack Obama de questionner son portrait à chaque fois qu'il doit prendre une grave décision: "Qu'aurait fait George W?" Difficile de savoir si c'est l'air de la Maison-Blanche qui a produit un tel effet. Force est de constater que le 43e président a sans doute montré le visage le plus reluisant de sa personnalité.
Depuis plusieurs semaines, le candidat républicain à la Maison-Blanche Mitt Romney répète lors de chacun de ses meetings électoraux qu'il est celui qui peut restaurer l'économie américaine, remettre le pays sur le chemin de la création d'emplois et redonner du souffle à la production industrielle. Voici un peu plus d'une semaine, la camp de Barack Obama s'est senti obligé d'intervenir, attaquant sévèrement le bilan économique du patron de Bain Capital, une société de capital-risque que Mitt Romney dirigeait et dont il fait l'un des principaux atouts de sa campagne. Les attaques étant clairement excessives, Mitt Romney est finalement ressorti renforcé de l'offensive démocrate.
Mais la réplique ne s'est pas fait attendre. L'équipe de la campagne de Barack Obama vient de diffuser une publicité qui met le doigt sur une époque que Mitt Romney semble vouloir esquiver: celle où il fut gouverneur du Massachusetts de 2003 à 2007.
Le problème, c'est que le bilan de Mitt Romney en tant que gouverneur est très mitigé et bat en brèche le credo économique de son actuel campagne électorale. En termes de création d'emplois, le Massachusetts chuta en 47e position sur 50 Etats à la fin de son mandat. Au niveau de la dette de cet Etat de la Nouvelle Angleterre, elle n'a jamais autant augmenté que sous le règne de Romney. A propos des impôts (taxes), ce dernier a bien tenu sa promesse de ne pas les augmenter, mais pour avoir les ressources suffisantes pour financer ses projets, il a choisi une voie détournée: il a augmenté un peu partout les taxes ou fees (mariage, enterrement, etc.).
La stratégie démocrate de mettre en lumière le mandat de gouverneur de Mitt Romney est pour l'heure un ballon d'essai. Si elle est probante, elle sera renforcée à l'approche de l'élection présidentielle de novembre. Elle a trois objectifs: elle veut montrer que le candidat républicain répète le même discours qu'en 2002. Cela prouve que la recette économique de Romney (Romneyeconomics) ne marche pas. Elle veut montrer que ce que le républicain a fait au plan d'un Etat, il le répliquera au niveau national sans plus de succès. Elle vise enfin à accroître l'attention sur cette période au cours de laquelle Mitt Romney promulgua une loi de la santé très similaire à celle que Barack Obama a promulguée en 2010 et que le républicain veut abroger dès son premier jour à la Maison-Blanche.
"There is an uptown local 1 train to Van Cortland Park-242nd Street approaching the station". Les usagers du métro de New York sont familiers de ces annonces qui donnent un côté chaleureux au subway. Depuis quelques jours, cette voix m'est encore plus sympathique. A bord du porte-avions USS Wasp, au large de Manhattan, j'ai fait la connaissance improbable de Bernie Wagenblast, (photo prise sur le Uss Wasp) 55 ans. Ce spécialiste des transports a lui aussi été invité par l'US Navy à cotoyer les matelots de la marine militaire américaine ainsi que les membres du corps des Marines.
Après quelques minutes de conversation, sa voix me devient familière. C'est lui qui annonce tous les jours les arrivées des trains dans le métro new-yorkais. "C'était compliqué à faire?" lui ai-je demandé. "Non, mais il y avait plus de 1000 messages à enregistrer. C'était beaucoup", m'expliqua-t-il. Sa voix est aussi audible dans les aéroports John F. Kennedy et Newark.
Pour tenter de faire rêver les passagers stressés en attente de leur train, le New York Times a ouvert sa boîte à idées. Plus de 200 personnes ont fait des propositions de messages tantôt loufoques, tantôt critiques, pour extraire les usagers du subway de leur routine. Le journal a demandé à Bernie Wagenblast, "The Voice of the Subway" et ancien journaliste qui annonce toujours l'état du trafic le samedi sur une radio de New York, à prononcer les différents messages. Voici l'une des plus humoristiques que l'on entendra malheureusement pas dans le métro: elle se décline sous forme de rap, une composition de Christopher Bonewitz, un habitant de Brooklyn:
Mardi, l'histoire a fait le tour des réseaux sociaux et des médias. Lançant une application iPhone pour la présidentielle de novembre, l'équipe de campagne du candidat républicain Mitt Romney a commis une grosse bourde en orthographiant America Amercia. D'aucuns ont d'emblée saisi l'occasion pour tenter de démasquer les véritables intentions de l'ex-gouverneur du Massachusetts. L'auteur d'un tweet ironise: la guerre contre la t(erreur). Romney dévoile ses plans. America +CIA, laissant entendre que reprendre l'Amérique pour Mitt Romney, c'est en faire un Etat policier. Un autre réseauteur social est plus acerbe: selon lui, l'équipe de Romney savait qu'elle avait fait une erreur de typographie, mais "pensait que les républicains n'allaient pas le remarquer". Un tweet soulève la question suivante: "Comment peut-on diriger l'Amérique quand on n'est pas capable de l'écrire correctement?"
Mercredi, Apple a rectifié le tir. Romney peut à nouveau rêver d'être le premier citoyen d'Amérique. Quant à Barack Obama, il n'est pas avare de gaffes non plus. Mardi, lors d'une cérémonie à la Maison-Blanche en hommage posthume à Jan Karski, un ancien officier polonais qui avait fourni aux Occidentaux les premiers témoignages sur la politique d'extermination des Juifs par les nazis, le président américain a parlé des "camps polonais de la mort" en lieu et place des camps d'extermination nazis. Le sang des Polonais n'a fait qu'un tour.
C'est une manière singulière de célébrer une victoire. Mardi soir, en gagnant la primaire du Texas, Mitt Romney a décroché l'investiture républicaine en atteignant la barre des 1144 délégués nécessaires pour aborder la convention de Tampa, à la fin d'août, en toute tranquillité. Il aurait pu fêter l'événement de façon plus joyeuse. Il a préféré participer à une soirée de collecte de fonds à Las Vegas avec le milliardaire Donald Trump, dont le nom figure sur la plupart des tours qu'il a fait construire à Manhattan.
Et qu'a fait Donald Trump? Il a monopolisé l'attention. Il a ressorti sa théorie fumeuse sur l'authenticité du certificat de naissance du président Barack Obama qui ne serait pas né à Hawaï, comme il l'affirme et comme les autorités le confirment, mais au Kenya ou en Indonésie. Pour Donald Trump, toute occasion est bonne pour occuper l'espace public. Mission réussie. Pour Mitt Romney, l'exercice a été beaucoup moins probant, même si le soutien financier de Trump peut lui être très utile cet automne. Il y a peu pourtant, l'ex-gouverneur du Massachusetts n'était pas très proche de Donald Trump, refusant de participer à un débat que le milliardaire organisait à New York.
En avril, il est vrai, Donald Trump a réussi à collecter 600'000 dollars lors d'un événement organisé à l'occasion de l'anniversaire d'Ann Romney, l'épouse du candidat républicain à la Maison-Blanche. Dimanche, le commentateur conservateur George Will a tenu des propos au vitriol au sujet de Donald Trump, estimant que Mitt Romney n'a rien à gagner à s'afficher avec lui: "Le coût d'apparaître à côté de ce pompeux ignorant est évident, à mes yeux. Donald Trump est une nouvelle preuve que si votre fortune net est suffisamment grande, votre QI peut être très bas et qu'il est toujours possible de faire irruption dans la politique américaine."
Les politiques et médias américains ont poussé de grands cris d'orfraie quand les autorités du Pakistan ont annoncé que le docteur pakistanais Shakil Afridi était condamné à 33 ans de prison pour trahison (photo de la prison centrale de Peshawar où est détenu le docteur/Fayaz Aziz/Reuters). Selon eux, le médecin n'a en aucun cas commis une trahison puisqu'il a aidé la CIA dans sa quête d'Oussama ben Laden, l'homme qui a commandité les attentats du 11 septembre 2001. L'agence de renseignements avait recruté le Pakistanais pour qu'il collecte des échantillons de sang du leader d'Al-Qaida de l'époque. Sa couverture: il menait une vaste campagne de vaccinations dans les zones tribales du Pakistan, où Ben Laden avait son repaire (Abbottabad).
Pour le chroniqueur David Ignatius du Washington Post, qui a toujours un accès privilégié à la CIA et au Pentagone, on ne devrait pas se contenter de manifester de l'indignation envers Islamabad. Certes, les actes du docteur Shakil Afridi ne semblent pas découler d'une "trahison", mais ils suscitent aussi de l'indignation auprès du monde médical et des ONG humanitaires actives au Pakistan et dans le monde. Motif? En utilisant pour prétexte une campagne de vaccination pour tenter d'obtenir du sang de Ben Laden, le médecin, collaborant avec la CIA, a discrédité d'autres campagnes de vaccinations, "réelles celles-là" contre la polio par exemple, en recrudescence dans le pays. Or les gens nécessitant le vaccin pourraient ne pas vouloir participer à un programme susceptible d'être un complot de la CIA. La théorie du complot en la matière peut vite faire d'énormes dégâts.
Président d'une coalition de 200 ONG internationales, Samuel Worthington le déclare: "Depuis que des rapports de la campagne de vaccination de la CIA se sont fait jour l'été dernier, nous avons constaté une érosion continue de la capacité des ONG américaines à mettre en oeuvre des programmes humanitaires essentiels au Pakistan et une croissance de la violence ciblée contre les travailleurs humanitaires. Je crains que les activités de la CIA au Pakistan et la perception que les ONG américaines ont des liens avec les renseignements aient contribué à ces phénomènes alarmants."
Difficile d'imaginer cela en Chine ou en Russie: la Marine américaine a invité mercredi 23 mai des journalistes américains et étrangers à bord du porte-avions et navire d'assaut amphibie USS Wasp au large de New York dans le cadre de la Semaine de la Marine (Fleet Week) qui se déroule du 23 au 30 mai. Il y a bien entendu un élément de propagande dans cette invitation de journalistes embedded. Il s'agit de donner une nouvelle visibilité à une Navy malmenée par les budgets aux Etats-Unis et pas toujours comprise au plan international.
Les responsables de la communication de certains ministères s'interrogeront toutefois sur cette ouverture. En embarquant sur le porte-avions, les journalistes pouvaient parler à n'importe quel militaire, sans restriction. On peut imaginer qu'ils ont été bien briefés. Il n'en demeure pas moins que c'est un risque de communication que la Navy a jugé pertinent de prendre.
Voici quelques vidéos et photos de la journée:
L'arrivée de l'hélicoptère à l'embarcadère 6 au sud de Manhattan:
Le défilé des matelots et des Marines à l'approche de New York:
La profession de foi d'un officier de la Marine:
Et quelques images (cliquer sur chacune d'elles pour les agrandir):
L'ancien président américain Ronald Reagan reste très populaire aux Etats-Unis. Dans le cadre des primaires républicaines, tout candidat s'est réclamé une fois ou l'autre du président républicain qui régna sur l'Amérique de 1980 à 1988. Chaque candidat a rappelé sa fameuse phrase illustrant l'optimisme invétéré des Américains: "A shiny city on the hill."
L'engouement pour l'ex-président ne connaît pas de bornes. Dans le cadre d'une vente aux enchères en ligne, les Américains peuvent désormais espérer acheter une fiole de sang de Ronald Reagan prélevé quand il fut victime d'un attentat en 1981 (photo Mike Evens/Consolidated News Pictures/AFP) par un laboratoire du Maryland, Bio Science Laboratories à Columbia. Le président avait été atteint par une balle et hospitalisé à l'Hôpital George Washington. Apparemment, ce serait un homme qui aurait hérité de la fiole de sa mère (aujourd'hui décédée), laquelle travaillait pour le laboratoire.
Le sang de la Fondation Reagan n'a toutefois fait qu'un tour. Celle-ci se bat pour arrêter la vente. D'où la question philosophique: le sang de Ronald Reagan appartient-il à la famille, à la fondation ou à la nation? Le vendeur, lui, pourrait empocher 14'000 dollars. Fan de la révolution conservatrice et de la reaganomics, il a déclaré, sur le site de la maison de vente aux enchères, que le président Reagan "préférerait sans doute que je la [fiole] vende plutôt que je la donne."
C'est la question qu'ont voulu poser plus de 1200 électeurs d'Arizona en exhortant le secrétaire de l'Etat d'Arizona, Ken Bennett, par ailleurs coprésident de l'équipe de la campagne électorale de Mitt Romney dans ce même Etat, à faire une demande officielle de certificat de naissance à Hawaii, où Barack Obama (photo Mandel Ngan/AFP) est né.
Hawaii s'est exécuté après deux mois de bataille. S'il ne l'avait pas fait, il était possible, explique Ken Bennett, que Barack Obama ne figure pas sur le bulletin de vote le 6 novembre prochain. Mais le coprésident de la campagne de Mitt Romney avoue qu'il n'a pas fait de demande à l'Etat du Michigan pour s'assurer que le candidat républicain Mitt Romney y est bien né et qu'il n'a pas vu le jour au Mexique, où a vécu son père.
Les Américains qui doutent de "l'américanité" de leur président n'en démordent pas. En Arizona, il y a le shérif du comté de Maricopa, Joe Arpaio, qui prétendait que le certificat de naissance d'Obama était un faux. A New York, il y a le milliardaire et bailleur de fonds du Parti républicain Donald Trump qui appartient aussi aux "birthers", ces citoyens qui doutent du lieu de naissance du président, affirmant que Barack Obama a vu le jour soit au Kenya, soit en Indonésie. Et comme il faut être né sur territoire américain pour pouvoir être élu à la Maison-Blanche...
L'Arizona est une terre en partie hostile pour le président et les démocrates. De passage à Tucson pour la commémoration de la tuerie ayant impliqué la démocrate du Congrès Gabrielle Gifford, Barack Obama avait eu droit à un accueil plutôt rude de la part du gouverneur républicain d'Arizona, Jan Brewer, qui menaça le président du doigt devant toutes les télévisions. L'administration Obama a par ailleurs porté plainte devant la Cour suprême des Etats-Unis contre la loi d'immigration d'Arizona qui autorise quasiment le délit de faciès.
Pour le très probable rival républicain de Barack Obama dans la course à la Maison-Blanche, Mitt Romney, Cuba reste une sorte d'épouvantail qu'il importe d'agiter pour s'assurer les faveurs des (néo-)conservateurs. Mardi, il n'est pas allé aussi loin que Newt Gingrich durant les primaires, lequel prônait des opérations commandos à Cuba. Mais il reste englué dans un discours digne de la Guerre froide.
Mardi, l'ex-gouverneur du Massachusetts a tiré à boulets rouges sur le président Barack Obama dont l'administration a accordé un visa à la fille du président cubain Raul Castro, Mariela (photo AFP), qui doit participer à une conférence sur l'Amérique latine à San Francisco en présence d'une soixantaine d'universitaires. Les arguments de Mitt Romney: Cuba pratique la négation systématique des droits de l'homme. Leurs représentants n'ont droit à aucune faveur. Le discours ressemble à celui qu'il tient au sujet de la Russie. Dans sa diatribe, il a bien sûr mentionné la détention dans les prisons cubaines de l'Américain Alan Gross, condamné à 15 ans de prison pour espionnage. Un personnage ambigu qui n'est sans doute pas totalement irréprochable.
Or, à en juger par un excellent spécialiste américain de Cuba, Barack Obama a sans doute emprunté le bon chemin pour sortir d'un statu quo anachronique et surtout contre-productif. L'Amérique applique un embargo contre Cuba depuis près de 60 ans et cela fait 63 ans que le régime castriste perdure. Cherchez l'erreur.
Sachant qu'il n'a aucune chance de convaincre le Congrès de lever l'embargo, le président américain a assoupli sensiblement les règles régissant les voyages, a permis l'ouverture de nombreux aéroports desservant Cuba depuis les Etats-Unis, a augmenté le montant des remesas, l'argent que la diaspora cubaine peut apporter sur l'île pour la famille. Du côté cubain, les violations des droits de l'homme sont toujours importantes, mais plusieurs signaux révèlent une ouverture. On dit que le pouvoir cubain va libéraliser les voyages d'ici peu. Ce serait une petite révolution qui ne sera pas sans conséquence sur le régime. Et cela pourrait intervenir encore sous la présidence Obama.
Barack Obama a encore du travail en Arkansas, l'Etat d'un ex-gouverneur bien connu, Bill Clinton. Dans les primaires démocrates qui ont bien lieu même si elles ne sont pas vraiment couvertes par les médias, le président américain fait face à un démocrate de l'endroit, John Wolfe, un avocat du Tennessee, nous apprend le blog Fix du Washington Post. Or lors d'un récent sondage, Barack Obama n'avait que 7 points d'avance sur John Wolfe dans le 4e district de l'Arkansas qui représente un quart de l'Etat en termes de superficie.
En 2008, le candidat démocrate n'avait obtenu que 39% des votes lors de la présidentielle dans cet Etat du sud. Cette année, il y a certes peu de chance que l'avocat du Tennessee lui brûle la politesse ce soir lors des primaires, mais l'exemple montre que Barack Obama n'a pas facilement les faveurs des démocrates du Sud ou Blue Dogs, plus conservateurs, qui peinent à s'identifier au président.
En 2008, l'ancien secrétaire d'Etat de George W. Bush Colin Powell (photo Saul Loeb/AFP) avait fait sensation en apportant son soutien à la candidature du démocrate Barack Obama dans la course à la Maison-Blanche. Ce choix fut d'autant plus mal vécu dans les rangs du Parti républicain que le candidat officiel du parti, John McCain était, comme le général Powell, un héros de la guerre (du Vietnam).
En 2012, Colin Powell ne sait plus à quel saint se vouer. Dans une interview sur NBC, il a déclaré ne pas vouloir soutenir un candidat particulier pour l'instant. L'ancien chef de la diplomatie américaine reconnaît les mérites de Barack Obama, la stabilisation du système financier, le sauvetage de l'industrie automobile, le retrait progressif d'Afghanistan. Colin Powell a même soutenu le président démocrate pour pousser le Sénat à ratifier le nouveau traité Start de réduction des armes stratégiques avec la Russie. Mais visiblement, ce n'est pas suffisant à le convaincre. Colin Powell estime que Barack Obama n'a pas suffisamment agi dans le secteur économique et qu'il devrait s'inspirer des propositions de son rival républicain Mitt Romney.
En 2008, certains ont aussi voulu voir dans le soutien de Powell à Barack Obama une solidarité entre Noirs. Aujourd'hui, l'ex-secrétaire d'Etat attend de voir l'équipe qui entourera Barack Obama pour se décider.
Les dirigeants du sommet du G8 sont réunis ce vendredi et samedi dans la résidence de campagne des présidents américains à Camp David, à 100 kilomètres au nord-ouest de Washington. C'est là que vendredi soir ils vont entamer le sommet par un dîner pour traiter de la question du nucléaire iranien.
L'endroit est mythique tant il est chargé d'histoire (voir la belle galerie de photos du Washington Post).C'est là que John F. Kennedy discute avec Dwight Eisenhower de l'invasion de la Baie des Cochons à Cuba. C'est aussi sur cette vaste propriété entourée de verdure et au pied des Appalaches que le président Richard Nixon débat de la situation au Vietnam avec son secrétaire d'Etat Henry Kissinger. C'est aussi là que le maître du Kremlin Boris Eltsine reçoit des bottes de cow-boy pour son 61e anniversaire de la part de George H. Bush. C'est aussi à Camp David que les responsables de l'administration de George W. Bush se réunissent au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.
Mais le moment le plus fort inscrit dans la mémoire de la résidence est sans conteste le sommet réunissant, en septembre 1978, le président égyptien Anouar el-Sadate, le premier ministre israélien Menahem Begin et le président américain Jimmy Carter (photo AFP). Après 13 jours de négociations secrètes, l'Egyptien et l'Israélien trouvent un accord. Le premier traité de paix entre Israël et l'Egypte sera conclu l'année suivante.
La tentative entreprise en fin de mandat par le président Bill Clinton de conclure la paix entre Israël et les Palestiniens, entre Ehoud Barak et Yasser Arafat en juillet 2000 sera cependant un échec.
La publication par le New York Times des propositions de plusieurs stratèges républicains visant à attaquer Barack Obama par rapport à ses liens passés avec le pasteur noir Jeremiah Wright a provoqué un tollé dans la campagne électorale américaine. Le "super-PAC" dénommé "Ending Spending Action Fund" envisageait de diffuser des publicités pour une somme de dix millions de dollars jouant sur la corde raciale de l'Amérique. Jeremiah Wright est connu pour avoir proféré des mots "inappropriés" au sujet des attentats du 11 septembre 2001.
Le probable adversaire républicain de Barack Obama, Mitt Romney, s'est immédiatement distancié de ce projet financé par le milliardaire Joe Ricketts. La gauche américaine et la Maison-Blanche ont également réagi. Résultat: des gens outrés par ce dessein ont annulé leurs comptes dans la société de Ricketts, Ameritrade. Le milliardaire a aussi dû écrire au média qu'il possède DNAinfo pour rassurer les journalistes qu'il n'allait pas entrer dans une telle logique. Joe Ricketts lui-même a pris ses distances avec le projet après le scandale qu'il a suscité jeudi dans toute l'Amérique.
Pour Romney, le danger de ces publicités qui devaient être diffusées au moment de la Convention démocrate de Charlotte, du 3 au 6 septembre, était manifeste. Elles auraient pu rendre l'élection présidentielle encore davantage un choix de personne et en l'occurrrence, ce choix aurait pu tourner à l'avantage de Barack Obama en raison d'une campagne républicaine trop empreinte de négativité.
Les électeurs" ne sont toujours pas prêts à haïr ce président". Dans un document de 54 pages richessement illustrées, des stratèges républicains et un milliardaire, Joe Ricketts (photo Dave Weaver/AP/Keystone), fondateur de la société de courtage TD Ameritrade, donnent une idée de la tonalité que va peut-être prendre la campagne électorale américaine pour les élections de novembre.
Le document intitulé "The Defeat of Barack Hussein Obama: The Ricketts Plan to End His Spending for Good" que le New York Times a pu se procurer montre que les républicains préparent une offensive massive contre le président noir Barack Obama en misant sur la race. Le "super Comité d'action politique (Super-PAC)" financé par le milliardaire pourrait investir 10 millions de dollars dans une campagne de publicité. Celle-ci devrait être lancée au moment de la Convention démocrate de Charlotte, à partir du 3 septembre et viserait à montrer le "vrai visage" de Barack Obama. L'idée des stratèges républicains est de revenir sur la relation entre Barack Obama et le pasteur Jeremiah Wright.
Ce dernier fut un ami du président et célébra le mariage de Barack et Michelle Obama. Il se distingua par des propos "inappropriés" au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. En pleine campagne électorale en 2008, il avait aussi mis Barack Obama dans l'embarras en répétant que par ses actions violentes à l'étranger, l'Amérique avait en quelque sorte provoqué les attentats les plus meurtriers jamais perpétrés sur sol américain. "Le monde va voir Jeremiah Wright et comprendre son influence sur Barack Obama pour la première fois d'une manière qui va attirer une forte attention", relève le document qui souligne que le pasteur était un apôtre de la "théologie de la libération noire".
Les promoteurs de cette offensive envisagent de recruter un Afro-Américain ultra-conservateur comme porte-parole pour lui faire dire que le président noir a mené le pays vers l'abîme. Des pages entières de publicité pourraient aussi être publiées dans la presse, rappelant les propos du pasteur Wright.
Le plan d'attaque contre le président démocrate n'est pas encore certain d'être mis en oeuvre. Mais il révèle une volonté de recourir à tous les moyens pour orchestrer la défaite de Barack Obama. En 2008, le candidat républicain John McCain avait refusé de mener une campagne aux relents raciaux et de finalement diffuser une publicité qui avait été réalisée pour fustiger le candidat démocrate et sa relation avec le pasteur controversé. Le document en question le dit clairement: "Notre plan est de faire exactement ce que John McCain nous a empêchés de faire."
Selon le New York Times, cette affaire révèle le pouvoir qu'un seul homme peut jouer dans l'élection présidentielle américaine. Une situation qui résulte de la décision de la Cour suprême des Etats-Unis (Citizens United) d'autoriser l'avènement des super-PAC, ces groupes d'intérêts qui peuvent être financés sans limite par un contributeur qui n'est pas obliger de révéler son nom. Le milliardaire Joe Ricketts, qui se dit "très préoccupé par la direction dans laquelle va le pays et qui prévoit de résister" soutient le super-PAC "Ending Spending Action Fund".
Cette initiative, si elle se concrétise, annonce un combat politique d'une rare dureté. Le très probable candidat républicain appelé à affronter Barack Obama, Mitt Romney, pourrait toutefois se trouver en porte-à-faux avec les promoteurs de ce plan. L'ex-gouverneur du Massachusetts s'est toujours gardé d'asséner des coups personnels au président démocrate.
Le clan Kennedy est à nouveau touché par une tragédie. L'épouse de Robert F. Kennedy junior, Mary Richardson Kennedy 52 ans, a été trouvée sans vie mercredi au domicile familiale de Bedford dans l'Etat de New York. Selon les premiers témoignages qui ne sont pas confirmés par la police, elle aurait été retrouvée pendue à une corde. Une note aurait été retrouvée près du corps.
La victime a marié l'un des onze enfants de Bob Kennedy (candidat à la Maison-Blanche assassiné en 1968), Robert F. Kennedy en 1994. Leur couple connaissait des difficultés et le mari aurait engagé une procédure de divorce voici deux ans. Mary R. Kennedy a eu par le passé des problèmes d'alcool et d'abus de médicaments. Le drame intervient un peu moins de trois ans après le décès de Ted Kennedy.
En matière de politique étrangère, le très probable rival républicain de Barack Obama dans la course à la Maison-Blanche, Mitt Romney, inquiète ses propres conseillers qui, pour reprendre l'expression de l'un d'eux, s'arrachent les cheveux. Récemment, l'ex-gouverneur du Massachusetts a déclaré que la Russie était l'ennemi numéro un de l'Amérique. Oubliée la remise des compteurs à zéro (reset buton) entre les deux pays, oublié le fait que la Guerre froide est terminée. Contrairement à d'anciens secrétaires d'Etat et à la Défense tels que George Schultz, James Baker ou encore Henry Kissinger, il plaidait aussi contre l'adoption par Washington du nouveau Traité Start de réduction des armes stratégiques en 2010. Or sans ce traité qui arrivait à échéance, tout le système de vérification réciproque se serait effondré. Le récent boycottage du sommet du G8 à Camp David par le nouveau président russe Vladimir Poutine semble apporter de l'eau au moulin de Mitt Romney. Mais les choses sont plus complexes.
La Russie n'est pas le seul dossier de politique étrangère où Mitt Romney provoque régulièrement des sueurs froides aux diplomates américains. A propos de l'Iran, le républicain prône une politique qui n'a rien à envier aux néoconservateurs tels que John Bolton. Quant au Moyen-Orient, sa vision est loin de convaincre le candidat à la présidentielle égyptienne et ex-secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa. Christiane Amanpour l'a interviewé sur CNN:
Depuis qu'il a déclaré lors d'une interview sur ABC qu'il était favorable au mariage homosexuel, le président américain Barack Obama continue de faire l'objet des commentaires les plus divers. En ce sens, Newsweek a versé de l'huile sur le feu en titrant en une "The First Gay President". Le journaliste d'origine britannique Andrew Sullivan salue ce moment historique. A ses yeux, Obama fait ainsi de la présidentielle de novembre une élection de valeurs, de choix et non un référendum sur la situation économique du pays.
Il y a bien sûr des raisons d'opportunité qui peuvent expliquer l'apparent revirement de Barack Obama qui pensait jusqu'ici que les unions civiles étaient suffisantes pour garantir l'égalité des droits des homosexuels. 65% des démocrates soutiennent désormais cette évolution contre 22% chez les républicains. Et les indépendants sont maintenant 57% à y être favorables. Mais pour Andrew Sullivan, blogueur homosexuel caustique qui fut longtemps à droite avant de virer à gauche, un autre phénomène l'explique. Barack Obama, enfant noir élevé par des grands-parents blancs et une mère blanche à Hawaï et en Indonésie a dû à un certain moment chercher à découvrir son identité noire et se réconcilier avec sa famille blanche. Les gays qui grandissent dans un milieu hétérosexuel doivent un jour ou l'autre se réconcilier avec leur famille hétérosexuelle. Un processus d'identification similaire.
La communauté gay estime qu'il a fallu du temps au président américain pour prendre une telle décision. En réalité, selon Sullivan, il a appris de Bill Clinton en évitant d'aborder la question frontalement. C'aurait été un échec. Il a adopté une lente stratégie en incitant l'amiral Mike Mullen et le secrétaire à la Défense précédent Robert Gates à appeler au changement et à l'abolition de la loi "don't ask don't tell" qui autorisait les homosexuels à aller à l'arméé à la condition qu'ils ne révélaient pas leur orientation sexuelle. Et puis il y eut le discours, à Genève, devant le Conseil des droits de l'homme, de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton en faveur de l'égalité des droits pour les homosexuels, un discours qui surprit tous les journalistes sur place.
Le sujet n'en finit néanmoins pas de faire des vagues. Invité de Conan O'Brien, l'animateur de TV Bill Maher s'en fait l'écho:
Démocrates et républicains ont démontré au cours des deux dernières années qu'ils n'étaient plus en mesure de coopérer pour le bien du pays. Les interminables débats sur le rehaussement du plafond de la dette américaine, en 2011, ont été sans doute l'exemple le plus parlant de l'échec de l'esprit "bipartisan" que Barack Obama souhaitait faire souffler sur l'Amérique au lendemain de son élection.
Face aux blocages politiciens de Washington, une organisation à but non lucratif, Americans Elect, a lancé un processus inédit visant à désigner via Internet un candidat n'étant ni démocrate, ni républicain pour la course à la Maison-Blanche. Après un processus de deux ans, Americans Elect doit faire un constat d'échec. L'organisation ne trouve pas un candidat ayant le profil pour la présidence des Etats-Unis.
Pour passer sous les fourches caudines des membres du Conseil d'administration d'Americans Elect, les candidats intéressés devaient passer la rampe des 10 000 votes glanés sur Internet dans au moins dix Etats. Le favori de cette course électorale sur Internet se nomme Buddy Roemer (photo AFP). Ex-gouverneur de Louisiane, il n'a récolté que 6000 voix. Un candidat a bien frôlé la barre des 10 000 votes: Ron Paul. Problème: il est toujours candidat à l'investiture républicaine, bien qu'il vienne d'annoncer qu'il ne menait plus campagne.
Le document de 95 pages révèle que des centaines de milliers de femmes et de jeunes filles ouvrières agricoles immigrées aux Etats-Unis encourent un risque élevé de violence sexuelle sur leur lieu de travail. Enquêtant auprès de 160 personnes, des ouvrières agricoles, des avocats, des membres de l'industrie agricole voire même des policiers, Human Rights Watch montre à quel point les employeurs, basés en Californie, en Caroline du Nord et dans l'Etat de New York, profitent du statut précaire voire illégale des ouvrières agricoles pour les harceler ou les abuser sexuellement. Ces dernières déclarent avoir été victimes de viols, attouchements, scènes d'exhibitionnisme ou de propos vulgaires et obscènes.
Le Sénat américain débat toutefois toujours de la nécessité ou non de proroger la loi contre les violences faites aux femmes. Une adoption rapide de cette disposition permettrait de garantir une protection renforcée à ces ouvrières agricoles. Les problèmes d'abus sexuels relèvent aussi d'une loi sur l'immigration déficiente. Grace Meng le déplore: "Chaque jour où il s'abstient d'adopter la réforme de l'immigration, le Congrès expose davantage d'ouvrières agricoles au risque d'abus sexuels."
Elle est décédée à l'âge de 53 ans d'un cancer de l'utérus. Stanley Ann Dunham, qui deviendra Stannie Ann à l'université, puis Ann Obama et enfin Ann Sutoro, a joué un rôle essentiel dans la vie du 44e président des Etats-Unis, explique dans le Washington Post David Maraniss, qui va publier en juin prochain un ouvrage qui pourrait faire du bruit: Obama: The Story.
Docteure en anthropologie, polyglotte parlant le bahasa indonésien et capable de travailler en ourdou, hindi, javanais, français et latin, elle entretenait une relation compliquée avec Barack Obama qu'elle appelait tantôt Barry, tantôt Bar. Elle passa la plus grande partie de sa vie hors des Etats-Unis. Barack Obama a joué un rôle protecteur, raconte-il dans ses Mémoires. Mais il a aussi dû s'en affranchir. David Maraniss évoque les difficultés d'identité de la mère, du fils Barack Obama et de la fille Maya. L'actuel président passa la plupart de son adolescence sans sa mère, mais avec ses grands-parents à Honolulu. Pour le biographe, il ne fait pourtant aucun doute: la mère de Barack Obama a contribué fortement à déterminer l'essence du président démocrate.
Ce dernier le lui rend bien dans cette vidéo tournée par sa campagne électorale. Sa mère lui a enseigné les valeurs du travail dur et de la responsabilité, mais aussi de la compassion et de l'empathie. Sa grand-mère, raconte Barack Obama, "était très différente de ma mère. Elle était stoïque, avec ses racines du Kansas".
Quand il est question de politique, seules les femmes suscitent des commentaires quant à leur tenue vestimentaire. Personne ne semble intéressé par l'apparence des hommes politiques tels que l'obèse Chris Christie, gouverneur du New Jersey, ou le sénateur du Kentucky Rand Paul, qui porte souvent des costumes disparates avec d'étonnantes cravates et surtout des chaussures usées qui datent. Les femmes en revanche sont constamment scrutées. Les Suisses se souviennent des éternels commentaires sarcastiques sur la coupe de cheveux de la cheffe de la diplomatie suisse Micheline Calmy-Rey. Elle-même savait d'ailleurs en jouer en traversant le 38e parallèle entre les deux Corées avec des chaussures à croix blanche. La chancelière allemande Angela Merkel fait sans doute partie des exceptions, mais pas Hillary Clinton.
La secrétaire d'Etat américaine a entrepris un grand voyage diplomatique voici quelques jours en Asie: Chine, Bangladesh, Inde... Les commentateurs de télévision ont cependant moins évoqué la crise diplomatique qu'elle devait résoudre à Pékin au sujet du dissident Chen Guangchen que son apparition sans maquillage, avec des lunettes et sans une coiffure particulière à Dacca au Bangladesh.
Sur CNN, Hillary Clinton, 64 ans, a malgré tout répondu aux préoccupations des journalistes en précisant qu'au stade où elle est dans sa vie, elle porte des lunettes si elle le veut, ne se maquille pas si elle ne le souhaite pas et coiffe ses cheveux comme elle l'entend. Figure du féminisme aux Etats-Unis, Hillary Clinton est libre. On a pu le constater en Colombie où elle fêtait l'anniversaire d'une collaboratrice au Havana Bar de Carthagène en dansant. Elle est aussi très populaire au point que certains dont le journaliste Bill Keller la verrait bien candidate à la vice-présidence aux côtés d'Obama et à la place de Joe Biden. Cela ne se produira sans doute pas. Mais cela montre que l'ex-First Lady ne doit plus rien à son mari Bill Clinton en termes de popularité.
Il ne fait pas bon être Suisse quand on fait de la politique aux Etats-Unis. La républicaine et égérie du Tea Party Michele Bachmann (photo Jewel Samad/AFP), membre du Congrès, annonçait en grande pompe mardi, devant une délégation de parlementaires suisses en visite à Washington, qu'elle avait obtenu la nationalité suisse le 19 mars dernier et qu'elle était désormais binationale. Deux jours plus tard, l'idylle entre l'épouse d'un fils d'immigrés suisses du Wisconsin et la Suisse est déjà terminée. Jeudi, Michele Bachmann a envoyé une lettre au consulat de Suisse à Chicago demandant de renoncer à sa nationalité suisse.
La républicaine du Tea Party explique ce retournement spectaculaire dans Politico: "J'ai décidé d'agir ainsi car je veux être très claire: je suis née aux Etats-Unis et je suis fière d'être une citoyenne américaine. Je suis et j'ai toujours été 100% dédiée à notre Constitution [américaine] et aux Etats-Unis. En tant que fille d'un vétéran de l'Air Force, belle-fille d'une ancienne membre de l'armée et ayant une sœur qui a officié au sein de la Marine, je suis fière de mon allégeance à la plus grande nation que le monde ait jamais connue."
La relation entre Michele Bachmann et la Suisse en devient très confuse. Mardi, la représentante de l'Etat du Minnesota au Congrès déclarait à la télévision suisse qu'elle venait d'acquérir la nationalité suisse. Or elle l'avait déjà depuis 1978 par son mariage avec Marcus Bachmann. En vertu du droit suisse de l'époque, l'épouse d'un Suisse (dont les parents ont émigré d'Argovie pour s'installer dans le Wisconsin) acquérait automatiquement la nationalité. Selon Michelle Bachmann, "nous avons simplement mis à jour nos documents de famille". Le mariage n'était, il est vrai, pas enregistré auprès de la commune d'origine en Suisse avant 2012. Pour la républicaine, cette question de double nationalité est une "non-histoire".
Or Michele Bachmann était, l'automne dernier encore, candidate à la présidence des Etats-Unis et disputait les primaires républicaines. Certains se demandent dès lors pourquoi elle n'a pas révélé sa double nationalité quand elle se porta candidate au Congrès et plus récemment à la Maison-Blanche. Le porte-parole de Michele Bachmann le précise clairement à Politico: elle n'avait pas besoin de le faire, car elle a un certificat de naissance et un passeport américains. De fait, aucune règle du Capitole n'impose à un parlementaire de révéler sa double nationalité.
Dans cette affaire, les Suisses préfèrent garder profil bas, ne commentant pas cet étonnant retournement. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Le chroniqueur ultra-conservateur de la National Review Mark Krikorian, un militant anti-immigration, est sorti de ses gonds. Jusqu'ici, il avait de l'estime pour Michele Bachmann, la voyant bien décrocher non la présidence, mais au moins un portefeuille de ministre. Quand il a appris qu'elle avait la double nationalité, son sang n'a fait qu'un tour: "La double citoyenneté n'est pas simplement une affaire de convenance, une manière de voyager plus facilement [...]. C'est une déclaration formelle de double allégeance, de bigamie civique, si vous voulez. Comme Théodore Roosevelt l'affirmait: "Il ne peut pas y avoir de double allégeance ici. Tout homme qui dit être Américain, mais aussi autre chose, n'est pas du tout Américain." Mark Krikorian salue les qualités de la Suisse, dont celle d'avoir résisté aux nazis. Mais pour lui, elle reste un pays étranger. Et si Michele Bachmann se réclame de la nationalité américaine et suisse, c'est "une insulte aux deux pays".
Manifestement, Mark Krikorian a eu un impact sur Michele Bachmann qui, en renonçant à la nationalité suisse, n'a peut-être pas perdu espoir d'être à nouveau candidate à la Maison-Blanche dans quelques années.
Certains y voient une preuve de grand leadership, d'autres un risque politique à six mois de l'élection présidentielle. Dans une interview accordée à la chaîne de TV ABC, Barack Obama a déclaré être pour le mariage homosexuel. C'est la première fois qu'un président américain se prononce en faveur d'une telle évolution sociale.
Des proches du président pensaient qu'il allait l'annoncer peu avant la Convention démocrate du mois de septembre. Mais la déclaration, dimanche à la télévision, du vice-président Joe Biden approuvant le mariage gay a forcé quelque peu la main de Barack Obama. Celui-ci n'a d'ailleurs pas toujours été acquis à la cause. Il a longtemps pensé que les unions civiles (pacs) étaient suffisantes. Mais le fait d'en avoir discuté au sein de sa famille, au sein de son administration et avec des amis homosexuels lui a fait changer d'avis.
Les bars gays de New York ont d'emblée affiché la nouvelle. Un gestionnaire de fortune homosexuel n'en revient pas: "Le vent a tourné. Cela prouve à quel point les mentalités changent vite. Les hommes politiques n'ont plus peur. Avant, ce n'était pas bien d'être pour [le mariage homosexuel], maintenant, ce n'est pas bien d'être contre." Le maire de New York, Michael Bloomberg, estime que la décision de Barack Obama aura des conséquences considérables: "Aucun président américain n'a soutenu une extension majeure des droits civiques qui n'ait pas été ultérieurement adoptée par le peuple américain. Et pour moi, il ne fait aucun doute, le cas présent ne fera pas exception."
Politiquement, le président démocrate prend un risque, car dans des Etats cruciaux tels que l'Ohio, la Pennsylvanie, l'Iowa et la Virginie, l'opposition au mariage homosexuel est encore forte. Par ailleurs, la communauté afro-américaine y est toujours majoritairement opposée. Chez les Hispaniques catholiques, c'est très partagé. Au plan national, 47% des électeurs indécis (swing voters) sont favorables au mariage gay et 39% y sont opposés. Dans le sud, 48% sont contre cette évolution sociale. Ce sera précisément le défi de Barack Obama. Mardi, les électeurs de Caroline du Nord ont approuvé un amendement interdisant le mariage gay à une large majorité. Or en 2008, le démocrate avait remporté cet Etat clé.
Par ce positionnement, Barack Obama marque un contraste encore plus net avec son très probable rival républicain, Mitt Romney, qui se dit toujours opposé au mariage homosexuel et à l'union civile. Cela peut lui coûter des voix parmi les électeurs les plus religieux. A contrario, il pourrait reconquérir le vote des jeunes, déçus par Obama, qui sont largement favorables à l'octroi des mêmes droits aux couples homosexuels. Dans un éditorial, le New York Times regrette toutefois que le président américain n'ait pas jugé que la question relevait de la compétence fédérale et que les Etats ont encore leur mot à dire. Le quotidien rappelle qu'en 1967 la Cour suprême avait jugé illégale l'interdiction du mariage interracial, car "le mariage est l'un des droits civiques fondamentaux de l'homme".
Il ne terminait pas la présentation du journal télévisé par "Good Bye and Good Luck". Mais il eut l'immense honneur de succéder au mythique Walter Cronkite sur CBS News. Il anima l'émission phare 60 Minutes. Il fut aussi le premier journaliste des grandes chaînes de TV américaines à annoncer l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas en 1963. Et pour cause, il était sur place. Dan Rather a été l'un des grands journalistes américains de ces cinquante dernières années. Il a été au Vietnam, il a couvert le Watergate, il est allé en Afghanistan dans les années 1980, en Irak, à Abou Ghraib. En 2005, CBS l'a "invité" à quitter la chaîne après qu'il eut fait des révélations sur le président George W. Bush qui n'était à ce moment-là pas totalement confirmées, mais qui le furent après coup.
Dan Rather a 81 ans. Mais il est toujours très vif et très accessible. Il était à la librairie Barnes & Noble de mon quartier et y a présenté son dernier ouvrage, "Rather Outspoken ("plutôt franc" avec un jeu de mots avec Rather). Dans l'un des chapitres du livre, il parle précisément d'Abou Ghraib, saluant le travail du journaliste d'investigation Seymour Hersh, mais fustigeant la volonté de sa chaîne, CBS, de vouloir quasiment enterrer le sujet.
Voici quelques extraits de sa conférence du 2 mai à Manhattan.
Dan Rather est impressionné par Martin Luther King:
Jusqu'ici, Barack Obama a réussi à bien maîtriser le récit narratif de sa propre personne en publiant par exemple en 1995 un livre intitulé "Dreams from my father". Le 19 juin prochain toutefois, la sortie d'un ouvrage écrit par l'historien David Maraniss (photo Phil McCarten/Reuters) menace de livrer une perception différente du président démocrate: un être moins spirituel et intellectuel, mais plus ambitieux et calculateur qu'il veut bien le dire.
Preuve que Barack Obama a déjà des sueurs froides à l'idée que le livre va sortir en pleine campagne électorale, explique Politico, il a reçu David Maraniss au Bureau ovale pendant une heure et demie. Le livre de Maraniss, "Barack Obama: the Story", a été publié sous forme d'extraits dans Vanity Fair il y a quelques jours. D'aucuns parlent d'ouvrage "dangereux" pour le démocrate. David Maraniss n'est pas n'importe qui. Récipiendaire d'un Prix Pulitzer, il avait publié "la meilleure biographie d'un président en fonction" sur Bill Clinton, "First in His Class", laissant affleurer les incartades sexuelles de l'ex-gouverneur de l'Arkansas.
Dans l'ouvrage de Maraniss, il est question de la petite amie de Barack Obama quand il étudiait à Columbia à New York, Genevieve Cook. Rien de fracassant, à en croire la presse américaine. Mais Barack Obama a perçu le danger: celui de perdre le récit public de sa propre vie.
Boire de l'alcool tout en siégeant à la Maison-Blanche, est-ce compatible? Le chroniqueur Timothy Egan, du New York Times, a tenté d'y apporter une réponse en analysant le rapport de plusieurs présidents à la dive bouteille. La question est d'actualité, car si Barack Obama ne refuse pas de boire une bière au Ray's Hell Burger d'Arlington avec le désormais ex-président russe Dmitri Medvedev ou dans un pub irlandais de Washington lors de la Saint-Patrick, Mitt Romney ne s'y aventurerait pas. Mormon, il est soumis à l'interdiction de boire de l'alcool. La seule incartade qu'il se permit fut dans son adolescence où il goûta une bière.
Timothy Egan se demande si un bon président est forcément un abstinent. La réponse est plutôt négative. George W. Bush, qui fut, dans sa jeunesse, un gros buveur invétéré, renonça au verre de vin une fois président. Il n'est pas sûr que cela lui ait réussi. Comme le dit le chroniqueur, l'abstinence peut aussi être synonyme de rigidité intellectuelle et de manque d'ouverture d'esprit.
Jimmy Carter boit maintenant un peu de vin. Mais quand il était à la Maison-Blanche, il ne jurait que par le thé. Sa présidence, même si la question continue d'être débattue, n'a pas été la plus reluisante du XXe siècle. Dans ses Mémoires, Ted Kennedy, qui fut célèbre pour ses excès d'alcool dans les années 1980, souligne à quel point il était frustrant de constater que toutes les liqueurs avaient été évacuées de la Maison-Blanche.
L'exemple le plus parlant est sans doute William Howard Taft, d'une sobriété sans égale. Mais sa présidence fut une catastrophe et Taft lui-même l'acheva pesant jusqu'à 160 kilos. Herbert Hoover disposait d'une magnifique cave, mais celle qui allait devenir la First Lady s'en débarrassa avant que Hoover n'entame son premier et seul mandat.
Et puis il y eut Franklin Roosevelt (photo Files/AFP), que beaucoup considèrent aujourd'hui encore comme l'un des meilleurs présidents du XXe siècle. Il adorait le Martini. Cela ne l'a pas empêché de surmonter la Grande Dépression et de vaincre les nazis. Avant la prohibition, il se fit livrer tout un stock de bouteilles dans sa maison de New York. Même les pères fondateurs de l'Amérique n'étaient pas en reste. John Adams siphonnait des litres de cidre corsé et George Washington était un inconditionnel du madère. Thomas Jefferson savourait le Chianti, les bordeaux et bourgogne. Quant à Abraham Lincoln, il condamnait les abus, mais possédait lui-même un commerce de vins. Une modération que n'avait pas Ulysses Grant, un alcoolique invétéré.
Le président Barack Obama a officiellement lancé sa campagne électorale samedi 5 mai en Ohio et en Virginie. L'ex-président de la Chambre des représentants Newt Gingrich, qui vient pourtant de se retirer de la course à l'investiture mercredi dernier voyant qu'il n'avait plus aucune chance de la décrocher, s'en est pris vertement au slogan du président démocrate "Forward" (en avant).
Dans l'émission "Face the Nation" sur CBS, dimanche, Newt Gingrich a ironisé: "Ils devraient plutôt utiliser "Downward" (vers le bas), car cela a été la tendance de l'économie, des gens qui voient leur paie rétrécir en raison de la hausse des prix de l'essence. De toutes les manières, tout va vers le bas sous Obama."
L'histoire incroyable de Chen Guangcheng, qui s'est évadé de sa maison où il était assigné à résidence dans la province du Shandong, est digne de John Le Carré. Mais elle a mis en lumière la question des droits de l'homme en Chine.
Jeudi et vendredi toutefois, les secrétaires d'Etat et au Trésor Hillary Clinton et Timothy Geithner ont participé au Dialogue stratégique et économique à Pékin avec les hauts responsables chinois. Le rendez-vous annuel est essentiel dans la relation du couple sino-américain. L'expert Kenneth Lieberthal, directeur du John L. Thornton China Center de la Brookings Institution explique pourquoi:
L'affaire Chen Guangcheng (photo Nicholas Kamm/AFP) semble sur le point de se résoudre. Le "dissident" chinois, qui s'est battu pour dénoncer la politique de l'enfant unique et des avortements forcés, devrait obtenir rapidement le visa et les documents nécessaires pour se rendre aux Etats-Unis avec sa famille. Une université américaine lui offre une bourse d'étude.
La dispute diplomatique semblait se conclure par un grand succès diplomatique américain, bien que risqué. Chen Guangcheng pouvait quitter l'ambassade américaine de Pékin avec les garanties chinoises qu'il ne serait pas inquiété. Puis le militant a changé d'avis. Il ne voulait plus rester en Chine et souhaitait se rendre aux Etats-Unis. On était au bord de la catastrophe diplomatique pour l'administration Obama. Puis vint la porte de sortie offerte par une université américaine.
Malgré cela, les milieux conservateurs américains n'ont pas manqué de tirer à boulets rouges sur Barack Obama et Hillary Clinton qui n'ont pas mis les droits de l'homme au premier rang de leurs priorités et qui ont mal évalué l'attitude de Pékin. Sur son blog de Foreign Policy, l'ex-haut responsable de la stratégie au sein du Conseil national de sécurité de George W. Bush, William Inboden n'est sans doute pas sans a priori. Mais il met en évidence les erreurs commises par l'administration Obama:
1) Hillary Clinton aurait dû rencontrer immédiatement M. Chen en arrivant à Pékin, donnant ainsi au soutien américain une portée symbolique forte.
2) L'ambassade américaine à Pékin n'aurait jamais dû laisser M. Chen sans protection américaine à l'hôpital où on lui soignait un pied mal en point.
3) La plus grande erreur, avance William Inboden, c'est l'apparent silence de la Maison-Blanche qui aurait convaincu les Chinois du manque de détermination des Américains.
Il reste que si Chen Guangcheng pose le pied sur le sol américain, ce sera une grande victoire pour la Maison-Blanche.
Regard de Stéphane Bussard, correspondant du Temps aux Etats-Unis sur une Amérique innovante, audacieuse, mais que l'explosion des inégalités sociales a fini par faire douter de sa capacité à se réinventer, une Amérique désormais écartelée entre deux visions diamétralement opposées de son avenir.