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mercredi 30 avril 2008

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Voici les sites qui parlent de Méditerranée: la deuxième mort de Braudel :

Commentaires

Sherekhan

"Verdun, Katyn et Auschwitz": n'y a-t-il pas des références plus positives à proposer pour définir l'identité européenne? Quant au mythe de l'Europe vieillissante, les vieilles thèses populationnistes et déclinistes qui ont inspiré l'aventure coloniale ont la vie dure...

ArnaudH

Je voulais tout d'abord vous féliciter sur ce magnifique blog que je découvre.

Ensuite sur la Méditerranée (ce n'est pas souvent qu'on peut parler de Braudel, bravo!), je ne pense pas que Borislaw Geremek, avec tout le respect que je lui dois, soit le mieux placer pour y faire référence.

Vu du sud de l'Europe, ce ne sont pas les cimetières de la première et la seconde guerre mondiale qui marquent le temps long, mais les cimetières de la dictature de Franco (Valle de los Caidos pour lequel le gouvernement espagnol actuel cherche à réhabiliter les prisonniers qui ont travaillé dessus), la résistance grecque face à l'occupant italien, le refoulement italien de la période mussolinienne, l'intégration d'une société multiethnique dans le sud de la France, et notamment à Marseille, "l'européanité" en question de la Turquie, et le retour du Portugal sur la scène méditerranéenne après une longue absence. Tous ces mouvements socio-politiques s'accompagnent de mouvements socio-économiques transnationaux peu connus des médias européens:
- les hubs économiques et financiers que sont devenus Barcelone, Valence, Malaga, Monaco, Gênes, Nicosie, La Valette, Tanger, Haïfa;
- les hubs touristiques des côtes croates, monténégrines, grecques, turques, et tunisiennes;
- les ponts énergétiques, Transmed entre Mazara del Vallo en Sicile, qui traverse la Tunisie en provenance d'Annaba en Algérie, Greenstream entre Gela en Sicile et Mellitah en Libye, et Medgaz à venir entre l'Algérie et l'Espagne (auquel participent tous les grands Etats européens de la Méditerranée);
- les ponts migratoires que sont Malte, Lampedusa, Ceuta, Melilla, l'Andalousie et Chypre;
- les points stratégiques euro-méditerranéens que sont devenus le Liban, la Syrie, Gaza, le Sahara Occidental, la frontière Algéro-Marocaine, et le Sahara de l'AQMI / GSPC / GICM / GICT / GICL;
- la sécurité méditerranéenne qui a pris une nouvelle envergure avec les crises énergétique, terroriste et proche-orientale avec le rôle accru des bases britanniques de Gibraltar, et Akrotiri / Dhekelia à Chypre, française de Toulon, la VIème flotte américaine à Gaeta en Italie, l'opération de l'OTAN (Active Endeavour dans le détroit de Gibraltar).

Bref, la Méditerranée d'aujourd'hui est beaucoup plus active que l'image confuse qu'en ont de nombreux européens (le refus de l'Allemagne de laisser l'Union Pour la Méditerranée devenir un projet uniquement pour les Etats côtiers est significatif de cette tendance). Nous avons dépassé le temps colonial, la crise de Suez de 1956, et le temps court de Reagan avec la Libye, pour nous situer à l'époque de Rosenau, Nye, et Strange, celle des acteurs transnationaux étatiques et non étatiques.

Richard Werly

Une réponse double aux deux commentaires ci-dessus: incontestablement, le glissement de la réflexion européenne vers le nord et l'est est d'abord le résultat de l'élargissement de l'Union intervenu en 2004, puis en 2007. C'est vers Moscou, la Baltique, la mer Noire et le Danube que regardent en priorité les 12 nouveaux pays membres. Cet équilibre, toutefois, n'est pas définitif: l'intégration annoncée des Balkans (Serbie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Albanie, Kosovo) changera à terme le centre de gravité de l'UE. Preuve que l'Union européenne est bel et bien un ensemble vivant!

Nathalie I. VOGEL

Vous écrivez "Jamais le cap de la réflexion n'est mis au sud. Il est au nord, à l'est vers la Russie ou l'Ukraine..." Quelle est votre explication personnelle? NV

Sébastien Carruzzo

Si Bruxelles ne regarde plus vers le sud, le sud regarde vers l'Europe. Comment un continent vieillissant peut-il ignorer que ce n'est certainement pas la Russie et son déclin démographique qui fournira une solution, si tant est qu'il en existe une, à ses problèmes de financement des assurances sociales et à ses besoins, forcément grandissant, en personnel pour les soins de ses anciens?
Voilà pour le futur, rôle dévolu au politique (M. Geremek n'est-il pas un député européen?). Toutefois, Bronislaw Geremek est également un brillant historien qui ne peut ignorer l'apport des religions chrétiennes et juives, nées sur les bords de la Méditerranée, à la construction de l'Europe, ni celui des banquiers toscans ou génois, ni la "conquête" coloniale du monde depuis les rives occidentales de cette même mer.
Alors oui, Bruxelles regarde peut-être peu au sud, mais il appartient à un intellectuel de la trempe de Geremek de corriger cette myopie. Ceci n'enlève par ailleurs rien à l'importance de Verdun, Katyn et Auschwitz. Pourquoi les protagonistes de Verdun et Katyn seraient plus constitutifs de l'Europe que les victimes et les vaincus d'Auschwitz et de Lépante? Serait-ce de par leurs religions ou langues?

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