Eh bien. On apprend, quelques heures après l'enfarinade (voir post précédent), que le service de sécurité de François Hollande a été grandement renforcé. C'est dans le Figaro:
"Quinze policiers du Service de protection des hautes personnalités (SPHP) assurent la protection rapprochée de François Hollande depuis jeudi matin et jusqu'à la fin de la campagne présidentielle. Le candidat socialiste, qui n'avait pas jugé utile de solliciter une protection policière lors des primaires, était accompagné depuis la fin décembre de quatre policiers d'élite.Cette nouvelle montée en puissance du dispositif n'est semble-t-il pas liée à la visite mouvementée de l'ex-premier secrétaire du PS, qui a été enfariné mercredi lors d'un colloque de la fondation Abbé Pierre. «L'équipe complète de protection hissée au niveau de quinze officiers de sécurité avait été prévue et annoncée depuis plusieurs semaine à l'équipe de campagne". Ce n'est que coïncidence si ce changement de dimension a été présenté ce jour.
C'est une femme qui dirige l'équipe. Enfin ce détail, qui en intéressera plus d'un: "«Quinze est le nombre de gardes du corps protégeant le candidat censé arriver au second tour de la présidentielle, précise un spécialiste. En 2007, douze policiers étaient au départ aux côtés de Ségolène Royal et les service de sécurité avaient trouvé cela un peu juste.»"
Avouons-le: aurait-on parlé dans ce blog de la convention organisée par la Fondation de l'abbé Pierre si François Hollande ne s'y était pas fait "enfariner"? Voici donc l'affaire. Invité à présenter ses projets pour un meilleur logement en France, par la fondation qui propose un texte en 10 points à tous les candidats, le socialiste a tout d'un coup reçu de la farine lancée par une femme surgie sur l'estrade et qui s'est dite "à bout", et qui a tout de suite été immobilisée par le service d'ordre. Sur la vidéo, on voit bien que François Hollande est complètement dépassé et ne se rend pas compte de ce qui se passe. Il parlera plus tard du geste d'une "déséquilibrée".
La sécurité des candidats est-elle en question? Faudrait-il plus les entourer, avec davantage de gardes du corps, au risque d'empêcher les militants de pouvoir leur parler? Une campagne électorale sans serrage de pinces et bains de foule perdrait tout sens, non ? Mais la question est posée.
Dans un autre genre, on a appris que la candidate des Verts, Eva Joly, avait reçu plusieurs lettres de menace récemment, dont un envoi qui contenait une balle de revolver.
Dimanche soir, c'est sûr, le président français était partout à la télévision. Six chaînes en direct à la fois, mazette. L'App Store d'Apple, qui a le nez pour ce genre de choses, a donc choisi de mettre à l'honneur ce mercredi l'application "Où est Sarko?": il s'agit de la version web du livre sorti en juin 2011, qui lui-même déclinait sur un mode politico-humoristique la célébrissime série des "Où est Charlie?".
Tous les parents connaissent forcément ces livres dessinés pour enfants où, dans un décor fourmillant de détails et de personnages, il faut retrouver le héros. La panacée pour les longs voyages en voiture. Et pour une campagne électorale qui peine à démarrer? "Attention, Sarko étant président (pour l'instant), écrit le créateur du jeu, il est doté de super-pouvoirs et peut donc se multiplier"... L'appli propose de retrouver le président au mariage de Bébért, dans un skatepark, au Vatican, en meeting (juché sur un escabeau). Le bonus: souvent, il est accompagné de Carla Bruni. Et comme c'est un hyperprésident, on peut le retrouver plusieurs fois par image.
Si le FN a changé, son fondateur et président d'honneur reste, lui, fidèle aux calembours... comment dire... discutables. «J'ai moi-même assisté à cette magnifique manifestation qui retrace d'ailleurs la Vienne du XIXe siècle, c'est Strauss sans Kahn, si vous voulez», a déclaré Jean-Marie Le Pen sur France 3, en évoquant le déplacement de sa fille, Marine, à Vienne le 27 janvier, au dorénavant célèbre bal des corporations estudiantines.
On s'est beaucoup gaussé, ces jours, du clip du PS pour la présidentielle. Une mise en scène balourde de pontes socialistes, de quidams ou de vedettes enrôlées par François Hollande (Biolay, Darmon...) démenant confusément leurs bras pour esquisser ce qui ressemble à un signe égal (=). (Diable! En quoi le signe égal peut-il être suggestif du changement appelé de leurs vœux par tous ces sympathisants socialistes filmés sur fond de musique cacophonique?)
On a ri; c'est qu'on n'avait encore rien vu de la bande-annonce de l'UMP, d'une ringardise pompeusement sous-tendue par une "Suite pour violoncelle" de Bach, et coiffée d'un slogan dégoulinant: «C'est le courage qui donne la force d'agir», dixit Sarkozy lui-même. Le tout se passe d'autres commentaires. Regardez donc.
Jean-Pierre Chevènement, le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen, a annoncé mercredi matin le retrait de sa candidature à l'élection présidentielle. Ancien ministre, actuel sénateur du territoire de Belfort, il s'était déclaré le 5 novembre, avec l’ambition de «faire bouger les lignes à gauche», mais il n’a jamais dépassé les 0,5% d’intentions de vote.
«Ayant pu exercer, autant que je le pouvais, le rôle pédagogique que je m'étais assigné, et n'ayant plus aujourd'hui les moyens de continuer ma campagne, je décide de retirer ma candidature», a-t-il déclaré. «J'indiquerai bien sûr, le moment venu, le candidat à l'élection présidentielle auquel, les yeux ouverts, j'apporterai mon soutien.»
Jean-Pierre Chevènement pourrait inaugurer une série de retrait. Au centre, l’ancien ministre Hervé Morin avec ses 0,5 à 1% d’intentions de vote est aussi poussé dans cette direction, y compris par son propre camp. Bien qu’il s’en défende, Dominique de Villepin pourrait emprunter le même chemin, sa candidature n’ayant jamais décollé non plus.
Faut-il vraiment aller jusqu’au bout? La question va également se poser à propos d’Eva Joly. La candidate écolo stationne toujours en dessous des 5% - ce chiffre est important car il symbolise la barre à franchir au premier tour pour se faire rembourser les frais de campagne. La Franco-Norvégienne n’arrive ni à imposer ses thèmes, ni à occuper le terrain sur les sujets historiques des Verts. A dire vrai, elle a presque disparu des écrans. L’euro-député Daniel Cohn-Bendit, qui a souvent fait part de ses doutes sur la nécessité d’une candidature écologiste à l’élection présidentielle, va-t-il rester silencieux encore longtemps?
Marine Le Pen n'est pas son père. On commence à connaître la chanson. Avec elle, le Front national a changé: il s'est «dédiabolisé», émancipé de sa vieille garde raciste et révisionniste. Mieux, la cheffe du FN n'a de cesse d'affirmer, d'interview en interview, qu'elle «ne se reconnaît pas dans cette formulation d'extrême droite», qui nie le fonctionnement de la démocratie, alors que le parti hérité de son père est le «seul à défendre l'Etat-nation».
Ce qui lui permet d'espérer, d'après les sondages, jusqu'à 20% des voix à la présidentielle française. Mais comment diable, alors, expliquer sa récente virée à Vienne, où, le vendredi 27 janvier, elle a participé au bal des corporations pangermanistes («Burschenschaften»), que Le Monde décrit comme le «principal réservoir de cadres du FPÖ», le Parti de la liberté, l'extrême droite autrichienne?
Ce bal s'est déroulé dans les salons opulents du Palais impérial d'hiver des Habsbourg, la Hofburg; plusieurs milliers de militants de gauche, antiracistes ou de la société civile, ont manifesté devant le bâtiment. La candidate FN à la présidentielle française y était l'hôte de Heinz-Christian Strache, le chef du FPÖ. Parmi les autres invités attendus à la fête: le député suédois Kent Ekeroth des «Démocrates suédois», Philip Claeys du parti belge flamand Vlaams Belang, ainsi que des responsables du parti d'extrême droite allemand NPD. La fine fleur, en quelque sorte, de l'extrême droite pure et dure en Europe.
Au lendemain d'un sommet européen où le président français est apparu fort las à nombre de commentateurs, Nicolas Sarkozy recevait ce matin des membres de la majorité présidentielle. D'abord pour le traditionnel déjeuner du mardi, moment pendant lequel il prend le pouls de ses troupes. Mais il a aussi pris la parole devant des députés de l'UMP pour leur expliciter les mesures annoncées dimanche soir lors de son allocution télévisée, et qui continuent de susciter le débat. Si le député Lionel Tardy, grand amateur de Twitter, est resté coincé par la neige en France voisine, et n'a pas pu participer à la rencontre, son collègue chti Sébastien Huyghes, autre adepte du 140-signes-et-c'est-joué, était bien au Château, à suivre la parole présidentielle. Parmi ses twitts: "En grande forme, à l'offensive, parfaitement tourné vers les Français et leurs intérêts"... "Parfois, l'attente fait monter le désir"... et enfin, cette citation: "On me dit suicidaire, je suis le suicidaire le plus en forme de France".
Pourquoi ces mesures maintenant? Si tard? Si risquées électoralement? Pourquoi ne pas avoir eu le courage de les mettre sur la table plus tôt? Pourquoi ouvrir si tardivement le nécessaire chantier de la compétitivité? Les questions traversent les citoyens et les commentateurs après l'intervention présidentielle de dimanche.
Nicolas Sarkozy joue ses dernières cartes. Président protecteur, il a échoué dans ce rôle. Alors il tente de se forger dans l'urgence une nouvelle image. Et le voilà se présentant comme le président expert, le capitaine Courage, l'homme d'Etat jusqu'au bout, à la fois chef churchillien, volontariste et réformateur. Cela suffira-t-il? Peut-être pas, car le président oublie un détail essentiel: les effets des mesures proposées sont complexes, et ne seront visibles qu’à long terme.
Du coup, la question revient en boucle: pourquoi si tard?
Hier soir, après l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, les snipers de l’UMP ont dégainé une salve de communiqués pour saluer le «courage» du chef de l’Etat.» Morceaux choisis:
Franck Riester, député de Seine-et-Marne: «Dans une intervention empreinte d'authenticité et de responsabilité, Nicolas Sarkozy a rappelé sa détermination sans faille à protéger et à agir pour les Français dans la crise économique historique que nous traversons. (…) A l'heure où certains battent la campagne électorale et se complaisent dans des postures démagogiques, Nicolas Sarkozy choisit le parti pris de l'action et du courage politique.»
Sébastien Huyghe, député du Nord: «C'est une véritable révolution du financement de la protection sociale qu'a initiée ce soir le président de la République en allégeant le coût du travail au travers des charges patronales, pour favoriser la production en France. Face à la crise et à ses nombreux soubresauts, le président de la République a, en vérité et en responsabilité, pris les mesures courageuses qui s'imposaient pour protéger la France et les Français.»
Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et président du groupe UMP du Sénat: «Le propos du Président de la République tranche avec l’avalanche démagogique assénée aux Français par les candidats à l’élection présidentielle. Je suis persuadé, comme les sénateurs UMP, que nos compatriotes ont compris et approuvé ce langage de courage, de vérité et de sincérité.»
Camille Bedin, secrétaire nationale de l'UMP: «Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a fait preuve d’une détermination sans faille à placer l’emploi au cœur de son action. Il maintient le cap d’une action cohérente dans la durée, une action courageuse face à la crise, une action de sincérité pour des Français qui attendent des réponses concrètes.»
Et encore:
Bruno Beschizza, secrétaire national de l'UMP: «Finalement, face à la crise, Nicolas Sarkozy fait le choix du courage et de la vérité. Courage face à la nécessité de prendre des réformes avant une échéance électorale. Vérité face à la situation de la France qui n'a pas besoin de promesses intenables, de rêves inatteignables, mais bien de solutions pour résoudre la plus grave crise depuis les années 30!»
Marie-Anne Montchamp, secrétaire d’Etat et conseillère politique de l'UMP: «Ce soir, le Président de la République a balayé tous les conformismes et toutes les postures démagogiques. Déterminé, il est aux avant-postes, avec lucidité, volontarisme et courage.»
Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de l'UMP : «Nous avons entendu ce soir un président authentique et courageux, concentré sur les décisions à prendre et déterminé à maîtriser le destin de la France plutôt que de devoir subir le déclin, comme ce fut le cas en Grèce, en Espagne ou au Portugal.»
Enfin, Thierry Mariani, ministre des Transports et conseiller politique de l'UMP: «Je salue le discours de vérité d'un Président de la République en action, courageux et responsable, qui n'hésite pas à briser les tabous de la société française afin de redonner à la France les moyens de ses ambitions dans un monde en mutation.»
L'exemple d'une démonstration de concertation et d'éléments de langage déclamés à l’unisson.
Oh là là, oui, pour faire suite au courroux d'une twittonaute - eh bien oui, il y avait plein d'autres hashtags que le tout neutre #Sarkozy pour suivre l'interview télévisée du président français dimanche soir, évidemment. On pouvait avec intérêt consulter #sarkoshow, en effet. Comme son nom l'indique, un fil virulent, souvent drôle et toujours extrêmement actif ce matin, d'ailleurs... En creux, aussi, le fil #FH2012, avec là encore une tonalité uniquement à charge. Sur tous ces fils, on reviendra.
En tout cas l'émission a fait un carton, 16,5 millions de téléspectateurs (moins que les 18,8 millions de 29 novembre 2007, mais quand même). Il faut dire que la télévision n'avait pas lésiné, 6 chaînes ont retransmis l'interview en direct, et 2 de plus, en différé. Regardez plutôt la photo du chroniqueur politique et blogueur Guy Birenbaum
21h45, l'interview de Nicolas Sarkozy en direct sur six chaînes de télévision est terminée, et les twitts continuent de crépiter au rythme des grands jours - plus de 7000 en un peu plus d'une heure. Ne prend-on la parole que lorsqu'on s'oppose? De fait les messages avec une tonalité positive sont très minoritaires. Pour une note se félicitant du courage et de la lucidité modeste du président français, dix autres critiquent la hausse de la TVA, son "mensonge" sur la TVA sociale, et ses références à l'Allemagne. Une seule chose fait l'unanimité, comme l'écrit une consoeur franco-britannique: "President Sarkozy still not officially a candidate to succeed himself. How long will French voters have to wait?"
La rumeur avait laissé entendre que Nicolas Sarkozy pourrait annoncer sa candidature ce soir à la télévision. Finalement, cette perspective semble s’éloigner, le président préférant se concentrer sur les réformes. Il estime aussi «qu’une entrée précipitée [dans la campagne] accréditerait l’idée d’une inquiétude», écrit sur son blog le journaliste du Monde Arnaud Leparmentier.
Sachant que 49% des Français souhaitent que le chef de l’Etat annonce sa candidature le plus tôt possible* et que nombre de militants UMP piaffent, comment faire? Le coup de pouce est venu d’Angela Merkel. Invité au Conseil national de l’UMP à Paris, le secrétaire général de la CDU, Hermann Gröhe, a vendu la mèche: la chancelière allemande participera à des «rencontres communes» au cours de la campagne de Nicolas Sarkozy «au printemps», a-t-il annoncé dans son discours. Le JDD croit même savoir qu’Angela Merkel participera au premier meeting du président-candidat-lorsqu’il-sera-enfin-déclaré.
Ce soutien ressemble certes à un échange de bons procédés, le chef de l’Etat avait fait de même lors de la campagne de la chancelière en 2009. Mais cela entraîne une question: Nicolas Sarkozy a-t-il délégué sa comm’ à la dirigeante de la première économie d'Europe?
C.Dz
* selon un sondage Ifop paru dans le JDD du 29 janvier.
Conseiller de Nicolas Sarkozy, surnommé «le visiteur du soir» dans les articles de la presse française qui rapportent ses propos, Alain Minc lui-même doute de la réélection du chef de l’Etat. Dans une longue interview accordée à Libération samedi, il estime que le président a «aujourd’hui une petite chance sur deux» de remporter la présidentielle.
Comment Nicolas Sarkozy peut-il rebondir alors qu’il reste au plus bas dans les sondages? «La seule manière, pronostique Alain Minc, c’est de faire des choses lourdes, importantes et utiles en termes de réformes économico-sociales jusqu’à la dernière minute.»
On attend donc impatiemment les annonces de ce dimanche soir à la télévision pour mesurer le poids des réformes à venir. A ce stade, l’ampleur de la hausse de la TVA qui a fuité dans la presse, 1,6 point, est plus légère qu’attendu.
C'est en terre conquise que le président du Modem s'est rendu aujourd'hui vendredi, la Haute Savoie votant traditionnellement plus au centre de l'échiquier politique qu'à droite, même si le très sarkozyste président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, est le maire d'Annecy le Vieux. En terre conquise, d'autant que la pêche a été bonne tout près du lac: est rentré au bercail centriste le maire d'Annecy, Jean-Luc Rigaut, qui ces dernières années avait flirté avec le Nouveau Centre d'Hervé Morin. Avec dans son filet d'autres sympathisants du Nouveau Centre, des écologistes, des radicaux, et même des divers-gauche, sans compter des maires ou élus de petites communes sans étiquette, mais pas sans influence. Pour bien faire comprendre aux journalistes que quelque chose s'est passé, on leur remet la liste officielle des ralliements: une feuille A4 recto-verso, avec 36 noms. Noël, quoi. De quoi rendre François Bayrou tout heureux. Prolixe sur la possibilité de regrouper les bonnes volontés au-delà des clivages partisans, la gauche et la droite. Et rêveur, optimiste pour la suite.
Le programme de son déplacement avait soigneusement été étudié pour mettre en valeur son idée-force de retour à une production nationale: la technopole d'Archamp, tout près de la douane de Bardonnex, une start-up à succès dans le post-marketing multimédias, une ferme bio qui privilégie les circuits courts avec les consommateurs, et un magasin Botanic, qui regroupe des pépiniéristes français et ne recourt à aucun produit chimique. Car verte est bien la deuxième couleur du Modem: "J'aime les arbres, la nature, les abeilles", s'est même un moment hasardé François Bayrou, à quelques pas de l'ex-écolo Jean-Luc Benhamias. Une salle polyvalente remplie ("autant de monde qu'au Jeu des mille euros", confiait une participante), une nuée de journalistes venus en convoi organisé de Paris, les amis, et un buffet pris d'assaut (16 euros par personne, juste de quoi couvrir les frais): le président du Modem est reparti gonflé à bloc. Il devrait faire le voyage de Genève dans les prochaines semaines.
Sur France 2, la joute verbale a été énergique, jeudi soir, entre François Hollande et Alain Juppé. Ouvrant le feu le premier, le ministre des Affaires étrangères a attaqué le socialiste sur son manque de « lucidité », de « clarté » et sur son « arrogance », notamment vis-à-vis des partenaires européens de la France et de la Chine. « En matière d’arrogance, chacun doit faire son examen de conscience », a sarcastiquement riposté le socialiste, laissant entendre qu’Alain Juppé pourrait être victime d’une « rechute. »
Depuis, les deux camps s’affrontent et se renvoient la balle de la suffisance. Dès le matin sur Europe 1, Jean-François Copé, le patron de l’UMP, a repris l’argument du maire de Bordeaux, affirmant avoir découvert une « vraie arrogance » chez François Hollande. Réplique immédiate et ciselée du PS sous la plume de Delphine Batho, porte-parole du candidat: « En matière d'arrogance, on peut dire que Jean-François Copé a de l'expérience et que sa parole est d'or! La droite suinte l'arrogance comme elle respire. Le mépris du peuple, des jeunes, des ouvriers, des retraités, de tous ceux qui ne sont pas d'accord avec Nicolas Sarkozy, est d'ailleurs la grande caractéristique de la politique menée depuis 5 ans. »
La socialiste achève ainsi sa plaidoirie: « L'UMP a aujourd'hui l'arrogance de ceux qui considèrent que le pouvoir est leur chose, que tout leur est dû, et qu'il n'y a qu'une seule politique possible : la leur. »
Elément positif pour François Hollande? L’UMP ne l’accuse plus de « mollesse. »
La presse française n'a pas encore levé ce tabou. La question est-elle aussi inepte qu'il y parait de prime abord? Et si Nicolas Sarkozy, incontestable-candidat-non-encore-officiellement-déclaré-à-sa-succession, renonçait finalement à se lancer dans une course à un second mandat présidentiel? La compétition, à défaut d'être perdue d'avance, s'annonce rudissime, entre un François Hollande dont la campagne, enfin, décolle, une Marine Le Pen qui ratisse large et un François Bayrou qui a rapidement reconstitué son socle. Côté UMP, c'est un fait, le moral est au plus bas. Même le très sarkophile Figaro le concédait dans son édition du mardi 24 janvier: «Plus personne n'y croit vraiment», a glissé un proche de l'Elysée au quotidien.
Les événements des jours écoulés autorisent, en tout cas, à poser la question.
Il y a d'abord eu, en début de semaine, le buzz du «off» guyanais, ultra-«on» en réalité, puisque tous les quotidiens parisiens s'en sont bruyamment fait l'écho. Où l'on apprenait que le président soupesait sérieusement l'éventualité de sa défaite au soir du 6 mai (ou même dès le 22 avril?): «De toute façon, je suis au bout. Dans tout les cas, pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière». Dès le printemps, ou dans cinq ans. Et, dans un cas comme dans l'autre, aurait poursuivi le président, «je changerai de vie complètement, vous n'entendrez plus parler de moi!» (Le Monde, 25 janvier 2012).
Puis cette rumeur propagée ces dernier jours par le Bruxelles diplomatique. Sarkozy tâterait le terrain d'une éventuelle décision-surprise: ne pas être candidat à la présidentielle en France, pour mieux convoiter le poste de président du Conseil européen, actuellement occupé par le Belge Herman Van Rompuy, et qui sera renouvelable en juin prochain.
Et enfin, jeudi soir, lors du débat sur France 2 entre François Hollande et Alain Juppé, ce sarcasme du candidat socialiste au ministre des Affaires étrangères: «Vous n'êtes pas candidat, peut-être le serez-vous si Nicolas Sarkozy ne l'est pas... ne perdez pas tout espoir!»
Alors, Sarkozy, encore dans la course? Et si non, qui pour le remplacer au pied levé? Alain Juppé? En octobre dernier, un sondage BVA pour Le Nouvel Observateur signalait que les sympathisants de droite étaient un peu plus nombreux à préférer la candidature du maire de Bordeaux à celle du président sortant. Une option à laquelle le principal intéressé a déjà songé: "Si, pour des raisons qui aujourd'hui sont hautement improbables et que je ne souhaite pas, il [Nicolas Sarkozy] n'était pas en mesure de se présenter, voilà, je tenterais ma chance», déclarait-il sur France Culture, dès juin dernier.
A.M.-K.
Introduction
Tous les quatre avons de forts liens avec la France parce que nous y sommes nés, nous y habitons ou nous y travaillons. Avec ce blog, nous voulons transmettre une autre vision de l'élection présidentielle française, entre les petites phrases dans les coulisses qui en disent long, les propositions qui font le buzz, les choses lues, vues ou vécues. Des événements parfois minuscules, parfois immanquables, qui complètent le récit officiel des partis et des meetings. La campagne, côté jardin.